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Quel est l’avenir des pépinières d’entreprises ? Tour d’horizon en Paca

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Sur le territoire d’Aix-Marseille-Provence, comme ailleurs en France et dans le monde, nombreux sont les jeunes entrepreneurs qui choisissent, pour se lancer, d’intégrer une pépinière d’entreprises. Un lieu dans lequel ils disposent de matériel et de services communs, ainsi que d’un accompagnement personnalisé. Ces structures sont-elles viables ? Comment fonctionnent-elles et attirent-elles toujours autant d’entreprises ? État des lieux et tour d’horizon.

Les pépinières d’entreprises sont ces lieux qui sont dotés de services qui permettent à des entreprises fraîchement établies de trouver un accueil à un coût raisonnable et, en principe, des services d’accompagnement à la croissance. On constate que pour atteindre cet objectif d’accompagnement au développement, les pépinières font très souvent appel à des experts qui ne sont pas des employés de la structure d’hébergement et d’accompagnement mais des consultants externes à celle-ci. L’ensemble des services à valeur ajoutée est donc fourni par un groupe de personnes que l’on paye à l’année ou à la prestation sur des crédits liés le plus souvent à des projets d’accompagnement bien identifiés, comme le travail de l’entrepreneur sur le business model, la sensibilisation de l’entreprise au design, l’aide à l’internationalisation, etc, etc. Faut-il conclure de cet état de fait que les collaborateurs des structures d’accompagnement manquent de compétences ou sont inexpérimentés ? Ce serait aller un peu vite.

Les pépinières soumises à de plus en plus de pressions

En effet, si cette affirmation pouvait être vraie il y a 5 ou 10 ans, elle ne l’est plus aujourd’hui. Les chargés de mission qui ont la responsabilité de l’accompagnement d’entreprise se sont formés ou ont un profil qui leur permet de comprendre la problématique de la croissance de la petite, voire de la très petite entreprise. Ce sont parfois eux-mêmes d’anciens chefs d’entreprises et ils sont donc passés par les tunnels que traversent les entreprises incubées. Les pratiques de recrutement des chargés d’affaires qui accompagnent les entreprises au quotidien ont évolué et les accompagnateurs ont eux même mûri, ils sont plus conscients des problématiques de l’entreprise et appréhendent mieux leurs propres limites. Ils savent quand faire appel à plus expert qu’eux ou ils savent qu’ils ne pourront jamais traiter l’ensemble des cas qui leur sont soumis et donc savent comment sous-traiter leur activité et à qui (lorsque c’est possible).

Pourquoi évoquer alors la question de l’avenir des pépinières ? Parce que celles-ci sont soumises à de plus en plus à des pressions qui leur viennent de différentes sources. Tout d’abord la raréfaction des fonds publics oblige les structures parapubliques à revoir leur business model et à envisager de trouver des sources de financement privées ou de faire payer leurs usagers (ce qui n’est pas évident compte tenu du type de population qui fréquente ces lieux). Ensuite, les pépinières doivent faire face à l’intégration des processus d’innovation ascendants et sont donc condamnées à étoffer leur offre de service. En effet, rajouter une machine à café et quelques tables ne suffit pas à faire du hall de la pépinière un tiers lieu d’innovation. Celui ci doit être animé et fournir des services aux entreprises. C’est donc plus de ressources qui sont nécessaires aux pépinières, ce qui leur impose un régime riche en compétences d’animation ! Or, comme nous venons de le mentionner ci dessus, les fonds publics se raréfient et ont tendance à se concentrer (en tous cas dans la région Paca) sur les entreprises prometteuses de production de valeur ajoutée, celles sur lesquelles vont se concentrer à l’avenir les financements privés et publics.

C’est alors qu’entrent en scène des acteurs qui depuis quelques années prennent de plus en plus de place dans le monde de l’accompagnement d’entreprises. L’exemple nous vient des USA. Ce sont les accélérateurs, des structures privées (pour la plupart) qui ont pour objectif de fournir un accompagnement personnalisé de très grande qualité à des entreprises triées sur le volet dans lesquelles les fondateurs de ces structures vont prendre des parts en échange d’une mise sur orbite de la PME ou de la TPE. Ce qui me frappe dans le dispositif d’accélération, ce ne sont pas tellement les montants des fonds d’investissement associés qui peuvent atteindre des sommes respectables, ou encore la fortune des fondateurs, c’est plutôt le fait que les entreprises vont vivre une expérience d’accompagnement unique par des experts et des mentors qui sont eux mêmes triés sur le volet.

L’incubateur va devoir se réinventer

C’est aussi le fait que le processus de sélection des entreprises qui rentrent en accélération est très exigeant et très contraignant. Les accélérateurs vont accompagner les meilleurs et les plus prometteurs, et seulement ceux ci. Que va-t-il rester aux pépinières pour peupler les bureaux qui risquent de se vider partiellement ? Les moins bons ? Ceux dont on n’est pas sûr qu’ils pourront parvenir à un business model viable mais « qu’on aide quand même parce qu’on ne peut pas faire autrement et qu’il faut bien remplir les locaux » ? C’est une vision très négative des choses. Je crois au contraire, que les pépinières devraient se réinventer en système de production d’entreprises potentiellement « accélérables ». Il appartient aux structures traditionnelles d’accompagnement d’intégrer les nouveaux modes d’accompagnement, de ne pas les affronter mais de chercher à compléter l’offre. Une bonne manière de compléter l’offre globale d’accompagnement n’est pas d’essayer de boucher des trous qui pourraient exister dans le dispositif d’accélération mais plutôt de prendre des entreprises qui ont renoncé à rentrer en accélération ou qui n’ont pas pu parce qu’elles n’étaient pas prêtes et qui ont été refoulées, et de les préparer à postuler à nouveau. En les faisant pivoter sur leur business model par exemple, ou en rajoutant du design ou des ressources humaines….

Il y a donc de l’avenir pour le système d’incubation à condition que celui ci ne voie pas comme une menace de nouveaux entrants mais plutôt comme une opportunité de se réinventer et de faire ce que certains acteurs comme les accélérateurs n’auraient pas le temps de faire, c’est à dire chercher des entreprises prometteuses et les préparer au lancement. Une sorte de système de transport de la fusée vers son aire de mise à feu. Comme nous le savons tous, véhiculer la fusée vers l’aire de lancement prend en général plus de temps que de la lancer ! C’est là le rôle que devraient endosser les pépinières dans le futur proche. En faisant cela, elles rendront service à tout l’écosystème de développement économique par l’innovation. En préparant et en raccourcissant les temps de cycle de mise à feu, elles permettront aux fonds de mieux cibler encore leurs investissements et aux entreprises de générer plus rapidement de la valeur ajoutée. Elles deviendront un maillon indispensable de la création des champions régionaux et nationaux dont nous avons réellement besoin. Comme le faisait remarquer récemment un directeur de pépinière : « Il faut nous inscrire à deux niveaux face aux accélérateurs : comme sourcing d’entreprises pour l’accélération et comme structure permettant un ancrage territorial de l’entreprise en post accélération ».

 

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Auteur

Rodolphe est ingénieur physicien, spécialisé en traitement du signal. Il travaille à l'Agence Régionale pour l’Innovation et l’Internationalisation des Entreprises en PACA (ARII-PACA).

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