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Loïc Fauchon (CME) : « Dans le monde, Marseille est une capitale de l’eau incontestable » (3/3)

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Suite et fin aujourd’hui de notre entretien avec le président du Conseil du Mondial de l’eau, Loïc Fauchon. Il revient sur le travail du Conseil et sur les relations avec les acteurs du territoire.

Des associations indiennes ont déposé une plainte récemment pour contester la gouvernance du Conseil mondial de l’eau (CME). Que s’est-il passé ?

Loïc Fauchon: Il s’agit d’ONG indiennes, 120 au total, qui d’un seul coup ont déposé leur candidature pour entrer au CME. Menée par quelques rajas et maharajas, soutenue par de grandes sociétés indiennes qui les ont aidées financièrement, cette tentative d’entrée en force a été stoppée par mon prédécesseur qui a limité à 41 le nombre de membres par pays. Les nations les plus représentées comme la France avaient jusqu’à présent 40 membres. Nous avons ensuite donné la parole à ces associassions durant la dernière assemblée générale. J’ai appris à cette occasion que ceux qui se disent non violents peuvent l’être beaucoup. Ils étaient appuyés par quelques altermondialistes parisiens. Il y a eu débat. Tout le monde est resté dans la salle et puis nous sommes passé au vote. Au final, ils ont réussi à se mettre à dos à peu près tout le monde. Ils ont obtenu une cinquantaine de suffrages contre 2230 suffrages pour les gens élus… Il y a quand même une association qui a été élue et j’en suis content. Il faudra en tirer les leçons de cette affaire et mettre en place une régulation. Il ne faut que demain une nation essaye de mettre la main sur la gouvernance. Je m’étais aussi rendu en Inde quelque temps avant, pendant six jours, pour essayer de comprendre. Je crois que les entreprises locales veulent accueillir un forum.

Justement, vous parlez du Forum mondial. Où aura lieu le prochain ?

L. F. Il y a 20 ans, il n’y avait pas Internet. C’est une grande différence. Les gens partout dans le monde se débrouille toujours pour y accéder. Et ils savent désormais qu’il y a des solutions à leurs problèmes. Et donc désormais ils demandent des réponses sur le terrain. Ils ne supportent plus que les « sachants » gardent les solutions pour eux. Le prochain forum sera donc celui des réponses. Les solutions existent, comment désormais on apporte des réponses aux populations. Ce 9e Forum mondial, après celui de Brasilia en 2018, aura lieu au Sénégal à Dakar en 2021.

On parle parfois de « diplomatie de l’eau » en quoi cela consiste ?

L-F. Oui. Il y a des choses plus discrètes. Nous avions par exemple convaincu avec l’Unesco les Turcs les Syriens et les Irakiens de discuter de l’allocation en eau du Tigre et de l’Euphrate. Après quatre ans de discussions nous avons abouti au doublement du débit. Plus récemment, je me suis rendu en Ethiopie et en Egypte pour essayer de rapprocher les positions autour du barrage Renaissance sur le Nil, principale source d’alimentation de l’Egypte et du Soudan. Nous sommes dans ces dossiers des intercesseurs.

Quel est le budget de votre organisation ?

L. F. : Depuis 10 ans, le budget se situe entre 2,8 et 3 millions d’euros (3,5 millions les années de Forum). Les financements proviennent des adhérents, des droits d’organisation du Forum et nous avons des programmes d’études. Mais notre souci est de ne surtout pas créer une nouvelle bureaucratie. Il y en assez. La Ville de Marseille verse une subvention qu’elle avait fixée lorsque elle a gagné la compétition pour accueillir le siège de l’organisation. Il s’agit pour 2018 du seul loyer pour les locaux soit environ 250 000 euros. Nous avons 12 salariés à Marseille. Nous logeons dans un immeuble à l’arrière des Docks grâce à l’aide de la Ville. Nous n’irons pas à la Tour La Marseillaise car ce n’est pas le lieu qui convient à nos besoins. Cela fait près de 25 ans que le CME est à Marseille. J’espère qu’il y restera. Nous avons la volonté d’être plus visible localement avec un fronton. Nous recherchons de nouveaux locaux, autour de 500 m2 qui permettraient de montrer aux Marseillais, aux métropolitains, à ceux qui passent… qu’il y a dans cette ville un Conseil mondial de l’eau.

Est-ce toujours pertinent pour le CME d’être localisé à Marseille ?

L.F. : Je constate que jamais aucune des 400 organisations adhérentes n’a demandé le transfert vers un autre pays. Moi je trouve cela extrêmement pertinent pour plusieurs raisons. Cette région, le sud de la France, accueille de nombreuses entités du secteur de renommée internationale. Cela constitue un terreau très fertile constituant une véritable région pilote dans le domaine de l’eau. Deuxième point, nous sommes en Méditerranée. A l’origine, ce sont des Egyptiens qui ont pensé les premiers à cette initiative.

Est-ce que vous trouvez que la ville s’affirme dans son rôle international ?

L.F. : Oui. Tous nos adhérents sont ravis de venir à Marseille et ils reconnaissent que cette ville est plus agréable. Certains disent même qu’elle est plus propre. Les gens sont toujours bien accueillis. En près de 25 ans, il n’y a jamais eu un incident avec un visiteur. Ils constatent aussi que l’on parle de plus en plus anglais dans les cafés et restaurants.

Qu’attendez-vous de plus du territoire pour vous soutenir ?

L.F.< /b> : Il y a des torts partagés concernant la situation actuelle. Le conseil, pendant 20 ans, a été pris par le travail avec une petite équipe ne s’est pas occupée de son implantation locale. Et les collectivités, une fois qu’il s’est installé, sont souvent passées à autre chose. Je vais m’efforcer de faire en sorte qu’il y ait une collaboration plus étroite. Ce n’est pas forcément une question d’argent. La Région n’est pas membre et je souhaite qu’elle le devienne comme la Métropole. La présence du Conseil mondial de l’eau devrait être là aussi pour encourager la venue d’autres et montrer l’attractivité du territoire. J’espère que Marseille et la Métropole vont se battre pour l’implantation d’autres organisations. Dans le monde, Marseille est une capitale de l’eau incontestable comme Stockholm et Singapour qui perd du terrain.

Deux événements internationaux se profilent. Le sommet Europe Méditerranée fin juin 2019 et le congrès mondial de la Nature en 2020. Comment le CME compte-t-il capitaliser sur ces événements ?

L.F : On va tout faire pour faire entendre la voix de l’eau. Je vais en parler avec l’autorité nationale. Le ministère des Affaires étrangères françaises était d’ailleurs présent à notre assemblée générale. C’est trop tôt pour dire quelle sera la place de l’eau mais j’ai toujours une formule pour la Méditerranée : « une mer protégée si on veut des terres abreuvées… » On ne peut pas faire l’un sans l’autre. Eau douce, eau salée même combat. Concernant le Congrès mondial de la nature, nous sommes très engagés. L’organisation mondiale IUCN (Union internationale pour la conversation de la nature) est membre du Conseil et a siégé au conseil pendant de nombreuses années. Lorsque la directrice générale de l’organisation est venue à Marseille avant la décision finale du choix de notre ville, elle est passée me voir. Nous avons eu une longue discussion à la fois sur la qualité de l’accueil au parc Chanot et la pertinence de Marseille. C’est une très grande fierté de recevoir cet événement qui constitue l’un des congrès les plus importants au monde en nombre de participants. Et dans le monde l’IUCN est une organisation intergouvernementale qui fait référence. Nous allons voir comment l’eau peut être bien présente.

L’Etat vient d’annoncer un investissement de 20 millions d’euros pour soutenir ce congrès. Les acteurs locaux vous paraissent-ils suffisamment mobilisés ?

L.F. L’importance de cette manifestation est du niveau des présidents des collectivités. Il faut qu’ils montrent leur enthousiasme. Peut être que ça viendra. La CCI a déjà lancé un appel aux entreprises. C’est un très grand événement. On a gagné en finale contre Miami, Shanghai ou encore Adélaïde. En France, nous étions face à Bordeaux et Lyon. On n’affiche pas suffisamment notre fierté. La ville doit se mobiliser encore plus que pour le Forum mondial de l’eau qui avait eu lieu ici en 2012.

Lire les deux premiers volets de notre entretien avec Loïc Fauchon.

Loïc Fauchon : « On a tort de parler de transition énergétique en ce moment » (2/3)
Loïc Fauchon :  “La situation de l’eau se dégrade dans le monde” (1/3)

 

 

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