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[Humeur] Soit dit en passant : “Pauvres à Marseille”, la bouffée d’air de Philippe Langevin

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L’actualité de la semaine, particulièrement dramatique ces derniers jours, décryptée par le journaliste Hervé Nedelec dans “Soit dit en passant”. Chronique d’humeur, forcément subjective et engagée. Bonne lecture !

Le capitaine et la tempête…

L’image pèse ici autant que les mots. Notre consœur photographe de la Provence, Valérie Vrel, a saisi le moment tant attendu, où, Jean-Claude Gaudin Maire de Marseille prend la parole, après le silence dans lequel il était cloitré, depuis la tragédie de la rue d’Aubagne. A ses côtés, Sabine Bernasconi, maire du secteur concerné (1-7) et Arlette Fructus, adjointe au logement et à la politique de la rénovation de la ville. Gaudin s’adresse aux journalistes et sa main précède son verbe. Il est en colère. Les deux élues sont impavides ou affligées. L’heure est au recueillement lance le maire dans une injonction sans relief. Puis très vite, à la disculpation. La ville n’y est pour rien dans cette catastrophe, que quelques soldats téméraires de la politique locale sont allés jusqu’à attribuer à la seule pluie. L’élu Marseillais égrène les millions qu’il a alignés, pour cette rénovation que les caméras venues de Paris cherchent encore. Elles n’ont filmé jusqu’ici que ce quartier de Noailles en friche, où les plus pauvres, et quelques bobos, tentent de survivre malgré l’insalubrité et le danger. Rue de l’Arc, qui débouche sur les immeubles effondrés, quelques écolos militants ont jalonné de plantes vertes les pas de porte. C’est joli, mais ce cache misère ne trompe pas. Autant que plus bas, rue Pythéas (photo), le nom d’un bar, fermé en urgence pour menace imminente d’effondrement, aurait dû alerter les passants. Il s’appelait « Seconde vie » et il est vrai qu’il n’y en aura pas de troisième possible. Tout cela est visible et, s’il n’y avait huit morts, risible. A la mairie, le maire fatigué se retire dans son bureau. Il a lâché une dernière salve, « vous croyez qu’un capitaine démissionne pendant la tempête », à l’adresse de ceux qui appellent à sa démission. Au pied de son palais, le Ferry-Boat continue à faire ses allers-retours, entre la place aux Huiles et la mairie. A fond plat, il n’a jamais affronté la haute mer.

seconde vie

Et tous derrière…

Jean-Luc Mélenchon a quitté Paris. JLM arrive à la gare Saint Charles. JLM va se rendre rue d’Aubagne. JLM a parlé : tout ça c’est à cause de « la désinvolture des pouvoirs publics ». Comprenez d’Emmanuel Macron. Allez JLM n’a pas de temps à perdre, il rejoint le Pacha qui commande les Marins Pompiers, pour lui serrer la pince, en veillant d’être bien cadré. S’il est un domaine où le parti des Insoumis a pris le pouvoir, c’est bien celui de la communication. Les journalistes – dont une part « d’abrutis », selon l’ancien sénateur – ont toujours les yeux de Chimène pour celui qui a compris que l’information avait vécu, remplacée par la buzz-information. S’inspirant des Etats-Unis où Trump est le maestro de cette tragi-comédie, la garde très rapprochée de Mélenchon veille à taquiner le goujon médiatique. Le marigot politique est un milieu naturel propice à sa reproduction. Arrêt sur image donc, comme dirait Daniel Schneidermann. On a un leader de l’ultra gauche qui découvre un quartier, où il a moins mis les pieds dans sa longue carrière que dans les studios de radio ou de télé où il prospère. Il prend la parole sous les objectifs qui feront sa renommée, et pointe du doigt la responsabilité de l’Etat. Il évite de désigner le maire, avec qui, sénat oblige, il entretient d’excellentes relations. Il témoigne de son attachement aux « gens » qu’il appelle à le rejoindre et s’en repart en se frottant les mains pour les trente secondes dûment enregistrées par les « abrutis » convoqués par les siens. Elle est pas belle la ville !
(1) Il faut lire « Mélenchon aux Portes du Pouvoir » (First Editions) de Mélanie Delattre et Clément Fayol. Une enquête qui décrypte sans complaisance le système qui porte les Insoumis et leur leader.

Des réactions et un appel

Il y a ceux qui sont dignes, ceux qui le sont moins et enfin ceux qui cherchent à comprendre et non à se méprendre. Benoit Payan, qui est un des rares rescapés du PS Marseillais, a publié un long réquisitoire après avoir observé le temps que la décence commandait, avec l’effondrement des immeubles du centre historique. Quand ses adversaires politiques – les Républicains, le Rassemblement National et les Insoumis – désignent l’Etat, comme le seul maître de ces destins saccagés, il décrypte lui les choix urbanistiques, économiques et donc politiques de la majorité municipale. Beaucoup l’approuvent et le relayent. Comme Marie-Arlette Carlotti qui appartint au gouvernement de Hollande et sait donc la lenteur criminelle qui accompagne, depuis des décennies, ce dossier de requalification du centre-ville. Cet habitat insalubre, insécurisé, mortel, a un grand âge et il serait juste d’aligner aujourd’hui tous les noms des maires et même, comme Defferre et Gaudin, des ministres qui ont oublié de placer cette réalité au rang de priorité des priorités. L’Histoire jugera un jour ceux qui aujourd’hui ont la parole forte, alors qu’elle était si faible lorsqu’ils avaient en mains des leviers nécessaires. Dans cette tartufferie généralisée, il faut saisir la contribution de Philippe Langevin comme une bouffée d’air intellectuelle. Dans un fascicule de 100 pages, fort bien documenté, il lance un appel d’une simplicité biblique : « Pauvres à Marseille. Un besoin urgent de fraternité ! ». L’universitaire sollicite l’opinion en prenant garde de ne pas sombrer dans l’amalgame et de ne pas livrer « une remise en cause du renouveau de Marseille » qu’il décrit dans un chapitre. « Simplement, affirme-t-il, le message à faire partager est que cette économie ne concerne qu’une partie des Marseillais, les plus formés, les plus mobiles, les plus performants ». Ceux qui ne résident pas dans des immeubles châteaux de cartes.

Il faut sauver les vieilles pierres

Yann Moix a été engagé par Thierry Ardisson (Les Terriens du samedi) pour jouer la mouche – ou la puce plutôt – du coche. Il s’acquitte parfaitement de cette mission, aussi périlleuse, à l’en croire, que celle d’un reporter de guerre. Sauf qu’il ne risque qu’une blessure, celle qu’il inflige à bon compte à ses cibles du moment. Il s’en est pris ainsi, en son absence ce qui en dit long sur la bravoure de ce poilu de trois jours, à Stéphane Berne . Le pamphlétaire ardissonien l’accuse d’être un « mort vivant » avec « son obsession » à vouloir sauvegarder les vieilles pierres. Moix justifie sa diatribe, en opposant à l’action de Berne, l’urgence à répondre à la détresse des rescapés de l’immigration. Fastoche, comme on dit dans les cours d’école et sans risque si l’on fait référence aux émoluments des pigistes du catho-cathodique Ardisson. Bon Moix c’est lui, nous c’est l’opinion. Qui peut justement lui rappeler que nombreux sont ceux qui savent que, dans la sauvegarde du patrimoine, il y a l’impérieuse mission de sauver la mémoire des peuples. Moix aurait dû parler avec les immigrés de la porte de la Chapelle. Des Africains qui lui auraient rappelé que sur leur continent, lorsqu’un vieillard meurt c’est comme une bibliothèque qui brûle. Ici à Marseille, et plus largement en Provence, on sait qu’il n’y a pas de vie sans racines. A la Corderie des citoyens se sont battus pour un morceau de carrière antique sauvée de l’oubli. Plus haut dans les terres, on sait la sublime abbaye de Sénanque menacée. C’est un lieu magique où à la fin du printemps, la flèche d’une chapelle est tendue comme un index, qui désignerait le ciel au-dessus d’un océan de lavandes. Pour ceux qui connaissent l’enfer des villes, il faut avoir parcouru, au moins une fois dans sa vie, ce paradis dans les terres. Yann Moix devrait aller y méditer après sa saison chez Ardisson. Il verrait que le silence est d’or.

Le ballon ne tourne pas rond, mais…

Christian Poitevin – alias, en poésie, Julien Blaine – disait lorsqu’il officiait auprès de Robert P. Vigouroux en tant qu’adjoint à la culture, qu’il y avait autant d’abonnés au théâtre à Marseille, qu’à l’OM. Il avait raison et l’actualité récente le confirme. Pendant que l’OM désespère ses supporters la sphère culturelle marseillaise pétille d’un champagne créatif époustouflant. Bien sûr on se réjouira d’abord des hommages talentueux qui furent rendus en cette année du 150ème anniversaire de sa naissance, à Edmond Rostand, maître absolu des mots et de la gymnastique qui peut les animer. Plus récemment encore on ne peut qu’applaudir la prouesse d’un Timsit venu défendre la prose d’un Albert Cohen qui résida longtemps à Marseille, où il s’attardait face au château d’If en savourant, aux regrettés Flots Bleus, quelque boisson anisée. Et puis comment ne pas redresser fièrement notre crête marseillaise, lorsqu’un Alexandre Mazzia est porté aux nues internationales, par le sévère Gault et Millau. Enfin et non des moindres, Valérie Manteau a tracé son « Sillon » dans la liste des grands Prix, en décrochant le Renaudot. Cette collaboratrice du Mucem et le maître queux d’AM (Le restaurant de Mazzia rue Rocca dans le 8e) méritent une Ola au vélodrome, autant que nos petits gars en short de l’OM. Sans oublier le « hip-hopeur » Soprano, installé sur l’Everest des ventes d’Albums. Allez cocorico.

Et la gare arriva

Crédit HN

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En 1896, les frères Lumières terrorisaient les foules avec les quelques secondes d’un film : « Arrivée d’un train en gare de La Ciotat ». Aujourd’hui c’est l’arrivée d’une gare (Maritime) qui attriste l’œil sur le Vieux Port. Dieu sait quelle fut attendue cette chose en planches. Deux ans de retard à la livraison pour d’obscures raisons techniques. Elle est signée, comme l’ensemble de la réhabilitation du Vieux Port, Norman Foster. L’architecte a notamment imaginée l’ombrière et ses reflets d’argent qui a pris toute sa place dans la déambulation des Marseillais et des touristes. Un espace devenu emblématique. Il avait la particularité d’offrir un miroir aux pointus et barcasses qui se balancent sur les flots apaisés au pied du marbre des quais. Puis la gare du même Foster s’est amarrée. Une méchante palissade en bois qui obstrue partie de cette perspective qui ravissait tant. Pour le moment des planches n’ont pas noirci comme celles des abris des autres quais. On n’est jamais mieux desservi que par soi-même. Mais l’horizon est amputé. Dommage Marseille était si belle en ce miroir.

 

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