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Fabrice Lextrait déchiffre la friche de la Belle de Mai, 25 ans après son invention

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Manquait à la Belle de Mai le récit de sa friche, mémorial des origines, tracas et succès d’une aventure exceptionnelle. Fabrice Lextrait, ancien directeur du site, comble cette carence. En résulte un puissant volume : 520 pages, plus d’un millier de notes, multiples témoignages et de captivantes images en couleurs.

Au départ sont les cigarières, un peu comme à La Havane, ou autour de Carmen. Lors de leur grève de 1887, ces ouvrières créent le premier syndicat tabagique. L’effectif salarial de la Régie grimpera au delà de mille personnes. Un siècle plus tard, la manufacture a périclité. Face aux américaines à bout filtre et saveur douceâtre, gauloises et gitanes perdent le souffle.

Poète échevelé

Le médecin qui succède à Defferre comme maire de Marseille à l’aube des années quatre-vingt-dix choisit un poète échevelé comme adjoint culturel. C’est ainsi que Christian Poitevin, alias Julien Blaine, négocie avec la Société d’exploitation industrielle des tabacs et allumettes (Seita) la cession de ce domaine désaffecté de plus de quatre hectares au coeur de la ville, sur la colline Saint-Charles.

Jusque-là, friche désignait un lieu abandonné, délaissé, et impropre à toute culture. En un quart de siècle, Marseille réussit ce prodige : renverser entièrement cette définition, en mode hégélien : rebondir sur l’usine morte afin que , de sa ruine surgisse l’art nouveau; que se croisent sous d’immenses et sinistres hangars des pratiques créatrices modernes, plus jubilatoires, et vivement coloriées. Que le fumet du beau remplace les baux de fumée.

Friche Belle de Mai - Point Rouge

Innovation de rupture

Cela se déroule au centre même de l’un des quartiers les plus pauvres de France, entre la gare et la caserne. Le troisième arrondissement de la seconde ville du pays, où les moins vernis des gamins de toutes provenances ne maîtrisent qu’un petit millier de mots, dans une langue qui en compte cinquante fois plus.

Afin de restituer cette île dans la ville, cette « innovation de rupture », sa perpétuelle transformation, l’auteur offre aux acteurs initiaux les deux tiers de ce bouquin . Ils se racontent au tamis de leur vécu, et de leurs souvenirs les plus marquants. Du chorégraphe au paysagiste, de l’écrivain au comédien, du cinéaste au plasticien, du musicien à l’architecte : plus de 50 intervenants, artistes ou producteurs, évoquent leur part prise dans cette utopie concrète.
Fabrice Lextrait, lui-même frichiste historique, reste un adepte du bien manger pour bien lire, penser et bâtir. Bientôt quinquagénaire, les grandes tables l’ont hissé au pavois patronal de l’entreprise gourmande.

Tables exaltant l’art du potager local, pour le plaisir du palais de quelque quatre cents collaborateurs quotidiens, animant soixante dix structures hébergées, et de nombreux fervents de convivialité fraternelle.

Un potager sur le toit de la friche de la belle de mai

(Crédit photo E.D).

Laboratoire malicieux

Jamais ici , en lisière nord des rails carolingiens, le public n’est traité en consommateur passif, mais en partenaire essentiel. L’adolescent de la rue sur sa planche à roulettes vaut autant que le philosophe ou le libraire. Le penseur allemand Habermas apprécie cette approche d’une « culture discutée ». Un peu comme le lierre s’empare de la pierre en s’y attachant, les créateurs aménagent leur belle de mai comme un malicieux laboratoire où peuvent se mitonner les recherches les plus éclectiques. Au fur et à mesure de son développement, l’endroit invente ses propres racines. Et ses traces se lisent jusque sous les sombres voûtes du tunnel qui mène à la friche. Elles percolent aussi les 600 propositions culturelles rythmant l’année.

Avec des présidents de l’envergure, et de la notoriété, d’un Jean Nouvel ou d’un Robert Guédiguian, sont stimulées les plus vives curiosités, notamment celles qui déjouent les systèmes sclérosés. Et ouvrent aux citoyens des espaces modulables d’échanges diversifiés.

Péril économique

Malgré les réussites, et les risques de la boboïsation – ou gentrification, c’est-à-dire, en langage simple, d’embourgeoisement – l’économie de ce dispositif demeure fragile. La friche reçoit l’aide de l’Etat et des collectivités territoriales. Donc de tous les contribuables. Elle est pilotée par une société coopérative tripartite où se côtoient frichistes, producteurs et riverains. Son capital n’atteint pas 300 000€. À peu près autant que ce lieu singulier reçoit chaque année de visiteurs.
fleur pellerin

De radio Grenouille au Cabaret Aléatoire , du toit – terrasse panoramique au tout nouveau module musical sur pilotis, (sphérique tel un vaisseau spatial), chacun aspire au renouvellement d’un pôle permettant d’alterner recherches personnelles, expériences collectives et représentations publiques. En évitant de s’auto ériger en micro société, ou en phalanstère. Tout en demeurant enclave fertile de liens joyeux, rencontres fécondes et de progrès durable. Ce livre a en outre le mérite de laisser ouvert le débat quant l’avenir d’un site que l’auteur n’hésite pas à définir , en un clin d’œil hyperbolique, comme « l’épicentre mondial de la production culturelle !»

Un des piliers de cette épopée, Philippe Foulquié, tempère l’enthousiasme du visiteur (et du lecteur) en soupirant :  « Si tu as compris la friche, c’est que l’on te l’a mal expliqué

couverture lextraitLa friche terre de culture
de Fabrice Lextrait

Sens et Tonka, éditeurs.
Imprimé à La Roque d’Antheron.
Parution 1 septembre 2017.
29,50€

 

 

 

 

 

 

 

 

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Localité(s) :

41 Rue Jobin, 13003 Marseille, France

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