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[Humeur] Soit dit en passant : de la démocratie en panne

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L’actualité fut encore dense cette semaine. Notre journaliste Hervé Nedelec commente dans son humeur dominicale les petits et grands événements tout comme les scènes ordinaires. La plume alerte. Bonne lecture !

Le jaune est la couleur de qui et de quoi ? A l’heure où nous écrivons ces lignes, Marseille, la Provence, la France retiennent leur souffle. Le mouvement des gilets jaunes peut être poussé, à tout moment, par de mauvais vents. Parce qu’il est difficile à décrypter, y compris par les experts de l’expertise qui encombrent nos écrans, parce que s’y exprime une somme hétéroclite de mécontentements légitimes ou pas, parce que les idéologies, mortes depuis belle lurette, ont fait le lit des populismes. Ce samedi matin, à Castellane, au péage du tunnel Prado Carénage, sur l’autoroute entre Marseille et Aubagne, se coagulaient ceux qui se font du mauvais sang parce qu’ils ne pressentent qu’un horizon bouché et le sang impur de spéculations politiques aux relents anciens. On ne pouvait même pas se tourner vers le ciel bas et lourd pour tenter de lire, comme l’égérie bretonne du mouvement – Jacline, spécialiste de l’ectoplasmie (Fantômes) – dans le tracé des avions de ligne, comment allait s’écrire les lendemains prochains. Il y avait dans les bouchons fumants, ce samedi noir, beaucoup de ceux qui chaque matin sur l’A7, l’A50 ou les rues marseillaises et aixoises pestent d’être prisonniers de la voiture ou de la moto, déplorent les allergies et les maladies provoquées par les particules dites fines, se moquent du covoiturage au nom d’une indépendance sauvage, ignorent et méprisent l’idée d’emprunter les transports en commun et pointent du doigt, en même temps que l’Etat forcément coupable, les hausses à la pompe et les taxes réputées écologiques.

Dans ce capharnaüm où la pensée était priée de rouler au pas, on voyait bien surgir ici et là le méchant museau de quelques renards de la République en panne. M. Nicolas Dupont-Aignan avait investi le fauteuil tendu par une radio financée par la redevance, pour introduire cette journée et expliquer, sans rire, que si la France était debout derrière lui, on ne pouvait pour autant lui reprocher quelque récupération que ce soit. Il ajoutait pour renforcer la démonstration, que de nombreux cadres de LR l’avaient rejoint ne citant qu’un seul de cette cohorte annoncée, Hervé Fabre-Aubrespy maire de Cabriès et vice-président de la Métropole. L’affichage massif dans la nuit de vendredi à samedi des militants marseillais et provençaux (photo), attestait bien évidemment du contraire. A La Valentine, dans un bar-tabac, un homme en colère qui s’apprêtait à prendre son travail résumait en quelques mots la confusion générale : « Putain, ils ont voulu m’arrêter les gilets jaunes et je leur ai dit : mais vous défendez quelle couleur ? » C’était bien là une des questions.

La mairie s’effondre

Même le Canard Enchaîné a du mal à en rire, pendant que Jean-Michel Apathie, roulant tambours autant que les « R », s’autorise sur Europe 1 à sommer le maire, Jean-Claude Gaudin, de démissionner. Ce fut une semaine horrible pour celui qui a cru longtemps qu’une « pagnolade » permettait, à l’infini, de rouler les micros dans la farine marseillaise. Lui qui, il y a trente ans déjà, dénonçait, à propos d’un mauvais feuilleton télévisé, les « couillonnades » qui circulaient sur sa ville, a dû à coup de communiqués ou de conférences de presse gravir un chemin de croix qui ne l’a pas rapproché de la Bonne Mère. En d’autres temps il aurait pu lancer comme le général Foch : « mon aile droite est enfoncée, ma gauche s’effondre, je fonce… » Hélas la ligne machinale, derrière laquelle il avait l’habitude d’attendre le passage des orages, a cédé de toute part et l’artillerie lourde médiatique prompte à canonner les dernières poches de résistance, a fait le reste, à coups de magazine meurtrier (Pièces à conviction en replay sur France 3 jusqu’au 22 novembre) ou de supplément réquisitoire (Libération du vendredi 16 novembre). On se souvient du conte d’Andersen où un petit garçon remarque que « le Roi est nu » parce qu’il a fait confiance, pour l’habiller, à deux charlatans. Même si ce qui s’est passé cette semaine autour du Vieux-Port ressemble d’abord à un sournois règlement de compte. Quelques-uns, qui pourtant ont longtemps partagé le festin de ce dernier quart de siècle, murmurent déjà dans l’ombre complice : « le problème c’est qu’il se voyait trop beau ! ». Que ne l’ont-ils averti ?

Le goudron et les plumes

La guerre ne fait que commencer et elle fera des victimes dans chaque camp. Renaud Muselier a tiré le premier en sacrifiant, sur l’autel de la colère populaire, deux de ses vice-présidents à la Région : Xavier Cachard et Arlette Fructus. Le premier avait anticipé, car il ne se remettait pas, propriétaire d’un des appartements sinistrés, d’être propulsé aussi brutalement en tant qu’acteur, sur la scène médiatique. Il était à LR, comme son ami président de Paca, mais il n’était plus question là de respecter l’étiquette. La seconde était, si ce n’est une prise, au moins un scalp politique idéal. Au centre Mme Fructus avait dû résister, il y a quelques semaines, aux assauts de ses alliés républicains, Mme Solange Biaggi abandonnant un temps sa gentilhommière de la Corniche Kennedy, pour venir lui contester à la Métropole, sa vice-présidence à l’Habitat, au Logement et à la Politique de la ville. Mme Fructus, touchée de plein fouet, juge le sort qui lui est fait « écœurant et nauséabond ». On peut l’entendre. Il y a fort à parier que les épisodes à venir ressemblent à ce qui amuse les enfants au-dessus de Cuges-les-Pins, OK Corral.

Sauf que ce qui va se jouer à Marseille n’aura rien de ludique, car personne n’a l’intention de tirer à blanc. Pour avoir pointé le bout d’un plan Marshall, le sénateur LR Bruno Gilles s’est entendu rappeler, par un revenant, le socialiste Patrick Mennucci qu’il avait « voté, depuis 1995, toutes les politiques dramatiques de la majorité de droite ». Et, pour faire bonne mesure, que le prétendant au trône de Marseille découvrait aujourd’hui « les mesures qu’il rejette depuis des années ». Dans ce vacarme quelques-uns tentent d’élever le débat, alors que les décombres de la rue d’Aubagne sont encore là pour témoigner de la faillite générale des politiques. Comme Philippe San Marco. « Comment ne pas comprendre, écrit-il, que ce qui ronge Marseille aujourd’hui c’est d’abord et surtout l’absence d’autorité républicaine ou d’autorité tout court ». Mais on peut saluer la solidarité que l’on croyait définitivement enfouie dans les plis d’une histoire ancienne et où des milliers de Marseillais se sont engouffrés. Dans un des centres de dons, un gamin a apporté pour ces petits copains dans la peine, un ballon de basket. Et si Marseille rebondissait.

Ca aurait du tout changer

Jeudi 22 novembre, à partir de 11h au Mucem (1), sous la direction scientifique de Guilda Chahverdi et Agnès Devictor, une réflexion nous est proposée : « un attentat ça change quoi ! ». Alors que, trois ans après, les derniers souvenirs du Stade de France, du Bataclan et des terrasses, s’estompent, il est salutaire que les hommes et les femmes de bonne volonté se réunissent pour dire l’indicible, désigner les maux et redire les mots que l’intégrisme a voulu faire taire. Il ne faut pas avoir l’ouïe fine pour constater, aujourd’hui, dans certaines rues de Marseille ou d’Aix, que les semeurs de mort ont repris le train-train de leur haine ordinaire. Il y a dans les caves ou des arrières cours obscures des mutineries à venir contre la démocratie. Le rire généreux d’un Cabu doit résonner fort dans nos têtes car ses dessins disaient à s’en désespérer que les hyènes ne rendent jamais l’âme. Puisqu’elles n’en ont pas.

(1) Participants : Institut français d’Afghanistan (IFA) ; Histoire culturelle et sociale de l’art (HICSA) ; Mondes iranien et indien UMR 7528 (CNRS) ; Institut de recherches et d’études sur les mondes arabes et musulmans (IREMAM) ; Ambassade de France en Irak

Le macho déraille

Une Marseillaise, cadre supérieure dans un organisme social, témoigne d’une saynète dont elle fut partie prenante dans le TGV Marseille Paris. Une contrôleuse, fort civile, vérifie la validité de son billet. Quelques minutes plus tard, alors qu’elle s’est replongée dans quelque lecture, un contrôleur se présente. Elle lui fait remarquer que sa collègue est déjà passée et notre homme bêtement viril, mais hautainement correct, de lui lancer « justement, c’est une femme et je préfère repasser derrière ». Notre Marseillaise de faire remarquer à son interlocuteur à casquette que sa réaction « date du siècle dernier ». Celui-ci reste solide sur ses rails et reproche à sa (mauvaise) cliente de manquer d’humour. Rappelons ici quelques slogans de la SNCF : « Le train du bon temps à petits prix » ou « SNCF prenez le temps d’aller vite » ou encore « SNCF c’est possible ». Suggestion à M. Guillaume Pépy, patron de cette honorable maison « SNCF, le pire est toujours sûr ». On ne sait si ce contrôleur s’est battu pour son statut, mais il mérite incontestablement une statue.

Scène de la vie ordinaire

Quelques minutes dans la salle d’attente du service de médecine nucléaire (Imagerie) de l’hôpital Nord. Des personnes âgées, d’autres qui le sont moins, des enfants en bas âge… une femme voilée et sa petite fille, une dame blonde et son petit garçon qui lit – ça ne s’invente pas – le très colonialiste Tintin au Congo, des visages préoccupés qui attendent un examen, qui révèlera ou non une complication, plus ou moins grave. L’atmosphère est paisible, les gens solidaires mais sans plus. Arrivent deux policiers et une infirmière. Ils encadrent un jeune homme calé sur une chaise roulante. Une couverture recouvre ses mains qu’on ne distingue pas. On voit par contre parfaitement, les menottes qui entravent ses chevilles. Le prisonnier n’a fait que passer, mais quelques murmures scandalisés le jugent définitivement et s’indignent qu’il puisse bénéficier de soins. Ne peut-on s’interroger sur une société qui interdit à la presse de publier des photos de criminels ou de suspects menottés (la loi Guigou) et qui livre ainsi un individu au lynchage du regard des patients honnêtes ?

 

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Un commentaire

  1. Sans bras ni poche, difficile d’imaginer vêtement plus basique que le gilet, jaune ou autre.
    Il n’est , en réalité , qu’un signal de détresse . L’enfiler revient à dire : “j’existe encore, ne m’effacez pas du paysage”.

    Mais y a t il encore des oreilles pour entendre l’appel ?

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