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Face au ministre, les jeunes marseillais en insertion ne mâchent pas leurs mots

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Problème de formation, d’emploi, de mobilité, d’information… Une vingtaine de jeunes Marseillais en insertion ont échangé sur ces sujets avec Gabriel Attal, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation nationale et de la jeunesse, ce jeudi 28 février. Sans tabou, ni timidité, n’ayant pas de mal à mettre des mots sur les problématiques des jeunes issus des quartiers difficiles.

« Le poste de ministre, ça se passe pour vous ? ». Gabriel Attal a été mis dans le bain d’entrée de jeu lors de son déplacement au Cloître, pôle d’innovation et d’entrepreneuriat social situé au nord de Marseille (13e arrondissement). Venu échanger avec des jeunes en insertion, il ne s’attendait peut-être pas à autant de répartie. C’est pourtant ce qui a caractérisé l’ensemble de la discussion avec une vingtaine de jeunes en formation dans différentes structures du lieu (Simplon, L2Phone, Impact Jeunes et Skola). Malgré la présence d’officiels – les députés LREM Alexandra Louis, Claire Pitollat et Cathy Racon-Bouzon étaient aussi présentes – les voix n’ont pas tremblées et les interrogations n’ont pas eu peur d’être posées. Un échange sur le thème « Réussir à Marseille » où les jeunes ont exposé ce qui les fait rêver et ce qui « déconne » dans la deuxième ville de France.

Des rêves condamnés par la réalité

Sur ce deuxième sujet, le décor a été rapidement planté par Camille. Formations trop chères où le manque de financement pour les jeunes est pesant, peu de confiance envers eux pour qui les CDI restent à l’état de promesses, trop de discriminations liées au sexe, à l’origine, au lieu d’habitation, des transports en commun qui ne permettent pas de suivre une formation ou d’avoir un emploi loin de chez soi, impossibilité d’évoluer dans les métiers… « On ne donne pas assez la chance aux jeunes de se projeter », conclut-elle sans sourciller.

Amar prend la relève pour évoquer les rêves des jeunes Marseillais. Le tableau, qui promettait un beau ciel bleu à l’horizon, se ternit dès les premiers mots prononcés. « Avoir un CDI à 35h, demander un crédit pour acheter une maison, fonder une famille… Ça devrait être des projets normaux pour des gens qui s’investissent, qui travaillent et qui ont de la volonté. C’était le cas il y a 20 ou 30 ans. Aujourd’hui, c’est devenu des rêves. Ça ne devrait pas l’être ». Malgré sa jeunesse, il pose déjà un regard acéré sur la ville qui l’entoure. « On a l’impression que Marseille est en retard dans beaucoup de domaines par rapport à d’autres villes de France. Son développement, ses transports, ses moyens logistiques, son accessibilité… On aimerait que ça aille mieux pour penser aux mêmes rêves que les autres, comme voyager ou découvrir des choses ». Ces quelques phrases laissent place au silence.

Plus de formation mais pas que

Celui qui leur fait face est à peine plus vieux qu’eux. À l’aube de la trentaine, Gabriel Attal répond : « Les problématiques que vous évoquez, on peut les résumer par le manque de perspectives et de mobilité. Ce sont des enjeux à Marseille, mais ça concerne aussi tous les jeunes ». Le secrétaire d’État s’attarde un peu plus sur le sujet de la formation pour rassurer les présents. « Avant, [on](ndlr : le gouvernement) mettait beaucoup d’argent sur la formation, pour former des personnes déjà en emploi et pas forcément ceux qui n’en avaient pas. Avec notre réforme, on veut repositionner l’offre de formation pour toucher justement les demandeurs d’emploi et les NEET (ndlr : les 15-24 ans qui sont ni étudiants, ni employés, ni stagiaires) ».

Bien que l’échange soit destiné aux jeunes, une représentante de l’École de la Deuxième Chance de Marseille, qui accompagne 800 jeunes chaque année à se réinsérer dans le monde du travail, intervient. « On parle beaucoup de formations, mais il faut viser sur des formations qui donnent accès à l’emploi ! Et donner aux jeunes l’envie d’y aller ». Et Gabriel Attal de rétorquer : « C’est justement le rôle du PIC ». Derrière cet acronyme se cache le « Plan d’investissement compétences ». D’ici à 2022, il a pour ambition de former un million de demandeurs d’emploi peu ou pas qualifiés et un million de jeunes éloignés du marché du travail, de répondre aux besoins des métiers en tension dans une économie en croissance et de contribuer à la transformation des compétences. 15 milliards d’euros vont y être consacrés au niveau national. Un dispositif dont la mise en œuvre a pris du retard et qui devrait bientôt voir le jour dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, des dires du secrétaire d’État.

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Une vingtaine de jeunes ont échangé pendant une heure avec Gabriel Attal, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation nationale et de la jeunesse, et les députées LREM au niveau local © AP

Faire circuler les infos jusque dans les cités

La formation et l’emploi ne peuvent toutefois pas être traités de façon cloisonnée. Les jeunes l’ont d’ailleurs fait remarquer. « Si on ne sait pas ce qui se fait, ça n’a pas d’intérêt. L’information sur les formations doit circuler partout, y compris dans les cités », pointe Mohamed. Comment ? Le jeune homme n’a pas la réponse à cette question et ne se dégonfle pas. « Ce n’est pas mon travail de le chercher, mais le vôtre », lance-t-il aux officiels. Alexandra Louis, députée de la 3e circonscription des Bouches-du-Rhône, sonde l’ensemble de la table pour savoir quels canaux utiliser pour toucher la jeunesse, de la ville mais aussi des quartiers défavorisés. Les réseaux sociaux est la réponse qui revient en écho. « On n’a pas ce type d’information sur les réseaux sociaux. C’est dans le journal, mais les jeunes ne le lisent pas », souligne un jeune homme. Et son voisin de proposer : « Les panneaux publicitaires dans les cités pourraient être utilisés pour faire la publicité des formations ou d’offres d’emplois par exemple ».

Les élus écoutent les suggestions et Gabriel Attal en profite pour faire la promotion d’un dispositif lancé par le gouvernement, « La boussole des jeunes », qui recense justement l’ensemble des services qui touchent les jeunes (formation, emploi, aide pour le permis de conduire, etc). La plateforme en ligne n’est pour le moment disponible qu’à Reims et Lyon. En 2019, elle devrait se déployer dans les départements de l’Essonne, la Marne et la Normandie. « C’est bien de mettre en place cet outil, mais il faut aussi en amont que les gens fassent confiance aux jeunes », enchérit Mohamed, appuyant les paroles de départ de Camille.

Les jeunes font leur grand débat

Les échanges auront duré au total une bonne heure. Différents jeunes ont dévoilé leur parcours, où les difficultés se sont immiscées dès leur plus jeune âge. Avec plus ou moins de facilité, ils ont réussi à s’en sortir et à trouver une certaine stabilité, qui reste malgré tout souvent précaire. « La motivation a fini par payer », les félicite Gabriel Attal. Mohamed profite de la présence du secrétaire d’État pour l’inviter à leur grand débat organisé par Citizen Campus, le 11 mars prochain*. « Les jeunes ne sont pas assez écoutés, si quelqu’un de vous pouvait venir… ». Le ministre a salué l’initiative et soulevé un planning qui ne pourra peut-être pas s’accorder. Mais Alexandra Louis l’a promis : « L’un de nous (ndlr : des députés LREM) sera là ». Une chose est en tout cas déjà sûre : les jeunes ont pris la parole et compte bien la faire entendre.

*Grand débat Marseille- Réinventons nos quartiers
Le 11 mars 2019 à 13h45 à l’École de la 2e chance de Marseille
360 chemin de la Madrague-Ville, 13015 Marseille
Entrée libre | Inscription obligatoire en cliquant ici (places limitées)

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Localité(s) :

20 Boulevard Madeleine Rémusat, 13013 Marseille, France

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2 commentaires

  1. il serait bien d’avoir un budget “bloqué” pour des postes d’éducateurs spécialisés en + pour ce type de structure

  2. Pingback: Face au ministre, les jeunes marseillais en insertion ne mâchent pas leurs mots | Agathe Perrier

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