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« La métropole ne peut exister sans gouvernance efficiente et à la bonne échelle »

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Dans le cadre de notre dossier Regards pluriels, Jean Picon, démographe à l’AGAM et métropolitain de fait, partage son point de vue sur la métropole.

La métropole d’Aix-Marseille-Provence jouit d’une grande diversité de territoires et de populations, entre urbanité et ruralité. Quel que soit le prisme choisi, les questions qui se posent restent les mêmes ; et les réponses apportées révèlent des contours parfois divergents. C’est précisément pour nous faire comprendre cette complexité que dix spécialistes ont accepté de mêler leurs regards. À travers cinq thématiques, ils dessinent simplement pour nous une métropole multicolore.

GoMet’. Définition. Une métropole : de quoi s’agit-il ?
Jean Picon. Revenons déjà aux origines grecques de ce terme : mêtêr polis signifie ville-mère. Il s’agit d’abord d’une ville-centre autour de laquelle et avec laquelle fonctionne en interdépendance un réseau d’autres communes. À terme, et pour devenir une métropole de fait, l’ensemble ainsi formé doit compter sur l’échiquier international. Quatre entrées permettent ensuite d’en détailler l’ossature : la taille, l’attractivité, la gouvernance, la place du tourisme.
Quelle est la taille idéale ?
Selon les experts, les métropoles qui présentent les plus forts potentiels sont celles qui comptent entre deux et cinq millions d’habitants. Ce poids démographique leur permet ainsi d’allier au nécessaire effort de développement le maintien de la qualité de vie, le tout à l’échelle mondiale. Aix-Marseille-Provence, avec ses 1,8 million de métropolitains, n’en est plus très loin. Elle dessine déjà au quotidien les contours d’un bassin de vie et d’emplois lisibles pour les résidents et les entreprises. Hors de ces clous-là, l’effet masse est soit insuffisant et l’attractivité trop faible (Marseille Provence Métropole en est une illustration), soit excessif et la qualité de vie s’en trouve dégradée. Dans le cas de villes parfois capitales comme San Francisco, Mexico ou encore Pékin, on ne parle d’ailleurs pas de métropole mais bien de mégalopole.
L’attractivité et le tourisme : il s’agit-là des objectifs premiers d’une métropole ?
C’est sa vocation ! La métropole est le moteur du développement local, à travers notamment l’axe économique : retenir et attirer les entreprises et ainsi initier une dynamique positive en termes d’attractivité résidentielle. Le potentiel universitaire et de recherche peut également jouer en faveur de la promotion du territoire. Aix-Marseille Université, précurseur en matière de métropolisation, poursuit, depuis la fusion de 2012, cet effet masse lié au regroupement et facilitateur de lisibilité. Le secteur touristique enfin, d’affaires ou de loisirs, participe largement à entretenir l’image renvoyée hors de nos frontières. De plus, il crée des emplois peu qualifiés sur un territoire qui en a bien besoin.
Et la gouvernance ?
La métropole ne peut exister à 100 % sans gouvernance efficiente et à la bonne échelle. Or, Aix-Marseille-Provence connaît à ce niveau-là de vraies difficultés liées aux choix, parfois aussi aux non-choix, du passé. Lors de la création des communautés urbaines en 1966, Marseille, avec la permission de l’État, à refuser d’adhérer à cette nouvelle stratégie. Le territoire a pris ainsi du retard sur des villes comme Lyon qui, depuis ces mêmes années 1970, ont pris l’habitude de travailler de manière communautaire. »

G’. Dynamiques. Quels mouvements animent ce territoire spécifique ?
J.P. Il existe ici une dynamique intercommunale de fait qui, comme je l’ai expliqué précédemment, n’a pas été évidente à engager. Des années 1990 à la loi MAPAM, trois phases l’ont alimentée : la création des communautés de commune en 1992, véritable déclic pour ce territoire, la loi Chevènement en 1999 qui a suscité la transformation de MPM en communauté urbaine et la création des métropoles. Les craintes que cette dernière réforme engendre sont les mêmes que celles observées dans les années 1990, de manière peut-être plus exacerbée à cause des incompréhensions entre Aix-en-Provence et Marseille.
D’un point de vue démographique, ce territoire a connu de 1962 à 1982 (selon les chiffres de l’INSEE) une croissance supérieure à la moyenne nationale. La courbe s’est inversée depuis une vingtaine d’années. Aix-Marseille-Provence demeure malgré tout attractive, même s’il est vrai que cet attrait baisse depuis la crise de 2007. Enfin, cette métropole jouit d’une configuration spécifique, presque naturelle avant d’être urbaine (parc national des Calanques, espaces agricoles, vignobles et oliviers AOC, reliefs, massifs emblématiques tels que la Sainte-Victoire ou la Sainte Baume, etc.). Si ces qualités environnementales enrichissent la qualité de vie, elles deviennent aussi un inconvénient pour le développement. Probablement faudrait-il revoir les modalités d’urbanisation.

G’. Perspectives. À quels enjeux cette métropole doit-elle se confronter ?
J.P. J’en distingue quatre essentiels. Le premier, lié toujours à la complexe définition des relations communautaires sur ce territoire, consiste à faire évoluer profondément les mentalités : inventer un nouveau mode de développement, fondé sur un espace plus dense, n’engendre pas forcément des effets négatifs. Il faut ainsi s’opposer au mitage du paysage, contentement de tous les acteurs, mais véritablement fléau pour l’attractivité. Quel que soit le projet avalisé, une gouvernance de rassemblement est ici indispensable pour organiser l’avenir et jouer une carte forte sur l’axe méditerranéen. Voilà le deuxième enjeu. Faute d’ententes, le risque de décrocher est sérieux, pas uniquement pour Marseille ! À l’inverse, cette métropole peut faire une entrée fracassante sur la scène internationale. Car les atouts, et ses concurrentes les redoutent, existent bel et bien ici. C’est finalement ça la question : cette future métropole souhaite-t-elle ressembler à la puissante Barcelone ou bien à Naples, ville aux relents tiers-mondistes ?
Pour se faire, décideurs et acteurs doivent faire de la jeunesse l’une de leurs ambitions première ; c’est le troisième enjeu. Face à une société vieillissante, il faut amplifier les qualités de cet espace qui plait déjà aux nouvelles générations. Il faut les attirer, les encourager à rester. Enfin, et cette dernière perspective est liée à la précédente, cette métropole a besoin d’un « plan Marshall » de l’éducation. Au regard de la structure sociologique de la ville (forte présence d’une communauté immigrée ou d’origine étrangère), le niveau de formation est particulièrement faible et mérite une prise en charge spéciale. Lutter contre l’échec scolaire et trouver les voies de l’emploi pour ces jeunes issus de l’immigration : là se trouve le meilleur rempart contre la précarité et autres dérives qui ternissent actuellement l’image et donc le devenir d’Aix-Marseille-Provence.
Pourquoi ne pas aussi valoriser le quartier arabe de Marseille, comme c’est le cas de San Francisco avec son quartier chinois ou encore d’Istanbul avec son souk ? Les touristes du monde entier s’y pressent. Il y a là une véritablement opportunité de développer et d’entretenir des échanges commerciaux privilégiés avec les pays arabes, à travers notamment l’identification de jeunes ambassadeurs. Aix-Marseille-Provence doit assumer la diversité de sa population.

G’. Outils. De quels outils dispose-t-elle pour enclencher un tel mouvement ?
J.P. Ils sont presque évidents : l’institutionnalisation et la pédagogie. Si les acteurs économiques sont probablement les plus motivés par cette ambition métropolitaine, tous les autres, les élus comme le reste de la société civile, négligent l’opportunité qu’il n’est aujourd’hui plus temps de manquer. Le train ne passera pas une seconde fois. Le moment est venu de redoubler d’efforts pour expliquer, détailler, approfondir, bref pour lever les ignorances qui subsistent face à cette future métropole.
Par ailleurs, ne serait-ce que pour engager le développement à la juste échelle, sans concurrence de proximité, l’institutionnalisation effective de ce territoire reste le seul tremplin pertinent. Les concurrents ne s’épanouissent pas au sein même d’Aix-Marseille-Provence mais bien du côté de Nice, Lyon, Montpellier, Toulouse. Seule une coopération assumée par tous, quelle que soit la forme qu’elle prenne, peut permettre à cette métropole d’exister sur l’arc méditerranéen, aux côtés de Barcelone ; à noter tout de même que cette dernière joue dans une autre dimension. Et l’expérience Marseille-Provence 2013 prouve que ce territoire porte en lui les capacités d’un renouveau : il a été l’une des capitales européennes les plus marquantes depuis que ce titre existe. Il doit aujourd’hui se donner les moyens de sa réussite.

G’. Imaginaires. Quelle image associez-vous à ce territoire ?
J.P. J’ai surtout la sensation que les habitants se partagent ici entre ceux qui craignent la concrétisation de ce projet métropolitain et d’autres qui en ignorent jusqu’à la signification. Et les uns ne vont parfois pas sans les autres. À l’image de ces voisines françaises, Bordeaux particulièrement, certes à la démographie plus modeste mais qui n’aspire aujourd’hui qu’à grandir, Aix-Marseille-Provence a besoin de nourrir le sentiment d’appartenance à un territoire et à un vivre-ensemble.

Ce que GoMet’ en retient
Une métropole est étymologiquement une ville-mère. Sur ce territoire presque naturel avant d’être urbain, le processus intercommunal a été laborieux. Son développement repose notamment sur quatre enjeux : l’évolution des mentalités, la mise en place d’une gouvernance assumée par tous, l’attention apportée à la jeunesse et à l’éducation. Pour se faire, l’institutionnalisation et la pédagogie restent les meilleurs outils ; avec probablement le sentiment de fierté d’appartenir à cet espace-là.

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Journaliste à GoMet'

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