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[L’entretien] La révolution numérique dans l’édition avec la blogueuse Sabine Lauret

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Sabine Lauret est une pétillante blogueuse salonaise de 46 ans. Toujours souriante,
femme généreuse et déterminée, elle a créé il y a 12 ans un blog (Ma Bibliothèque Bleue) afin de
partager sa passion de la lecture, et des livres, dans tous leurs états.

Pouvez­-vous nous parler de “Ma Bibliothèque Bleue” votre blog ?

Sabine Lauret: Il a été créé il y a 12 ans. Je l’alimente par mes lectures, uniquement ce que j’ai envie de lire, je ne me « force » pas même si j’ai de nombreux partenariats avec des maisons d’édition. Ce blog me permet de partager toutes sortes d’informations : je peux, par exemple, tout simplement, poster des citations, car j’aime bien de temps en temps faire part de l’actualité avec une petite phrase ou une anecdote ­par exemple le jour de la naissance ou de la mort d’un auteur pour lui faire un clin d’oeil­. J’écris aussi des articles sur des événements (salon du livre par exemple). J’ai aussi une revue de presse pour les articles qui me sont consacrés pour étayer le lien avec le lectorat. Il m’arrive aussi d’y évoquer les événements que je peux organiser autour du livre.

Quelle est la fréquentation de votre blog ?

S. L. : Il reçoit 150 visites par jour soit 4 000 connexions par mois. Mais je ne cherche pas à faire du chiffre : je privilégie un rapport particulier, de qualité, avec mes lecteurs.

Pourriez­-vous nous dire quelques mots sur les événements que vous organisez ?

S.L. : Ce sont des événements autour du livre, de la lecture, parfois une rencontre avec un auteur. La fréquence est variable, mais 5 ou 6 dates par an tout au plus. 


Est­-ce qu’il y a beaucoup d’auteurs dans le pays salonais ?

S.L. : Oui ! Si on consulte le collectif Peps il y en a une vingtaine de « déclarés ».

Pourriez­-vous nous parler un peu plus de ce collectif ?

S.L. : Je l’ai co­-fondé en décembre 2012 avec Philippe Wolff qui m’avait dit “on est chacun dans notre coin et on se sent un peu désœuvré face aux auteurs plus connus et qui sont portés par de grandes maisons d’édition et ayant une forte visibilité médiatique.” Philippe m’a alors proposé de partager des activités (corrections, échanges de contacts, aide logistique pour les séances de dédicaces, etc.). Au départ, nous étions une dizaine, et une grosse vingtaine maintenant.

Est­-ce que ces auteurs écrivent tous le même genre de livres ?

S.L. Non, les auteurs de Peps travaillent sur des genres très différents (poésie, polar, jeunesse, théâtre et patrimoine).

Vous avez remis en décembre 2015 à Paris le prix du livre numérique et le défendez depuis de nombreuses années. Pourquoi ?

S.L. Je défends le livre numérique car je l’utilise depuis 2008. A l’époque, il n’était pas à la mode. Aujourd’hui, de nombreux lecteurs le connaissent et le pratiquent régulièrement. A cela s’ajoute que les éditeurs se sont adaptés et y ont vu un secteur de développement économique car les utilisateurs sont équipés et la grande distribution joue le jeu pour proposer des liseuses à des prix très variables, accessibles à tous.


Est­-ce un objet porteur ?

S.L. Pour moi, c’est une vraie alternative au papier : une alternative, pas un remplacement (je suis quand même attachée au papier, je ne lis pas de BD en format numérique par exemple mais les achète en format papier ; idem pour les beaux livres). Pour la littérature de tous les jours, le numérique a l’avantage du gain de place dans une bibliothèque, dans une valise … Il permet d’être nomade complètement sans s’encombrer de manière démesurée.

Le numérique permet autant d’annoter l’ouvrage. Il permet aussi un accès instantané à un dictionnaire ; c’est un confort pour moi d’appuyer sur l’écran et de voir immédiatement apparaître la définition d’un mot. C’est un gain de temps important. Il permet aussi d’avoir peu de poids dans les mains car certains gros livres pèsent facilement lourds. Ce qui n’est jamais agréable quand on aime lire beaucoup. Enfin, je pense au confort du lecteur : le livre numérique offre la possibilité de lire de manière confortable avec la police de caractère qui convient à chacun. Pour beaucoup de personnes qui sont âgées, ou fatiguées, lire sur un livre de poche n’est pas confortable voire impossible. Avec le livre numérique on peut lire de manière fluide.

Vous parlez de l’accessibilité des personnages âgées aux livres numériques, plus facile qu’avec un livre papier. Pourriez­-vous développer un peu votre idée ?

S.L. Depuis trois ans à peu près les liseuses ont énormément de succès auprès des femmes (plus grandes lectrices) et des femmes de plus de 45 ans. L’encre numérique permet, sur une liseuse, de lire même en plein soleil. Le confort est incomparable. Ces personnes là achètent ensuite du numérique pour leurs parents qui retrouvent ainsi le plaisir de lire car le confort y est. C’est un vrai phénomène de société.

Quel est le lien du livre numérique avec le libraire conventionnelle ?

S.L. Les librairies conventionnelles défendent en général l’idée que le numérique est la mort du papier, la mort des libraires. Pourtant, il s’agit d’une évolution, et non d’une disparition. Il faut savoir s’adapter. Il existe, en France, une carte des librairies qui vendent du numérique. On peut y acheter les livres directement. D’ailleurs, le numérique permettrait de faire disparaître les frais de port tout comme le stockage, les frais de retour pour les libraires. Quand on sait que la marge est parfois faible pour eux, cela peut être un plus intéressant pour dynamiser cette filière.

La librairie des Puf à la Sorbonne a installé une machine qui permet l’impression des livres en deux ou trois minutes. Qu’en pensez­-vous ? 


S.L. : Ça se développe pas mal chez certains éditeurs. Pourquoi pas, il faut voir la qualité du livre obtenu. C’est cette pérennité de l’ouvrage qui me déciderait à l’acquérir. Car le numérique, lui, est « éternel ».
Vous avez signé il y a peu la préface du recueil “Escapade littéraire au fil du temps” rédigé par 13 auteurs (Plumes et Ecrivains du Pays Salonais).

Est­-ce que vous pouvez nous expliquer un peu ce projet ?

S.L. : Ce projet a vu le jour avec Philippe Wolff lors d’une rencontre littéraire chez une blogueuse près de Marseille. Dans la voiture, en discutant, on a eu cette idée de faire un livre commun sur un sujet. Philippe était déjà, car c’était il y a deux ans, à la tête de la coordination du Peps et il en a parlé à l’ensemble des membres. Tout à fait par hasard : 13 membres ont dit qu’ils étaient intéressés par cette aventure. En étant dans le département 13, 13 auteurs qui signent 13 nouvelles, c’était un joli clin d’œil du hasard. Une directive seule s’est « imposée » : choisir la Provence, la région de Salon comme thème. Nous avons ajouté une autre contrainte : avoir un texte qui n’excéderait pas 20 pages. Ainsi, l’ouvrage serait homogène mais aussi dans un volume acceptable, à un prix réduit. Par la suite, les auteurs se sont demandés qui allait préfacer ce livre et ils ont pensé à moi car j’ai toujours continué à les soutenir malgré mes autres activités. Ils ont aussi décidé de me confier la préface car ma façon de présenter les livres dans mon blog correspondait à leurs attentes. C’est un honneur pour moi d’avoir pu rédiger ce petit texte de « mise en bouche » littéraire pour un ouvrage des plus savoureux, et local.

Vous êtes très impliquée en faveur de la lecture dans le pays salonais. Est­-ce que vous pouvez nous expliquer vos actions ?

S.L. : Il y en a de toutes sortes : principalement avec des commerçants, qui sont souvent demandeurs de ce type d’événements et qui aiment participer à la diffusion de la lecture. J’ai deux coups de cœur à Salon, qui en plus soutiennent mes actions littéraires : le restaurateur Mathias Pérès (la table du Roy) et Lou Pastourel (fromagerie de Georges Mathelin). Le rapport aux acteurs locaux, pour promouvoir la lecture et créer des moments de partage, est fondamental pour moi et permet de belles aventures humaines.

Pensez­-vous que le livre numérique puisse donner envie aux jeunes de retrouver le plaisir de lire ?

S.L. Je pense qu’il faudrait prendre l’habitude de généraliser le livre numérique à l’école : plusieurs collèges ont déjà expérimenté le livre numérique au lieu du livre papier. Les enfants n’ont plus cinq manuels dans leur cartable mais simplement un livre numérique qui contient l’ensemble des ouvrages. Une fois que le livre numérique est rentré dans les habitudes, je dirai qu’ils vont pouvoir y venir parce qu’un enfant, un jeune, vie beaucoup dans l’instant, et le numérique permet de répondre à ce besoin.


Il y a de plus en plus de livres numériques pour les petits (qui peuvent diffuser du son par exemple, et créer une interaction). Ces livres ne donnent pas forcément envie de lire de grands textes classiques mais peuvent amorcer l’habitude de consulter la tablette et ainsi encourager à lire d’autres formes de livres numériques. Cela devrait inciter à lire davantage.

Qu’en pensez­-vous de l’auto­-édition, qui tend à se développer et bouleverse les anciens codes du livre en France ?

S.L. Je soutiens toujours l’auto­-édition. Cette année, pour le salon du livre 2016, l’auto-édition avait une bonne représentation sur les stands. Il y a de plus en plus de sociétés qui publient pour les auteurs. Elles proposent des services pour les aider : correction, mise en page, etc. Une relation de confiance va se créer : il y a des auteurs qui continuent en auto­ édition et déclinent les propositions des maisons d’édition conventionnelles. Cela pour diverses raisons. L’une des plus fréquemment évoquée étant, bien sûr, que l’auto­-édition permet d’avoir de meilleurs revenus. Mais ce n’est pas la seule : il y a aussi des auteurs en auto édition car ils ont été refusés par le système classique.

Que pensez­-vous du raccourci facile qui associe l’auto­-édition et les « mauvais » auteurs ?

S.L.
On peut avoir de bons et de mauvais textes dans l’édition classique et dans l’auto­ édition. On a longtemps considéré que l’auto­-édition était une « sous littérature ». Aujourd’hui les choses changent : chaque année, quelques éditeurs vont chercher les meilleures ventes pour les publier en France, voire à l’international. C’est le cas, par exemple, d’Amélie Antoine ou Alice Queen (France et USA). Elles sont issues de l’auto-édition et maintenant sont soutenues par des grandes maisons d’édition. Pour moi, l’auto­-édition permet la diffusion de textes de qualité, originaux, qui ne sont pas défendus par la distribution du livre, qui ne sont pas distribués par les libraires qui souvent les refusent car ils ne sont pas assez « vendeurs ».

Pensez­-vous que l’auto­-édition ait un avenir ?

S.L. Aujourd’hui, l’auto-édition est même devenue « l’édition indépendante » et ses auteurs des « auteurs indépendants ». Je sais par des sources amicales qu’un syndicat est en cours de constitution. Il viendrait « concurrencer » le syndicat national du livre, réservé aux maisons d’édition conventionnelles. Ce nouveau syndicat permettra, par exemple, la diffusion des ouvrages de l’auto­-édition dans le circuit des librairies traditionnelles. Ce serait une révolution.

Quelles sont vos activités futures ?

S.L. Je deviens “Blog partenaire “ sur 2016­- 2017 du trophée Anonym’us. C’est un concours de nouvelles sur le thème du polar, du suspens. Les ouvrages sont soumis à un jury composé de lecteurs, de blogueurs, d’auteurs de manière anonyme. C’est un projet que j’ai aimé tout de suite car les candidats peuvent être de grands auteurs ou des personnes qui n’ont jamais été éditées : chacun a ainsi les mêmes chances. Le trophée est remis en juin 2017, lors du festival des « Pontons flingueurs » à Annecy. Un projet radiophonique se précise également …

Beaucoup de vos lecteurs espèrent bientôt vous lire, en tant qu’auteur. Un petit scoop en exclusivité pour Gomet ?

S.L. Je remplis actuellement des cahiers. Ça viendra. Mais je me laisse le temps. Je ne me donne pas encore de délais car je n’ai pas de routine d’écriture et que le temps me fait parfois défaut entre le travail, ma famille, mes activités. Plus je lis de textes et plus je suis exigeante. Dès lors, il est possible que je m’impose davantage d’exigences par rapport à mes écrits possibles. J’ai des envies d’écriture, sur certains sujets. Et le livre, en tant qu’objet, en tant que vaisseau pour naviguer dans les idées, me semble incontournable.

Propos recueillis par Nicolas Madelénat di Florio.

REPERES :


> Prochain événement : dimanche 11 septembre à 16 heures à la pâtisserie Stéphanie Jean, à Salon de Provence (Rue Moulin d’Isnard), Sabine Lauret et la créatrice de pâtisseries vous invitent à un « Thé gourmand ». La formule est simple : Sabine présentera l’ouvrage « Une gourmandise » (Muriel Barbery) et Stéphanie prodiguera confidences gourmandes et secrets de pâtissière. Participation individuelle de 5 euros (thé + gourmandises). Réservation obligatoire : 09 86 38 60 92.



> Le blog de Sabine Lauret à croquer avec gourmandise : https://mabibliothequebleue.com/

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Rue Moulin d'Isnard, 13300 Salon-de-Provence, France

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