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[Humeur] Soit dit en passant : plutôt que de bâtir des villes à la campagne

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La chronique dominicale du journaliste Hervé Nedelec. Des enfants sur les cours de tennis, dans les rues ou les écoles… A la croisée des chemins de la ville et de la vie.

Un peu d’air

Lionel Royer-Perreaut, maire des 9e et 10e arrondissements et suppléant du député Guy Teissier (Les Républicains), vient de créer son club opportunément appelé « Oxygène actifs ». Ce fils de rapatriés d’Algérie veut ainsi faire émerger une pensée indépendante et, surtout, réamorcer le débat d’idées peu vivace à l’intérieur comme à l’extérieur de sa famille politique. Ce diplômé en science agronomique sait qu’il convient de labourer sa terre d’élection, avant de penser aux moissons. Il ne lui a pas échappé non plus, pour avoir planché dans une jeunesse proche sur les questions de défense, qu’en politique l’effet de surprise peut jouer et que l’attaque est plus féconde que le repli. Le moment est propice pour une telle stratégie. D’abord parce que le maire de Marseille a ouvert les hostilités dans son camp, en annonçant qu’il n’irait pas au-delà de son actuel mandat. Ensuite parce que le leader des Républicains, Laurent Wauquiez, a indiqué, à ses plus fervents supporters, que la marche à suivre ne passait pas par les cases « nuances » et « poésie ». Il reste au maire du Ve secteur, qui a un petit air d’Eric Ciotti, à démontrer que ses idées et ses « actifs » apportent bien de l’oxygène et qu’il ne s’agit pas d’un enfumage de plus.

Un chemin qui mène aux Roms

Ils sont 800 à Marseille. Ils sont aussi présents à Arles, Aix, Aubagne, Gardanne… Ils squattent, campent, se terrent, survivent plutôt qu’ils ne vivent, affrontent quotidiennement le rejet, sont suspects de tous les maux, sont condamnés à l’errance. Les Roms sont, au final, peu nombreux, mais les braves gens, ainsi que ceux qui le sont moins, les voient partout, les soupçonnent de tout, les accablent sur tout. L’association Marseille et moi avait invité récemment des bénévoles, des enseignants, des retraités, mais surtout Jane Bouvier de l’association « L’école au présent », à venir témoigner pour ces sans-parole. Un reportage de France 3 (Jean-Manuel Bertrand, Pauline Guigou, Pascal Arnold, Sébastien Micaelli) remarquable par la plongée pudique qu’il propose dans cette communauté du bord des routes, disait l’impérieuse urgence de scolariser les enfants des Roms. Ces hommes et ces femmes « aux semelles de vent » comme on le disait d’Arthur Rimbaud, savent que là est en partie leur salut et il faut des petites femmes solides, comme Jane Bouvier, pour les aider à s’accrocher à cet ultime espoir. On a vu à l’image des personnes magnifiques prodiguer conseils, rassurer, câliner ces enfants qui ressemblent à tous les enfants du monde avec leurs rires canailles, leurs chagrins infinis, leurs regards innocents. Toutes choses qu’on ne veut pas voir, ne fixant nos obsessions radicales que sur la main qui se tend au carrefour, le bras qui gratte les conteneurs repus de nos gaspillages, le garnement (forcément) qui s’accroche à nos basques. « Celui qui ouvre une porte d’école, ferme une prison » disait Victor Hugo, si, en plus, on ouvre, un peu soit-il, son cœur, c’est l’humanité qui s’en trouve grandie.

Là est la question

Une étude révèle qu’à Aix-en-Provence, ville réputée pour son bien vivre, 11 000 personnes étaient en attente d’un logement. Dans le même temps on apprend que 6 500 logements sont vides ou, pire, à l’abandon. On ne découvre pas, bien évidemment, le problème mais plutôt son enkystement. Certains propriétaires n’ont pas les moyens d’entretenir leur patrimoine. Il y a quelques années un reportage mettait en lumière ce paradoxe. Une famille, de noble extraction, survivait dans une partie de son hôtel particulier, pendant que périclitait le reste de son bien. Les pouvoirs publics ne peuvent pas tout, certes, et la propriété n’étant pas forcément, comme le suggéraient naguère des esprits extrêmes, le vol, il conviendrait peut-être de se pencher sur la question, plutôt que de continuer à bâtir des villes à la campagne. La loi Malraux a contribué par les aides qu’elle apportait, à la préservation des patrimoines immobiliers et elle a sauvé des quartiers historiques. Le Prince Charles, en Angleterre, construit des cités en reproduisant des architectures du passé et il exige que la mixité sociale soit effective, dans ces nouveaux lieux de vie. Et si les élus de la cité du Roy René se faisaient bons princes, en étudiant la question.

Au nom de la fille aînée

Elle est allée le dire haut et fort, devant les plus fervents supporters de Donald Trump : le danger c’est l’Islam. Et d’user, à la manière de son inspirateur, Jean-Marie Le Pen, d’une métaphore de choc « La France va passer de la fille aînée de l’église à la petite nièce de l’Islam ». Succès garanti bien sûr au pays du Ku Klux Klan. Ce retour sur la scène politique internationale de Marion Maréchal Le Pen, signifie d’abord qu’elle sait sa tante en difficulté. Ensuite qu’elle fera probablement sa rentrée définitive à l’occasion des élections européennes de 2019. Pour l’heure, elle avance, comme alibi de son impétueuse intervention outre-Atlantique, la création prochaine d’une académie susceptible d’enseigner aux jeunes générations le débat d’idées. On l’imaginait chef d’entreprise mais elle compte d’abord entreprendre un retour dans la sphère politicienne. Et il y a de fortes chances qu’elle entraîne dans son sillage la future liste provençale pour dire tout le mal qu’elle pense de l’Europe. « La France en premier » est la seule perspective qu’elle envisage pour notre pays. A Marseille et dans les départements du sud, qui ont choisi de soutenir Laurent Wauquiez, voilà les Républicains prévenus. Dans la grande lessiveuse idéologique, il y a une Le Pen qui veut laver plus blanc que blanc. Les crucifix portés sous les ors du palais Bourbon ne suffiront peut-être pas à faire front.

Il est grand temps

En 2015, les étudiants de l’institut de Sciences Politiques de Grenoble se livraient à une grande enquête dans les collèges et lycées des quartiers nord. Elle révélait que les jeunes Marseillais, scolarisés dans ces établissements, estimaient que la religion primait sur tout autre enseignement. Le gouvernement veut s’attaquer à cette partie plus ou moins immergée de la jeunesse. Il n’est que temps, comme il n’est pas certain que la pente à gravir soit accessible et sans risque pour ceux qui ont la lourde tâche de diffuser le savoir. Au début des années 90, alors que l’intifada faisait rage une fois de plus dans les territoires occupés par Israël, j’avais eu l’occasion d’interroger, dans ces mêmes quartiers, un jeune juif réputé « intégriste ». A propos des événements qui ensanglantaient le pays où il voulait s’engager dans l’armée, il m’avait répondu « mon professeur d’hébreux dit que ce sont des mensonges ! ». C’est une autre communauté parlant parfois une autre langue, l’arabe, qui ne veut pas croire aujourd’hui ce que disent les livres d’histoire, de littérature ou de sciences, au nom d’un Dieu et d’une religion. Il faudra plus qu’une simple vocation aux enseignants pour affronter le mur des incantations.  

Les enfants de la balle

On a décrié un temps l’Open 13, jugé budgétivore et peu populaire. Aujourd’hui cette compétition ATP a un quart de siècle, et elle réunit chaque année les grandes figures du circuit international de tennis. La balle jaune au pays du ballon rond. Retransmise en direct à la télévision, elle est devenue un outil de promotion incontournable pour le Département. Par ailleurs c’est une agora où le Marseille actif se croise, échange, prospère. Mais au-delà de ces évidences, il faut savoir gré à l’Open 13, grâce notamment aux équipementiers qui accompagnent les joueurs, de porter la bonne parole dans les clubs et particulièrement auprès des jeunes. Un Lucas Pouille (premier Français et 16e mondial) a fait ainsi un tabac en allant chemin des Accates (photo). Là, au Tennis Parc de Marseille, plus d’une centaine de jeunes pousses ont pu balbutier leur tennis ou réviser leurs gammes, et réaliser le rêve de leur jeune vie en échangeant quelques balles avec lui. Ils venaient de tous les quartiers de Marseille ou des cités voisines. Le rôle des champions n’est pas que de triompher seul, mais aussi de faire gagner les autres. Le sourire de Lucas n’était pas ce jour-là celui d’un vainqueur, mais celui d’un passeur.

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