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[Entretien] Sophie Beau de SOS Méditerranée : « Tout le monde ferme les yeux »

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A quelques jours des élections européennes et après l’arrêt brutal des activités de l’Aquarius il y a cinq mois, Sophie Beau, co-fondatrice et directrice de l’association SOS Méditerranée, a accepté de répondre aux questions de Gomet’. Retour en mer, failles du système européen, crises politiques, elle aborde ces sujets en s’indignant : « tout le monde ferme les yeux ».

Le 6 décembre 2018, vous avez mis fin à l’affrètement de l’Aquarius. Vous envisagiez à ce moment-là une reprise de vos activités de sauvetage en mer, début 2019. Où en êtes-vous ? Avez-vous un nouveau navire ?

Sophie Beau : Nous nous préparons activement pour repartir en mer. Nous n’avons pas cessé de travailler dans ce sens-là depuis fin décembre 2018. En parallèle, nous avons préparé les recherches pour partir avec un nouveau bateau. Le fait est que nous disposons d’un cahier des charges extrêmement complexe, dans lequel plusieurs éléments doivent être combinés. D’abord, le cahier des charges est très technique et très lourd. Nous avons des besoins en termes d’équipements, de maniabilité du bateau, de capacités d’accueil pour recevoir un grand nombre de réfugiés mais aussi d’un endroit pour nos partenaires médicaux dont fait partie Médecins Sans Frontières. Ensuite, il y a l’aspect économique. L’Aquarius avait un excellent rapport qualité-prix. Il était ancien et vraiment bien entretenu. Par ailleurs, il n’avait jamais eu de dysfonctionnements ou de problèmes techniques. Aujourd’hui, il n’existe pas de bateau comme l’Aquarius sur le marché. De ce fait, nos recherches se sont forcément orientés vers un navire plus récent et donc plus cher. Avec l’Aquarius, nous payions 11 000 euros par jour, c’était déjà très cher. Désormais, l’échelle de prix sera encore plus élevée et nous ne disposons pas de capacités financières illimitées.

Enfin d’un point de vue politique, nous avons bien constaté que l’Aquarius subissait une campagne de harcèlement administrative, politique et judiciaire. Pour nous il s‘agit désormais d’anticiper autant que possible ce type d’attaques, notamment politiques, en ayant un pavillon qui soit celui d’un Etat qui pourra le mieux résister aux attaques qui viennent, ce n’est pas un mystère, de l’Italie. Ces critères engendrent donc des difficultés pour trouver le bateau adéquat. Cela dit, nous avons bon espoir de repartir très prochainement, dans des délais assez courts. Je ne ferai aucune publicité de l’état de nos recherches pour éviter d’avoir à subir des blocages intempestifs alors que nous ne sommes pas encore en mer. En tout cas, nous sommes bien sûr à la manœuvre, nous n’avons absolument pas cesser de se préparer depuis fin décembre.

Ces « attaques politiques, judiciaires et administratives » que vous évoquez révèlent les failles dues à l’absence de politique commune au sein de l’Union Européenne (UE).  Quelle est la principale défaillance, selon vous, de ce système européen ?

S. B. : La principale défaillance des états que nous avons constaté est celle qui nous a mené à se constituer en association : l’absence de solidarité entre les états membres européens. Même si elles sont en baisse depuis 2015, les traversées restent extrêmement mortelles. Nous avons comptabilisé plus de 500 morts depuis le début de l’année en mer Méditerranée, dont 250 sur l’axe central. Ces chiffres sont énormes comparativement aux nombres de personnes qui ont pu traversé ou tenté de traverser. Même si ces données sont probablement sous-estimées parce que nous n’avons pas forcément connaissance de tous ceux qui partent, toux ceux qui sont interceptés par les Libyens et tous ceux qui coulent. Ce qui est terrifiant, c’est que malgré la continuité de cette catastrophe humanitaire et malgré les années qui défilent, il n’y a toujours pas plus de mécanisme de solidarité européen. Cela fait quatre ans que nous le répétons : il faut mettre des bateaux de sauvetage là où les gens traversent. Il n’y a plus de bateaux de sauvetage alors que nous savons pertinemment que les traversées continuent.

Quelles sont selon vous les conséquences d’une telle défaillance ?

S. B. : Le manque de solidarité a fait peser sur l’Italie une lourde responsabilité, un poids pendant des années durant. Et on a vu ce que ça a donné. L’Italie a fermé ses ports et a désormais une ligne très dure, qui est d’ailleurs en violation totale du droit maritime internationale. C’est désormais au tour de l’Espagne, qui se trouve assez isolé. Il n’y a toujours pas de mécanisme de débarquement coordonné qui permettrait de répartir les rescapés entre les différents pays. Il n’y a pas de réactions d’ampleur au sein des états membres et au lieu d’encourager les sauveteurs en mer, on les poursuit, on les harcèle, sur le plan administratif, politique et judiciaire. Finalement, il n’y a pas de soutien des états européens, bien au contraire, tout le monde ferme les yeux notamment sur l’Italie qui est dans une démarche proactive. Nous sommes dans une situation assez dramatique.

Ces dernières semaines, les candidats aux élections européennes, qui se dérouleront dimanche 26 mai, ont fait des propositions pour améliorer la politique migratoire européenne. Que pensez-vous de celle de la liste Renaissance qui évoque la création d’une agence européenne de l’asile ?

S. B. : Depuis avril 2019, nous avons mis en place une campagne de sensibilisation à travers laquelle, nous interpellons les candidats et futurs euro-députés sur les violations du droit maritime international et la responsabilité des Etats membres en Méditerranée. Nous leur demandons de mettre au cœur de leur action le respect du droit maritime au cours de la nouvelle législature. Pour l’agence européenne de l’asile, je ne peux pas commenter, nous ne sommes pas des spécialistes du sujet. Toutefois, il est évident que ce qui va dans le sens d’une solidarité réelle, concertée et effective entre les états membres est la bienvenue. Bien évidemment sur le principe, nous ne cessons de répéter qu’i faut une approche coordonnée sur cette question parce qu’elle ne concerne pas que les pays européens de première ligne. Nous l’avions dit : l’Italie ne pouvait pas supporter éternellement ce poids et on a bien vu ce qu’il s’est passé. Nous voyons bien que tout cela est très précaire parce qu’il n’y a pas de mécanisme de solidarité. Le mécanisme de Dublin nous constatons bien qu’il ne fonctionne pas aujourd’hui. C’est là-dessus qu’il faut travailler bien évidemment.

Toujours lors de la campagne des européennes, François-Xavier Bellamy, tête de liste des Républicains a déclaré au sujet des migrants « La crise n’a pas encore commencé ». Qu’en pensez-vous ?

S. B. : Je sais pas de quelle crise il parle. La crise politique je pense qu’elle a commencé depuis un moment. La crise migratoire, les chiffres montrent qu’elle est finie. Par contre la crise humanitaire perdure. Le spectacle que nous donne les pays européens est celui d’une crise politique plus qu’autre chose. Le droit maritime international est bafoué et c’est très préoccupant. Parce que laisser des gens couler sous nos yeux sans remettre en cause le plus élémentaire des droits fondamentaux qui est le droit à la vie, de cette manière-là aux portes de l’Europe, pour nous c’est un symbole de retour en arrière sur les valeurs fondamentales de l’Europe, sur le devoir d’assistance, sur le devoir d’humanité. Au-delà de la catastrophe humanitaire, il y a des milliers de vies qui sont en jeu. Après, la politique on la laisse aux politiciens. Nous nous concentrons sur notre mission qui est déjà très complexe avec des conditions qui se détériorent.

Avez-vous bénéficié de soutien, politique ou autre, ces derniers mois ?

S. B. : Oui, il y a des soutiens encore et heureusement. Des donateurs se mobilisent. Nous dépendons complètement de la générosité publique. Cela nous préoccupe de collecter des fonds, même si nous ne pouvons pas en faire état publiquement aujourd’hui, nous nous préparons à faire des dépenses plus importantes qu’auparavant. Nous allons absolument avoir besoin de soutiens. De nombreux citoyens européens nous disent de ne pas abandonner, nos mécènes aussi. Nous allons avoir a priori les moyens pour continuer nos actions mais cela demande que nous continuions à mobiliser le public. Et nous développons beaucoup d’actions citoyennes à terre. Parce qu’il ne faut pas arrêter de parler du drame qui se produit en mer Méditerranée. Par ailleurs, nous avons besoin de garder cette visibilité, pour expliquer au public que nous allons repartir.

Liens utiles : 

Visionnez ici, la campagne de vidéos de l’association SOS Méditerranée. 
> L’actualité de SOS Méditerranée dans les archives de Gomet’.

Nos précédents articles sur la politique migratoire et les élections européennes : 
François-Xavier Bellamy rassemble son camp à Marseille. 
Meeting LREM à Marseille : Stanislas Guerini précise les contours d’une politique migratoire européenne. 
A huit jours du scrutin Raphael Glucksmann veut « réveiller » la gauche pro-européenne.

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Un commentaire

  1. 11000euros par jour ….on pourrait les investir dans les pays d’origine ,non?…..certains sont passeurs ,ils font leur beurre..et d’autres complétent le boulot …les pays d’accueil n’en peuvent plus !CQFD !

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