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Obligation de parler français : la mesure de Stéphane Ravier (FN) décodée

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Son élection dans le 7e secteur de Marseille avait provoqué des tensions en mars dernier. Depuis, le nouveau maire, Stéphane Ravier, dont le pouvoir est plus que limité, a pris des mesures symboliques. Dont une injonction faite à ses agents municipaux de répondre à la population en français. Décryptage.

Sur le site de sa mairie de secteur (13 et 14e arrondissements de Marseille), Stéphane Ravier mesure à quel point sa marge de manœuvre est limitée. Il y est écrit, noir sur blanc, que ses compétences définies par la « loi » se limitent à deux champs très étroits : d’un côté, « la gestion des équipements et services de proximité » ; de l’autre, « la démocratie locale et le pouvoir de saisine du maire de Marseille sur toutes les affaires touchant les arrondissements ». 

En résumé, le nouvel édile Front national ne peut que gérer les centres d’animation de son secteur. Et alerter Jean-Claude Gaudin. C’est mince, surtout lorsque l’on se remémore tout ce qu’il a promis pendant sa campagne. Il dispose également d’un pouvoir d’attribution pour les logements sociaux (environ deux sur cinquante). Et son avis n’est que « consultatif » sur les projets d’urbanisme. À Marseille, c’est d’abord le maire qui décide, celui qui siège près du Vieux-Port, pas ceux des secteurs. Mais cela n’a pas découragé Stéphane Ravier, qui a déjà pris plusieurs décisions symboliques depuis le début de son mandat, dont certaines relèvent du « folklore », remarquent ses adversaires.

Objectif du maire : combattre le « communautarisme » encouragé par son prédécesseur

Interdire une autre langue que le français dans les échanges entre agents municipaux et population locale. C’est la mesure qui, depuis fin mars 2014, a fait le plus de bruit. D’abord parce qu’elle touche l’un des fondamentaux du FN : la défense d’un certain patriotisme. Ensuite parce qu’elle semble frappée au coin du fameux « bon sens » dont le parti se réclame : en France, on parle français, explique-t-on du côté du maire.

Dans une circulaire transmise le 26 mai 2014 à ses employés, le maire du 7e secteur rappelait que « la langue de la République est le français », conformément à l’article 2 de la Constitution. « La moindre des choses, c’est que l’on s’exprime en français à Marseille. Si on laisse une autre langue s’installer, cela va développer et accentuer cette fameuse fracture sociale, voire, je lâche le mot, ethnique », déclarait Stéphane Ravier à France 3. Le but de cette nouvelle bataille : combattre le « communautarisme » qui, selon lui, était encouragé par ses prédécesseurs. Directement visé en l’occurence, son concurrent défait en mars dernier, l’ancien maire socialiste Garo Hovsépian. 

Les agents municipaux se sont émus de cette circulaire, accusant le maire de vouloir transmettre son « idéologie » à ceux d’entre eux qui viennent « de l’étranger ». Seule exception à cette règle : les personnes de nationalité étrangère qui ne parleraient pas français, à qui l’on pourrait donc répondre dans une autre langue. Par ailleurs, le maire de secteur a justifié sa circulaire par des « plaintes de personnes se sentant exclues ou discriminées ». Sous-entendu, des personnes dont les oreilles sifflent lorsqu’elles entendent parler une langue étrangère. D’où la fameuse « fracture ethnique » mise en avant par l’élu. Pourtant, aucune plainte ne serait arrivée jusqu’à son bureau.

Visés : les centres d’animation, à qui la circulaire a été adressée

La circulaire a été reçue par les responsables de 23 centres d’animation du secteur de Stéphane Ravier. Selon un responsable d’un centre d’animation cité par Médiapart, il s’agit d’un faux problème : « Personne n’utilise de langue étrangère dans les centres, indique cet agent, sous couvert d’anonymat. Ce qui les gêne, c’est le fait que près de la moitié des agents territoriaux du secteur est issue de familles d’origine étrangère, maghrébine pour la plupart ».

Alors pourquoi diffuser une telle circulaire ? « Stéphane Ravier étant maire de secteur, il n’a de prérogatives que sur certains domaines d’activité. La tentation d’élever une mairie modèle pour le Front national, ou d’en faire un laboratoire des idées est donc hors de portée pour lui. N’ayant de pouvoir décisionnel que sur certaines activités de la municipalité, il s’agit de créer de faux problèmes auxquels seul un maire FN peut apporter des solutions », écrit l’Observatoire des maires FN sur son site, lancé par les Jeunesses socialistes des Bouches-du-Rhône. L’intérêt de cette méthode est double : elle édicte une règle forte, directement incarnée par la ligne du FN, mais surtout, elle ne coûte rien. Et rapporte beaucoup médiatiquement.

Pour le directeur d’un centre social du 14e arrondissement de Marseille, interrogé par GoMet’, et qui souhaite conserver l’anonymat, « il n’a pas de pouvoir réel ni de grand impact sur la vie associative ». Alors il fait de l’intox : « Cette circulaire est perverse et dangereuse. C’est du folklore et surtout du fantasme complet. Comme si tout le monde parlait arabe à la mairie, car c’est bien de cela dont il s’agit. C’est n’importe quoi… », juge-t-il. Son centre, dirigé par une association, ne dépend pas des services de la mairie, mais cela ne l’empêche pas d’être « dans une posture d’observation » vis-à-vis du maire de secteur.

Même son de cloche pour Amir, 38 ans, formateur, ex-militant socialiste et habitant du 14e : « C’est symbolique, point. À Marseille, si t’es pas maire de la ville, t’as que dalle, réplique-t-il, assis devant un Pago à l’orange, cours Belsunce. Même s’il peut exister ici ou là des problèmes de langage avec certains animateurs, c’est un épiphénomène. Mais avec une injonction comme celle là, Stéphane Ravier édicte une règle presque discriminatoire. Certains fonctionnaires en viennent à devoir prouver leur « francité », ça ne fait qu’ajouter de l’huile sur le feu ».  

Parmi les autres mesures prises par Stéphane Ravier :

Depuis son accession au fauteuil de maire, Stéphane Ravier a pris d’autres mesures symboliques. Lors du conseil municipal du 25 juin 2014, la compétence de l’attribution des salles municipales a ainsi été retirée aux centres qui les géraient jusqu’ici, pour être concentrée dans les mains du cabinet du maire. Pour tenir une réunion publique dans le secteur, il faut donc demander l’autorisation de ce dernier. On peut supposer que les délais pour certaines associations ou mouvements politiques défavorables à l’élu seront rallongés.

Stéphane Ravier a le pouvoir de décision sur la mise à disposition des gymnases scolaires. Il peut donc entraver les délais d’un centre social qui demander au maire des créneaux. « Le maire découvre actuellement tous les rouages administratifs et c’est compliqué pour ses équipes. Il y a une sorte de flottement à la mairie. Il utilisera tous les moyens pour servir son ambition et prendre la lumière médiatique, estime le directeur d’un centre social du 14e arrondissement », interrogé par GoMet’.

Autre mesure prise par le maire : l’instauration de critères très sélectifs pour les attestations d’accueil. À qui s’adressent-elles ? Essentiellement aux familles d’origine étrangère qui font venir leurs parents pendant les vacances. De 200 par mois, le nombre d’attestation a été divisé par quatre, atteignant aujourd’hui soixante. Raison invoquée : les revenus, prévus par la loi, qui permettent d’assurer un accueil correct à ceux qui arrivent en France. Or, peu de familles sont en mesure de remplir ces conditions, faute de salaires décents. « C’est une blague ! Il prétend réguler l’immigration en prenant ce genre de décision mais c’est complètement faux, explique Amir. À côté, dans le 15e, Samia Ghali signe des attestations à tout va. Je connais quelqu’un dont le frère habitait dans le 14e mais qui a préféré demander une attestation à une autre personne de sa famille, dans le 15e, et qui l’a obtenue ! »

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Localité(s) :

72 Avenue du Merlan, 13014 Marseille, France

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