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[Entretien] Pape Diouf : « Il y a urgence à redonner espoir »

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L’ancien journaliste et président de l’OM demeure un observateur attentif de la vie publique. Il a récemment pris ses distances avec la posture collective du « Je suis Charlie ». Il nous explique pourquoi, revient sur la question musulmane et son engagement à Marseille.

Vous avez déclaré récemment que l’on pouvait ne pas être Charlie, ce qui a surpris alors que vous étiez dans la marche qui a rassemblé le dimanche suivant les attentats près de 100 000 personnes à Marseille ?

Pape Diouf : « Je ne suis pas Charlie. » Dire ceci n’est pas du tout manquer de compassion dans cette affaire. Dire que je ne suis pas Charlie ne veut pas dire que nous ne condamnons pas de manière ferme et absolue tout acte terroriste. C’est simplement une manière de ne pas être dans le suivisme général comme le font bon nombre d’hypocrites. La plupart des personnes qui sont descendues dans la rue et qui se sont déclarés Charlie étaient animées par des convictions sincères. Mais chez les politiques, l’opportunisme et l’hypocrisie l’ont emporté. Et ce n’est pas au moment où l’on célèbre la liberté d’expression que l’on va me reprocher de dire ce que je pense.

Pourquoi avez-vous défilé alors ?

Contre la barbarie d’abord. Concernant la liberté d’expression, je réfute l’idée que ce soit une valeur universelle. C’est avant tout une pratique. Les valeurs sont de nature différentes et elles doivent être partagées par l’humanité entière. Par exemple la solidarité, la générosité. Ce sont des notions assimilées très justement à des valeurs humaines, que ce soit en Occident, en Orient et en Afrique. Or ce n’est pas le cas de la liberté d’expression qui est une louable et salutaire pratique républicaine. On m’a ainsi interrogé pour savoir si je condamnais l’interdiction de la vente de Charlie Hebdo au Sénégal. Et bien non. Je comprends ce choix même si je ne l’approuve pas. Les défilés dans toute la France, à Marseille comme ailleurs, ont montré qu’un sursaut républicain était possible face à la barbarie. Faire valoir des valeurs humanistes, c’était très important dans ce moment. Comme on le voit encore ces derniers jours où l’on célèbre le 70ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz.

Certains observateurs ont considéré qu’ à Marseille, la mobilisation avait été plus faible qu’ailleurs et que les personnes d’origine étrangère, notamment du Maghreb, ne s’étaient pas déplacées ?

Je ne suis pas d’accord avec ces deux affirmations. A Marseille, il y avait deux défilés contrairement aux autres villes. Quant à la plus faible mobilisation de certains, je ne suis pas d’accord pour faire de différence. Que veut-on signifier ? Que ces immigrés ne sont pas Français. C’est bien là le problème. On crée des différences qui engendrent ensuite une difficulté d’intégration. Je pense du reste qu’un public très varié était présent dans ces défilés et qui représentait bien la diversité de la société marseillaise.

Venons-en aux attentats de Paris ? Quelle est leur origine selon vous ?

Nous devons tous nous regarder devant la glace. Pourquoi cela a-t-il pu arriver ? Il faut regarder dans notre système éducatif, social. C’est un échec collectif.

Est-ce qu’il n’y pas un problème aujourd’hui avec l’islam et les pratiques radicales qui s’y développent parfois ?

L’islam est une religion de paix et de respect de l’autre. Elle connaît une histoire complexe, avec des périodes de régression ou de crispation comme le christianisme en a connues. Nous ne pouvons pas réduire l’islam aux pratiques fondamentalistes. Nous devons aussi dire que l’islam ce ne sont pas les Arabes comme on le pense trop souvent. Je me permets de rappeler que le premier pays musulman au monde, c’est l’Indonésie dont on parle très peu. Il faut aussi rappeler qu’il y des arabes chrétiens ou non pratiquants. Bref, je veux souligner la confusion dans ces débats qui entretiennent une mauvaise compréhension et exacerbe des comportements irrationnels d’un côté comme de l’autre. Ma pratique religieuse est personnelle et elle ne concerne que moi. Elle doit rester confiner chez soi. Elle ne doit pas déborder dans la sphère publique.

Mais vous ne pouvez pas nier que ceux qui ont tué à Paris se revendiquaient de l’islam ?

Certes mais peut-on les assimiler à cette religion ? Non bien sûr que non. Et je crois que les représentants de la communauté musulmane ont été très clairs. L’important c’est de tout faire pour que ceux qui sont embusqués pour recruter ces jeunes en perdition n’aient plus de prise sur eux. Cela passe d’abord par une reconquête de notre système éducatif. Il faut restaurer des repères, des règles à respecter et reconnues par tous. Alors, oui, ces personnes embusquées qui font basculer des jeunes dans la barbarie seront mis hors d’état de nuire. Il y a urgence à agir à Marseille comme ailleurs.

Vous parlez souvent d’urgence. Alors que faites-vous aujourd’hui pour prolonger votre engagement lors des dernières municipales durant lesquelles vous avez été candidat à Marseille à la tête du mouvement Changer la donne ?

Le plus important selon moi est de redonner confiance aux citoyens, de ramener une partie de la jeunesse vers la chose publique. Car aujourd’hui on entend souvent chez les jeunes « on s’en fout ». Il faut absolument trouver des moyens pour qu’ils s’impliquent. C’est pour cette raison que j’ai choisi de lancer une fondation pour aider au développement de projets et d’actions qui doivent contribuer au renouveau citoyen pour une partie de cette jeunesse qui n’y croit plus. Le faire en dehors de toute période électorale, dans la durée, me paraît plus crédible et convaincant.

Ce projet de Fondation exclut-il que vous descendiez dans l’arène politique pour donner votre opinion sur tel ou tel sujet et vous représenter aux prochaines élections ?

Non pas du tout. Je ne me priverai jamais de dire ce que je pense et je réponds souvent lorsque l’on m’interroge. Ce que j’aime dans la politique c’est sa dimension sociologique. Je ne veux pas tomber dans la pratique politicienne de la politique. Changer la donne continue son action, une action que j’approuve pleinement, qui reste dans le droit fil de la démarche entreprise lors des dernières municipales. Quant à moi, je suis cette action comme un simple citoyen, avec une volonté forte de poursuivre mon engagement au service l’intérêt collectif, en tant qu’homme public et non dans un cadre politique. Quant à une nouvelle candidature en ce qui me concerne, je n’y pense pas aujourd’hui. Je ne planifie pas ce que je ferai dans les prochaines années. L’avenir nous instruira.

(Illustration : Pape Diouf et Philippe San Marco, dimanche 11 janvier 2015 sur la Canebière dans le défilé pour dire non à la barbarie après les attentats de Charlie Hebdo. Crédit © JFE)

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Un commentaire

  1. Puisqu’il est question de liberté d’expression, la destruction le 30 avril 2015 de la statue de Saint Louis dans la Collégiale de Poissy ……………… une honte !! est passée sous silence !! Vous en avez entendu parler ????

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