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Loïc Fauchon (Conseil mondial de l’eau) : « On a tort de parler de transition énergétique en ce moment » (2/3)

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Le président du Conseil mondial de l’eau, Loïc Fauchon, au détour de notre entretien sur les questions de l’eau et de l’environnement, revient notamment sur la crise des gilets jaunes en France.

Face à ces constats inquiétants (lire notre précédent volet), vous dites qu’il faut produire plus d’eau et consommer mieux et moins ? Quelles sont les actions que vous envisagez pour y parvenir ?

L.F : Il ne faut pas prendre le Conseil mondial de l’eau pour ce qu’il n’est pas. Ce n’est pas un opérateur. C’est une plateforme qui essaye de faire admettre l’idée que l’eau doit rester une priorité, à commencer dans le cercle de l’Organisation des nations unies. L’une de nos grandes victoires est d’avoir, enfin fait accepter que dans les derniers objectifs du développement durable, que l’eau soit une priorité. Une autre victoire a été remportée à la Cop de Paris puisque l’eau est devenue un élément à part entière du travail sur le climat. Je me rends ainsi à Katowice vendredi 7 décembre (l’entretien a été réalisé mardi 4 décembre, NDLR) pour clôturer la journée consacrée à l’eau. L’objectif est ensuite de porter les conclusions devant les Nations-Unies. Si je dois le résumer par une apostrophe le message est le suivant : « Et l’eau ? Messieurs les présidents… » J’ai ainsi écouté récemment le discours du président de la République française sur la transition énergétique. Dans le texte qui fait 17 pages, le mot « eau » n’est prononcé qu’une seule fois, à l’occasion d’une demi phrase, pour dire que « oui l’hydroélectricité, il en faudra… » Je pense que c’est une erreur. L’hydroélectricité est l’une des énergies renouvelables qui émet le moins de CO2 et qui est multi-usage : production et distribution d’énergie, création de plan d’eau, de zones touristiques, réserves de biodiversité, etc. « Que faites-vous messieurs les présidents pour l’eau en ce moment ? Prenez-vous les bonnes décisions législatives, budgétaires pour sécuriser vos populations en matière d’eau ? »

Vous avez des leviers pour changer le rapport de force avec les gouvernements ?
 

L.F : Moi, les grandes déclarations ce n’est pas mon truc. Notre force, la force du Conseil mondial de l’eau, ce sont ses 400 organisations, 200 ONG, 70 Etats. Autour du conseil d’administration que je préside, j’ai les gouvernements chinois, japonais, brésilien, français, marocain etc. Un président du CME il est reçu par le président de la République sauf en France. Nous on sait tout mais on va dans le mur… Nous allons donc essayer de renforcer la pression politique. C’est un travail au sommet mais aussi au niveau local. Le responsable de la gestion de l’eau partout dans le monde il est au niveau local même s’il faut aussi mutualiser comme pour la Métropole. La petite commune elle ne peut pas avoir une station d’épuration. En même temps, il faut permettre les échanges de connaissances et de capacités. J’ai crée dès ma nouvelle élection, et c’est l’une de mes premières décisions, une délégation à l’urgence et à l’humanitaire. Quand on a la qualité d’expertise d’un Conseil mondial de l’eau, on doit apporter sa contribution. Nous avons été sollicités par exemple pour former des cadres du Proche-Orient afin de rétablir l’accès l’eau. Nous allons avec d’autres prendre l’initiative de créer une sorte de master relatif au secours en eau dans les situations d’urgence. J’avais évoqué il y a 20 ans des casques bleus de l’eau. Nous n’allons pas nous précipiter mais si nous sommes capables de former 20 jeunes par an dans une région du monde afin qu’ils deviennent des experts, on aura atteint un objectif. Il faut aller sur le terrain pour apporter des réponses. Après, une organisation internationale, c’est comme à l’Onu : changer un mot prend une semaine, une phrase un mois et changer un document c’est un an. Malheureusement quand vous avez 70 pays autour de la table, c’est comme ça. 

Avez vous des indicateurs, des ratios, ou des critères qui pourraient s’imposer ou s’opposer aux gouvernements pour faire avancer les choses ? 

L. F. Oui. Bien sûr. Je souhaite d’ailleurs que dans ce nouveau mandat le CME prenne plus position. Pour avancer, souvent, il faut fâcher. Sur la question des barrages d’eau, il y a des pros et des anti. Aujourd’hui je considère qu’il y a une telle insuffisance qu’il va falloir dire avec courage qu’il faut construire des unités supplémentaires, d’autant plus que c’est intéressant pour stocker des énergies. Si l’on veut construire la maison idéale de l’eau, il faut des fondations. Elles sont au nombre de trois : la connaissance, la finance et la gouvernance. Pas à pas, on doit s’appliquer à avoir la maîtrise grâce à la politique (vote dans la Constitution d’un droit à l’eau, seuls 50 pays l’ont inscrits) C’est un travail de persuasion incessant grâce à tous les membres qui occupent la planète. Malheureusement nous allons à contre courant à cause de la croissance démographique. Et ce sujet ne peut pas être abordé dans les conférences internationales car il est tabou.

La population ne semble pas forcément très concernée ?

L.F. : On a tort de parler de transition énergétique en ce moment. Nous vivons une transition qui n’est pas hydrique, qui n’est pas énergétique, qui n’est pas environnementale. Elle est sociétale. Et tant que l’on n’applique pas des remèdes sociétaux à une crise sociétale, nous n’y arriverons pas. C’est mettre des emplâtres sur une jambe de bois. On ne peut pas avoir une réponse purement environnementale à une crise de société. Ce n’est pas possible. Les sociétés humaines sont en train de changer à travers la mondialisation et toutes ses formes. Cela crée des souffrances. Nous n’avons pas voulu les voir et on les a mises sous tapis. Nous avons préféré parler depuis 20 ou 30 ans de « smartcity », de « Google », des « machins »… On remplit la tête de nos étudiants en leur disant : créez des start-up. Vous allez les valoriser et les revendre un prix fou. Bon. Il y en a 95% qui meurent au bout d’un an. Ce n’est pas l’économie virtuelle qui est une réponse à l’évolution de cette société. Il y a une économie réelle à laquelle on doit adosser l’économie du virtuel. Et cela fera progresser le réel qui a ses faiblesses et son conservatisme. Il y a autre chose qui m’inquiète dans ce que l’on vit. Nos gouvernements et les citoyens sont dans l’instantanéité et le monde l’immédiateté. Toute ce que propose Mr Macron sur la transition énergétique est intelligent. Mais on veut le faire à toute vitesse… J’ai entendu hier que l’accompagnement à la fermeture d’une usine de charbon dans la Ruhr avait duré onze ans. Et personne n’est resté sur le carreau.

Vous pensez à la situation de la centrale de Gardanne ?

L.F. : J’entends dire par le président de la République que l’on va fermer la centrale de Gardanne et « avant 2021 » dit-il. Moi, c’est mon secteur (Loïc Fauchon a été maire de Trets dans le pays d’Aix de 1989 à 1997, NDLR). Je connais ce territoire. Rien n’est prêt. Ca va être encore être le drame. Pourquoi faut-il fermer cette centrale en 2021 ? Il faut se donner se donner plus de temps. Les Allemands se sont donnés 11 ans. C’est un exemple. On veut tout faire et tout vite parce que l’on a un gouvernement de 1ers de classe. Il en faut, comme des derniers. C’est la vie. Mais on ne peut pas imposer une marche forcée sur une transformation qui est extrêmement difficile à subir. Quand vous avez en même temps une crise économique, vous pouvez raconter tout ce que vous voulez sur le climat, ca ne rentre pas dans les têtes. Il faut redonner du temps au temps et, petit à petit, faire accepter les choses, et les concerter. Je dis tout cela car les décisions à prendre sont d’abord politiques et pas techniques.

Demain retrouvez le 3e et dernier volet de notre entretien avec le président du Conseil mondial de l’eau, Loïc Fauchon
A lire : 
[Verbatim] Loïc Fauchon : “La situation de l’eau se dégrade dans le monde” (1/3)

 

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