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Pour Nicolas Hulot, la biodiversité représente aussi un enjeu économique

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Nicolas Hulot a présenté, vendredi 18 mai, à Marseille, un plan pour lutter contre l’érosion de la biodiversité. L’un des arguments avancés pour relever ce défi : l’intérêt économique d’une nature en bon état, dont le parc national des Calanques est l’une des « meilleures illustrations », selon le ministre.

Sa visite à Marseille était l’occasion pour Nicolas Hulot de prendre le large. A bord du bateau qui le mène sur l’archipel du Frioul, ce vendredi 18 mai au matin, le ministre de la Transition écologique et solidaire ne boude pas son enthousiasme à l’idée de se ressourcer auprès de cette nature « pourvoyeuse de beauté, d’inspiration… » et qui agit même comme « un remède au stress de notre société ». Sauf que cette nature est victime de bien des maux, dont seule une prise de conscience collective est en mesure de soigner. C’est le message qu’est venu porter Nicolas Hulot dans la cité phocéenne, en présentant son plan pour sauver la biodiversité, en sonnant « le tocsin » et en lançant un « cri de mobilisation générale ». Dans son long discours en forme de plaidoirie, prononcé au Fort Ganteaume, avec le Vieux-Port en carte postale, Nicolas Hulot a voulu éveiller les consciences en citant des grandes figures littéraires (Châteaubriand, Victor Hugo…) ou d’illustres personnalités historiques (Einstein, Mandela, Luther King…), et en employant des phrases incisives, illustrant son propos d’exemples concrets.

Pour lui, le XXe siècle a vu naître des « situations inimaginables », comme l’émergence d’un continent de plastique, qu’il pensait un temps n’être qu’une image. Un siècle marqué par le « retour de l’absurde », lorsqu’en Chine, des femmes ouvrières agricoles sont obligées de polliniser des champs à la main, parce que les abeilles ont disparu. « Nous avons le devoir de faire comprendre les bénéfices de la biodiversité à un monde devenu trop urbain, qui s’est délié, éloigné du vivant. Chaque jour, des Joconde disparaissent mais nous ne le savons pas, et nous ne le saurons peut-être jamais ». Dans ce contexte, parmi les pistes de son plan, Nicolas Hulot milite pour « utiliser l’argument d’un intérêt économique d’une nature en bon état en opposant le coût économique d’une nature en mauvais état. »

« La biodiversité qui revient, c’est l’économie qui revit »

A Marseille, « dans cette ville si attachante », le parc national des Calanques s’impose comme « l’une des meilleures illustrations » de son propos. « La création de ce parc aux portes d’une grande métropole n’était pas garantie d’avance en termes de succès, d’acceptabilité. Comme dans beaucoup de domaines, les résistances étaient très nombreuses », explique-t-il, avouant y faire encore face, notamment sur le grand parc national des Feuillus (Haute-Marne) qui sera officiellement ouvert avant la fin de l’année. Quand il s’agit de protéger la nature, ces obstacles reposent sur différentes questions : va-t-on pouvoir continuer les activités économiques comme avant ? Comment répondre aux défis de la consommation d’espaces et ce phénomène de grignotage des espaces naturels par des villes, des zones commerciales, des zones d’habitation ? Comment limiter les pollutions qui viennent justement de ces lieux fortement urbanisés ? « A ces questions, le parc apporte des réponses et fait la démonstration qu’il n’y a absolument rien d’absurde à protéger la nature, même en ville. Mieux encore, la biodiversité qui revient c’est l’économie qui revit, car le vivant a une extraordinaire capacité de résilience, si tant est qu’on prenne soin de lui ».

Les modèles de réussite économique autour de la biodiversité

Pour exemple, les récifs artificiels implantés dans la rade sud de Marseille et l’interdiction de la pêche dans certaines zones ont permis le retour des espèces du haut de la chaîne alimentaire comme le mérou ou le corb, et l’amélioration de la qualité des eaux. Mardi 22 mai, la Ville de Marseille célèbre d’ailleurs les dix ans d’expérimentation des récifs artificiels, qui a débuté à l’automne 2007. Une opération intitulée « Récifs Prado» inédite en France par son ampleur : 27 300 m³ immergés près de la côte dans un but de production et de réhabilitation des fonds, soit l’équivalent de toutes les concessions déjà immergées en France. Ces cubes de béton creux sont colonisés par divers organismes, qui constituent la base de l’écosystème marin. En 10 ans, la biodiversité a ainsi augmenté de plus de 30 % et le nombre d’espèces de poissons a été multiplié par trois. Les récifs artificiels ont permis non seulement de protéger la ressource maritime sans la sanctuariser mais aussi de soutenir la pêche côtière locale, de sensibiliser à la protection de la nature et d’élaborer des programmes de recherche et de développement. Plus grande zone de récifs artificiels d’Europe et de Méditerranée, ces 401 récifs dont l’immersion s’est achevée en juillet 2008, sont disposés à plus de 25 mètres sous la surface de la mer, entre la Corniche et l’Île du Frioul.

Au Frioul, première ferme piscicole biologique d’Europe

Pour Nicolas Hulot, il est « important de s’inspirer d’une initiative qui a additionné les intelligences plutôt que de les confronter, ce qui montre que dans un territoire comme celui-ci il n’y a pas de fatalité. La nature est un facteur de développement économique, dès lors qu’on respecte les lieux et la diversité que ces territoires hébergent ». Si résumer la biodiversité à une simple question économique serait « une sorte de vulgarité intellectuelle », elle ne rejette pas toute activité économique, « bien au contraire », plaide le ministre. La biodiversité se boit, se mange aussi. « Elle fait partie intégrante de notre patrimoine culturel, gastronomique et de notre identité ». Le déjeuner servi à l’occasion de sa visite était d’ailleurs articulé autour de la biodiversité du parc des Calanques, témoignant aussi de l’importance des entreprises oeuvrant dans ce sens. C’est le cas d’une ferme piscicole du Frioul qui a été l’une des premières d’Europe à obtenir le label agriculture biologique.

C’est aussi dans cette démarche que grâce au parc national, le vignoble de Cassis va devenir le premier vignoble de France totalement bio dans les prochaines années, protégeant de fait une appellation qui garantira qualité et absence de tout produit chimique, par respect pour la biodiversité et pour le consommateur. « Elle témoigne du dynamisme de la biodiversité d’un point de vue économique et apporte les preuves qu’il est possible de faire prospérer des emplois, des entreprises, parce qu’elles en vivent et qu’elles deviennent le meilleur avocat de la protection de la biodiversité. L’économie ne peut pas rester à l’écart de cet enjeu. Elle peut en subir les préjudices, mais elle peut aussi en tirer les bénéfices ». C’est pourquoi, l’un des piliers de son plan est de mobiliser les acteurs économiques « dont nous avons absolument besoin pour protéger la biodiversité, y compris via des modifications de la politique agricole commune ».

Ce sont les petites histoires comme celles du parc des Calanques, de la ferme piscicole ou du vignoble de Cassis « qui font la grande ». Et c’est dans cette direction que Nicolas Hulot veut dorénavant entraîner le pays. « La société française doit être maintenant une société qui prend soin de la nature, il faut qu’on lui déclare la paix. Elle a simplement besoin qu’on la laisse tranquille. » Un enjeu dont La France et l’Europe doivent se saisir, même s’il « nous dépasse parce qu’il nous oblige à réfléchir, à agir sur des échelles de temps qui vont au-delà de notre propre existence. »

Passer « des mots aux actes »

Pour porter cette ambition, le Premier ministre et le président de la République ont accepté de construire un plan pour la biodiversité et le mettre à terme, au même niveau que le plan climat. « C’est essentiel de rendre les deux indissociables ». Par ailleurs, pour la première fois en France, un comité interministériel va être mis en place « afin de provoquer dans le pays une réaction et surtout une mobilisation générale ». Tout le gouvernement va se réunir fin juin, début juillet pour faire « la démonstration que c’est un enjeu systémique et sociétal, et qu’il doit s’appréhender de manière transversale. » Nicolas Hulot entend aujourd’hui passer « des mots aux actes ». Au-delà de la réconciliation entre l’écologie et l’économie, Nicolas Hulot veut également redonner sa place à la nature, même en ville, sanctuariser les terres agricoles, viser « le zéro artificialisation nette des sols » ; travailler sur la protection des espaces et des espèces, « en créant de nouvelles aires de protection naturelles, ou en les agrandissant ». L’occasion d’annoncer que le conservatoire du littoral a acquis son 200 millième hectare protégé. Autre objectif : mettre fin aux pollutions en mer en s’attaquant aux plastiques. Cette stratégie prendra appui sur une large consultation « pour que dans les deux mois qui viennent, chaque citoyen au premier rang desquels les associations fasse des propositions ». 

« C’est l’heure de vérité pour l’humanité »

Le plan s’inscrit également dans un calendrier international pour créer une véritable caisse de résonance autour de cette question et afficher le volontarisme de la France. Le pays accueillera l’année prochaine le G7 dont le sujet principal sera la biodiversité. La même année aura lieu la 7e session plénière de la plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IBBES). La visite du ministre marquait aussi l’officialisation de la venue, en 2020, à Marseille, du Congrès mondial de la nature, de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

En reprenant une phrase de Martin Luther King à propos de la cause des Noirs, Nicolas Hulot a conclu : « Nous sommes condamnés à penser, à agir ensemble ou à tous souffrir comme des idiots. Nous en avons les moyens, ne fait défaut sur ces enjeux qu’une chose : l’intelligence et la volonté collective. Saurons-nous le faire ? C’est l’heure de vérité pour l’humanité. »

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