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[Tribune] Réfugiés : les naufragés d’une planète en crise

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Chaque dimanche, une interview ou une tribune pour partager un débat, échanger des idées. Aujourd’hui, la crise des migrants, l’exode des Syriens vus par le journaliste et éditorialiste Michel Lépinay.

Cela ne fait que commencer ! Nous n’en sommes qu’au début de l’ère des grandes migrations. Après les 120 000 réfugiés répartis par la commission de Bruxelles, il y en aura d’autres. Des Syriens, mais aussi des Irakiens, qui ne sont pas près non plus de voir la paix chez eux, et des Kurdes, chassés par Daesh, mais aussi par la guerre de plus en plus totale que leur livre la Turquie. Et puis les Érythréens, qui fuient une dictature terrible. Il ne faut pas imaginer une seconde que la France en sera quitte avec son quota de 24000 réfugiés.

Mais il y aura bien plus. Nous allons voir arriver sous peu les premiers migrants du dérèglement climatique. Qui fuiront des contrées devenues trop arides, des territoires jadis habités, demain immergés, qui tenteront d’échapper aux guerres que s’y livreront des groupes armés pour s’approprier les ressources que le réchauffement climatique n’aura pas fait disparaître. Ils viendront d’Afrique, ils viendront d’Asie, tous frapperont à la porte des pays tempérés et donc de l’Europe en premier lieu. Et les mêmes questions qui nous divisent aujourd’hui se poseront aux centuple.

De même que la terreur exercée par Daesch est pour partie la conséquence des guerres soi-disant « civilisatrices » menées par l’Occident, le réchauffement de la planète résulte pour l’essentiel du développement sans entrave du monde industrialisé pendant des décennies. Comment les occidentaux pourraient-ils se dédouaner de l’un comme de l’autre? Et ce n’est pas tout. Si le dérèglement climatique a des conséquences dramatiques pour les populations du sud, c’est aussi parce que rien n’a été fait, ou pas assez, depuis la décolonisation, et avant, pour faciliter le développement des pays dont nous avons pendant des décennies puisé les richesses à notre profit.

Aujourd’hui, malgré les promesses non tenues à leur égard, des pays d’Afrique semblent prendre la voie d’un développement accéléré. C’est une course poursuite qu’ils engagent contre le dérèglement climatique. Ils auront besoin d’une aide massive des pays du Nord pour garder une chance de se développer plus vite que ne montera la température, et donc la sécheresse, et/ou le niveau des eaux. C’est un des principaux enjeux de la conférence de Paris sur le climat. Un échec sur ce plan, au mois de décembre, serait un véritable accélérateur de migrations.

Le défi migratoire sera donc n’en doutons pas un enjeu majeur des décennies à venir. Tout le monde le pressent et cherche par avance des réponses. Les moins inspirés fouillent dans les vieux tiroirs poussiéreux de la xénophobie, et tentent de faire passer pour du neuf les vieilles recettes indignes éculées. Sous une forme ou une autre, on voit réapparaître les projets de lignes Maginot, remparts illusoires contre de supposées invasions barbares. Nicolas Sarkozy nous propose de trier dans les réfugiés, pour interdire à ceux qui fuient les guerres la possibilité d’intégration dont ont profité, entre autres, ses propres ascendants, fuyant l’armée rouge. Et nous annonce son intention de construire des centres de rétention, c’est à dire des prisons, à l’extérieur de l’Europe, dans des pays qui devraient accepter que nous enfermions, chez eux, les candidats à la migration pour les empêcher de partir… Gageons que nous entendrons d’autres propositions, aussi peu réalistes, dans les semaines qui viennent.

Le défi qui nous est posé, c’est en réalité celui de la solidarité, de l’humanité. Le même qu’il y a 80 ans lorsque nous accueillions -avant de les pourchasser- des milliers de juifs allemands qui fuyaient le nazisme. Le même encore qui nous vit ouvrir les frontières aux Espagnols tentant d’échapper au franquisme, ou aux dissidents chassés par le totalitarisme soviétique des pays de l’Est. Le même qui nous fit recueillir sur la mer de Chine des dizaines de milliers de personnes fuyant le communisme version vietnamienne. Fuyaient-ils des dictatures ou des guerres? La terreur ou la famine? Qu’importe. Certains sont repartis vers leurs pays d’origine, mais la plupart sont devenus français, allemands, suédois ou Italiens. Et ont contribué à faire cette Europe.

Alors, cessons de nous méfier des migrants. Personne ne fuit jamais son pays pour le plaisir de fuir ! Si nous voulons limiter cet exode de la désespérance, il faudra d’abord et avant tout recréer de l’espoir. Aider les peuples à retrouver confiance en eux, dans leur aptitude au progrès. Dans leur capacité à combattre eux-mêmes, chez eux, la barbarie. A trouver enfin les voies du développement. Nous ne gagnerons jamais la guerre contre Daesh, ce sont les peuples de la région qui la gagneront. Si nous sommes capables de les y aider. Nous les Occidentaux, avec la Chine, et la Russie, et l’Iran, et les pays du Golfe. Dans une grande coalition. Non pas pour bombarder des villes, mais pour trouver des solutions politiques. A la crise syrienne, A l’impuissance des autorités irakiennes, incapables jusqu’ici de créer les conditions d’une paix équilibrée. A la question palestinienne, qui reste comme une épine infectée dans les cœurs…
Et si nous voulons éviter que le réchauffement planétaire n’aggrave encore le problème, ne précipite toujours plus de désespérés sur des embarcations de fortune en Méditerranée, où nous n’aurons plus qu’à pleurer les naufrages de nos larmes de crocodiles, il est urgent de prendre la question du climat à bras le corps. D’assumer notre responsabilité historique en réduisant dès maintenant, drastiquement, notre production de gaz à effet de serre. Qui comprendra qu’il ait fallu attendre septembre 2015 pour que le gouvernement français décide de ne plus subventionner l’empoisonnement de la planète par Alstom ?

Il est aussi urgent de payer pour le mal qui a déjà été fait. Urgent d’apporter aux pays qui sont en première ligne de ce choc climatique -pour l’essentiel des pays du Sud- les moyens d’y faire face, de la formation, des infrastructures… Pour que leurs ressortissants ne perdent pas tout espoir de vivre un jour dans des conditions normales dans leur pays. Et n’estiment plus que même le naufrage en Méditerranée vaut mieux que la vie chez eux.
Certains écologistes défendent la décroissance pour sauver la planète. Mais pour la sauver, il faudrait en réalité consacrer tous les fruits de la croissance à la réduction des inégalités face aux crises qui secouent et secoueront le monde. Un véritable « plan Marshall » pour le développement de l’Afrique, le désarmement des conflits, la lutte contre le réchauffement… ne ressortent plus d’un devoir moral, mais d’un impératif de survie pour tous.

Ce sera long, coûteux, sans doute laborieux. En attendant, oublions les fausses solutions, et préparons nous à accueillir dignement les réfugiés, ces naufragés d’une planète prise de convulsions.

Michel Lépinay

Retrouvez l’ensemble des éditoriaux de Michel Lépinay sur Le Monde.

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