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[L'entretien] Lionel Royer-Perreaut veut tourner la page du clientélisme à 13 Habitat (1/3)

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Lionel Royer-Perreaut, le nouveau président de 13 Habitat dévoile sa stratégie dans un entretien à Gomet’ huit mois après avoir été élu à la tête du premier bailleur social de la région.

« Moi ça me plairait bien de m’occuper du logement social, de 13 Habitat. » Quand Lionel Royer-Perreaut, interrogé par Martine Vassal (sa binôme durant l’élection de mars dernier), sur le futur rôle qu’il souhaiterait jouer en cas de victoire au Conseil départemental, sa réponse surprend un peu la future présidente du Département. Elle lui avait proposé de « prendre » la commande publique mais lui considère que déjà en charge de ce dossier à Marseille Provence Métropole, « il n’est pas sain de concentrer dans les mains mains un rôle aussi stratégique au niveau du département. » Autre élément qui peut surprendre Martine Vassal, c’est aussi la mauvaise réputation de 13 Habitat. L’établissement est supposé être l’un des instruments d’influence et d’action clientéliste favori de Jean-Noël Guérini, l’ex-président du conseil général des Bouches-du-Rhône. Mais quelques semaines plus tard, Martine Vassal respecte ce souhait et nomme Lionel Royer-Perreaut à 13 Habitat.


Neuf mois plus tard, alors que le conseil d’administration vient de se réunir pour valider la nouvelle stratégie et nommer le nouveau directeur, Eric Taverni, Lionel Royer-Perreaut nous a accordé, mardi 26 janvier, un long entretien dont nous publions ici, en trois volets, l’essentiel des échanges.

Quelle est votre motivation quand vous vous déclarez l’année dernière candidat à la présidence de 13 Habitat ?

Lionel Royer-Perreaut : Ma motivation c’est qu’il y a un travail de fond à réaliser et que je pourrais quelque part m’y épanouir. Quand on est élu il faut savoir relever de multiples défis. Il y a le côté humain qui est un peu ma marque de fabrique, le contact avec les gens, l’empathie, de traiter les problèmes avec humanité. Le logement social c’est un peu la conjugaison de tout ça. Je sais aussi que c’est l’antre du guérinisme. Tout le monde le sait. Il y a ainsi d’autres choses à relever comme défi… Et le logement social c’est un dossier dans cette ville. 


Mais très sincèrement quand je le propose à Martine Vassal, je n’en sais pas plus à propos de 13 Habitat. C’est une institution que deux ou trois autres collègues ont demandé, sans doute pour le pouvoir que cela confère : vous attribuez des logements, il y a une sorte de mythe. Vous avez le pouvoir de faire plaisir aux gens. Dans le système clientéliste pratiqué sur les rives de la Méditerranée, on fantasme beaucoup la dessus. Sur le pouvoir que ça peut apporter ou générer. Mais Martine Vassal a tenu bon et ses engagements.

A votre arrivée, quelle est la situation à 13 Habitat ?
L. R-P. : Ce que je perçois assez rapidement c’est que les collaborateurs souffrent de l’image que renvoie 13 Habitat, cité à intervalles réguliers dans un certain nombre de dossiers notamment des frères Guérini. Ce que je perçois aussi c’est qu’une frange très minoritaire de ces collaborateurs peuvent correspondre à l’image que les médias renvoient. Mais pas du tout la majorité. Cette maison a beaucoup de forces vives, de vrais talents, de gens réellement engagés pour faire véritablement un travail professionnel et engagé. Mon rôle va donc être très vite de les défendre plutôt que des les accabler. 


. Je prends la décision d’aller au contact des personnels et je vais aller voir les 20 agences du département, ce que n’avaient jamais fait mes prédécesseurs. Et je vais instaurer ce dialogue en étant en contact direct avec les agents. Que vont-ils me dire ? Il me font passer deux messages. « On souffre de trop d’injustice ». Pour réussir, il faut être dans les petits papiers d’un élu ou de connaître le cadre décisionnaire. On en peut plus de ce système là trop injuste. Deuxièmement enseignement, 90% du personnel souffrent d’une politique des ressources humaines qui ne met pas assez en avant leur avoir-faire. Dans une maison qui compte 950 salariés ils souffrent de ne pas avoir un parcours professionnel et un plan de carrière qui les accompagnent. Je constate parallèlement que ce sont des gens qui aiment ce qu’ils font. Je me pose donc à ce moment-là en défenseur de ce qu’ils sont et de leurs ambitions. Et je perçois la nécessité de définir et de porter un projet d’entreprise pour 13 Habitat.

Vous allez rapidement réformer la commission d’attribution des logements. Pourquoi ?

L. R-P. : Quand j’arrive, le rapport de la mission interministérielle sur le logement social m’indique très clairement que le fonctionnement de la commission d’attribution de 13 Habitat est opaque. Tous les bailleurs sociaux sont contrôlés par cet organisme qui s’appelle aujourd’hui l’Agence nationale de contrôle du logement social. Le rapport a été fait en 2015 et quand je suis arrivé il venait d’être livré. Je voulais mener très vite une réforme qui parle aux gens.


 L’attribution de logement social ça leur parle surtout quand ça fait 15 ans qu’on attend, qu’on voit les petits camarades passés et que nous on voit rien venir. Donc premièrement, transparence. J’ai fait retranscrire l’intégralité des débats sur procès verbal, de sorte que demain quand on sera contrôlé, chacun sera pourquoi on a attribué le logement à telle personne et qui a défendu qui. Deuxièmement, je préside la commission. Ce n’est pas que je manque de travail… C’est un signal fort. La commission se réunit trois fois par semaine. Nous attribuons dans cet intervalle entre 200 et 250 logements. Troisièmement, je fais faire l’enquête sociale sur le demandeur avant la tenue la commission. Avant cette enquête s’effectuait après. C’est à dire que la commission se réunissait… ça se passait très facilement. La veille le cabinet de Guérini donnait la liste, le lendemain la réunion se réunissait et affectait les logements. On faisait l’enquête sociale après en faisant en sorte qu’elle corresponde au souhait du donneur d’ordre politique. C’était ça la réalité. 

Nous on fait l’enquête sociale et s’il apparaît que le profil ne correspond pas au logement, eh bien on ne le retient pas. Et même s’il est recommandé par la terre entière. Je peux vous assurer que quelques fois c’est compliqué parce que les pressions sont fortes. On tient. Il parait que certains de mes collègues considèrent que je ne fais pas suffisamment de clientélisme. Je prends ça comme un compliment..

Quels sont les critères d’attribution ?
L R-P. : On a essayé de mettre en place une grille. L’ancienneté de la demande d’abord. On a attribué récemment un logement à quelqu’un qui avait fait sa première demande en 1997… Nous essayons de faire en sorte qu’à revenu égal, entre celui qui travaille et celui qui bénéficie d’une assistance, nous privilégions celui qui travaille. On essaye aussi de privilégier les personnes âgées pare que si on ne leur attribue pas un logement à 70 ans, quand est-ce qu’on va leur donner ? L’autre jour on avait un couple de 77 et 80 ans. On ne pas peut-être pas attendre encore plus longtemps.


Bien évidemment les enquêtes sociales sont là pour nous montrer les personnes qui ont un véritable accident de la vie et vers lesquelles il faut tendre la main, et celles dont on a bien compris qu’elles ont fait de l’assistanat leur parcours de vie. Ca apparait très rapidement dans les enquêtes. On le voit tout de suite. Ça ne veut pas dire que ces gens là n’ont pas droit au logement social mais par rapport à d’autres, qui sont dans un contexte différent, nous privilégions ces derniers. Je vous donne deux exemples qui sont assez emblématiques. L’autre jour, nous avions des personnes âgées qui avaient été mises à la porte par leurs propres enfants. On a attribué le logement social à ces personnes. On avait un deuxième cas : une jeune fille de 19 ans qui venait d’accoucher. Visiblement ça déplaisait aux parents et le père n’avait rien trouver de mieux que de loger la fille dans le cabanon au bout du jardin… Donc on a attribué un logement. On ne se pose même pas la question dans ces situations. On a quand même une mission sociale. 

On essaye d’être juste aussi parce que souvent quand je suis arrivé, l’un des critères rédhibitoires était le taux d’effort. On calcule le revenu, le loyer et si vous avez un taux d’effort de 30% on vous dit que cette personne est potentiellement en dette locative. Sauf que je me suis aperçu de certaines choses qui sont inacceptables. Quand vous êtes seul, que vous travaillez avec un revenu de 1300 euros, vous n’avez pas droit à l’allocation logement. Vous avez un logement qui vous est proposé à 500 euros, ça vous un taux d’effort de 35-40%. A priori, vous ne passez pas. Vous êtes seul, vous ne travaillez pas, vous avez un RSA et une autre aide. Vous avez 1300 euros et en plus on vous donne une allocation logement. Votre taux d’effort baisse à 7 ou 10%. 1300 euros en valeur absolue ça reste la même chose. Mais je trouve injuste que l’on attribue pas un logement à quelqu’un qui a taux d’effort supérieur. Je sensibilise mes collègues pour que l’on ait une approche plus juste. »

Demain retrouvez la suite de notre entretien avec le Lionel Royer-Perreaut, le président de 13 Habitat.

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Localité(s) :

80 Rue Albe, 13004 Marseille, France

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