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Lutte contre la drogue : « On pousse les jeunes des quartiers à s’entre-tuer, c’est inacceptable » Jean Viard (3/3)



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Dans un entretien exceptionnel accordé à Gomet’ le sociologue estime qu’il est grand temps de revoir la politique française de lutte contre la drogue et prône la légalisation encadrée du haschich.

Comment expliquez que les élus de terrain, à l’instar de Samia Ghali, sont farouchement opposés à cette légalisation du hach ?

J.V : Comme je vous le disais (lire nos volets précédents), chacun va parler de son cas particulier. Et Samia Ghali comme tout le monde. Le problème de la drogue, c’est que l’on n’a pas de réflexion globale. On trouve chacun le cas particulier horrible qui légitime notre position. Samia Ghali, je connais sa position. Je la comprends très bien car elle se bat au jour le jour au coeur de ces quartiers. Mais que l’on ne se trompe pas. La question ce n’est pas d’autoriser la drogue telle qu’elle est. Il faut faire rentrer le marché de la drogue dans la lutte contre les excès. Au lieu d’être contre le hasch, il faut être contre les excès du hasch. C’est un enjeu majeur. Et de l’autre côté, il faut que tous ces mecs qui font du trafic, on les transforme en commerçants. Il faut faire entrer cette économie grise dans l’économie légale. Du coup ces gens-là, ils vont payer des taxes, ouvrir des commerces, des bars à Hasch. Comme ça se passe en Hollande, il y aura des lieux de consommation, mais aussi des contrôles sur l’approvisionnement, sur la qualité des produits, sur l’âge des consommateurs… Et on se retrouvera dans la situation des cafés tabac des coins de rue. Du coup on pourra contrôler le processus comme on le fait pour l’alcool. 



Parallèlement, il faut autoriser la production pour un usage personnel tout en le limitant. Plus on multipliera les micro-réseaux, plus on évitera la structuration d’un marché global. Quand on voit ce qui se passe en Californie, le développement économique du processus est extrêmement intéressant. Une étude récente de Terra Nova expliquait même que ça rapporterait beaucoup à l’Etat. Ce n’est pas pour autant qu’il faut légaliser toutes nos perversions. 


Mais il faut arrêter de se voiler la face sur le fait que l’on est dans l’un des pays au monde où l’on consomme le plus. C’est ça qui est paradoxal, chez nous c’est totalement interdit et on est dans les premiers consommateurs mondiaux ! Si on consommait peu, je dirais : la lutte est efficace, continuons. Mais ça ne marche pas. On pousse les jeunes à s’entre-tuer dans ces quartiers, dans les quartiers Nord en particulier. Je trouve cela absolument inacceptable. Quand un jeune meurt. On dit c’est pas grave, c’est un dealer. Non c’est un gamin, il avait 16 ans, il avait 17 ans. Il avait la vie devant lui. Qu’est-ce qu’il avait d’autre comme possibilité ? Il a dérapé en entrant dans le trafic. Mais il a une famille, des parents, des amours. C’est un jeune comme les autres.


Marseille est particulièrement confrontée à cette délinquance. Pourquoi ?


JV. Marseille et la Seine-St-Denis sont les deux hubs français du haschich. Ce sont des lieux où la drogue arrive en grande quantité et va ensuite à Toulouse Lyon, Grenoble, etc. Le port de Marseille joue sans doute un rôle dans cette position stratégique. Les quartiers Nord sont gangrenés par le trafic mais si on légalise le trafic, on casse la structure des petits caïds. Certes il faudra accompagner l’évolution. Il n’est pas question de transférer le commerce aux buralistes mais il faut mettre en valeur le savoir faire acquis par les dealers qui ont un savoir-faire commercial, logistique, etc. Ils ont appris sur le terrain les compétences dont les entreprises ont besoin. Je l’ai dit aux sociétés du secteur nord de Marseille.

Engagez ces dealers et donnez-leur des postes de cadres. Vous allez voir comment ils seront bons. La question n’est pas d’enlever cette économie aux quartiers Nord sur laquelle ils se sont en partie reconstruits mais comment s’en servir pour aider à les transformer et à rendre à nouveau la vie des « braves gens » possible. Il y aura peu à peu de nouveaux illégalismes bien sûr. Il y en a toujours. La vie est sans cesse rupture et changement et le rôle du politique est d’accompagner cela, pas d’imposer l’idéologie d’un groupe dominant et d’un conservatisme de notable. Les institutions, les politiques sont la pour gérer le niveau de violence que les gens supportent. Pas pour imposer un impossible du calme plat ! Marseille devrait être aux avant-postes pour demander une évolution de la législation car la ville est particulièrement concernée et exposée. 
On pourrait être une ville franche expérimentale pendant dix ans pour essayer une autre politique.

Pourquoi le gouvernement et la société ne semble pas vouloir évoluer ?

C’est comme quand on manifeste contre l’évolution du contrat de travail alors qu’on est fonctionnaire et que l’on a un contrat à vie. On est dans une société où les gens ne veulent que rien ne bougent tellement ils ont peur.


Et c’est pourtant un gouvernement de gauche qui est au pouvoir ?

J’en ai parlé une fois rapidement avec Manuel Valls. On aurait dit que je lui avais piqué les fesses avec une fourchette. Car évidemment, où il a été élu il a connu des dealers, des overdoses, des filles qui pleurent à l’âge de 15 ou 16 ans. c’est absolument dramatique. Et c’est bien parce que c’est dramatique qu’il faut une politique nouvelle enfin efficace. Je crois qu’il faut que la République fasse respecter ses principes. Si elle n’y parvient pas il faut qu’elle se demande s’ils sont adaptés à la situation. Ça rime à quoi d’interdire quelque chose qui est en vente libre devant tous les collèges ! Il y a un certain nombre d’élus qui sont sur des positions plus ouvertes, comme Daniel Vaillant par exemple, mais la bataille ne fait que commencer. Terra Nova a appelé à la légalisation du hasch dans son étude. Jacques Attali aussi. Il y a une vraie bataille à mener. Il faut arrêter de mélanger la morale réactionnaire et la sécurité de la jeunesse. 


Ce sont deux problèmes différents. Et cela dépasse le clivage gauche droite. Il y a dans les camps, des gens qui ont compris que le monde avait changé. Ecoutez ce que dit Nathalie Kosciusko-Morizet sur ces sujets. Il y une fracture entre réactionnaires et modernes. Il faut s’adapter au nouveau monde. Vouloir refuser la consommation des vices de gens chez qui nous allons en vacances et qui viennent chez nous, c’est complètement idiot. Il faut s’adapter aux évolutions du monde et protéger la jeunesse avec autres choses que des mots.

Notre entretien avec Jean Viard.  

 
Lutte contre la drogue : « Nous sommes dans l’absurde » selon le sociologue Jean Viard (1/3)
»Lutte contre la drogue : « La France sera-t-elle le dernier pays à bouger ? » s’interroge Jean Viard (2/3) 

Le dernier ouvrage de Jean Viard.
Ed. de l’Aube. Le moment est venu de penser à l’avenir. 17 €. « Le monde est en ce moment souvent noir – comme Daech – ou brun – comme les extrêmes droites. Pourtant, la société collaborative et numérique nous entraîne dans une mutation économique et culturelle aussi puissante que celle de la révolution industrielle. Ce livre est le récit des réussites de nos sociétés, mais aussi celui de leurs bouleversements : alors qu’une classe créative rassemble innovation, mobilité et liberté individuelle au cœur des métropoles productrices de richesse, les classes hier « dominantes » se retrouvent exclues, perdues, ­basculant leur vote vers l’extrême droite. Jean Viard ­propose une analyse sans concession des limites du ­politique dans la société contemporaine et exhorte les acteurs culturels à se réapproprier le rôle de guide en matière de vision sociétale à long terme. Des propositions innovantes pour repenser le vivre-ensemble dans un monde qui a besoin de recommencer à se raconter.  » Source éditeur.

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