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Lionel Royer-Perreaut de 13 Habitat : « On n’a pas construit la paix sociale, on l’a achetée » (3/3)

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Troisième et dernier volet de notre entretien avec Lionel Royer-Perreaut, le président de 13 Habitat.

Que pensez-vous de la politique de l’agence nationale de rénovation urbaine (Anru) dans les quartiers difficiles ?

Lionel Royer-Perreaut : « Il faut arrêter de croire que nous, l’Etat ou la puissance publique, pouvons faire le bonheur des gens malgré eux. Autrement dit, nous on vient avec notre vision de personnes qui d’abord n’habitons pas ces quartiers. Ensuite on considère que nous allons faire le bonheur des gens en réhabilitant la cage d’escalier ou en remettant un coup de peinture sur les façades. Ce n’est pas du tout ce que les gens veulent. Ce qu’ils veulent d’abord c’est une amélioration de leur qualité de vie dans leur logement. Deuxièmement ils veulent que l’Anru résolve le problème des jeunes qui font le mur à l’entrée de la cité ou dans les halls d’entrée. Et troisièmement ce que les gens veulent c’est rester dans leur quartier. 


Or nous avec nos bons sentiments, on croit que le bonheur des gens passe par le fait de leur proposer un logement neuf à l’autre bout de la ville. Mais quelqu’un qui habite aux Flamants, qui est né aux Flamants, qui a son écosystème de vie aux Flamants, il veut rester aux Flamants malgré les difficultés. Sur l’opération Flamants justement, on avait de la reconstitution de l’offre dans le 3ème arrondissement et à Château-Gombert, j’ai fait arrêter ces deux opérations. On pouvait récupérer un terrain aux Flamants. On l’a acheté. Et on construit aux Flamants. Je crois sincèrement que l’on peut avoir dans cette ville des quartiers où il n’y a pas de logements sociaux. La mixité sociale, c’est pas  « embrassons-nous », « aimons- nous » et « mélangeons-nous. » Ce n’est pas que ça. 


La mixité sociale c’est un équilibre beaucoup plus compliqué, plus subtil à obtenir et je crois qu’il faut savoir dire : il y a des quartiers résidentiels, d’autres qui le sont un peu moins.

Et il y a des gens qui veulent vivre dans des quartiers résidentiels. Et ils ont le droit eux aussi de vivre dans des quartiers résidentiels. Je pense que la tendance qui se dégage, et c’est une tendance lourde de l’Etat, consiste à vouloir mettre du logement social partout. C’est une erreur. Je suis le premier à dire que même dans des quartiers qui ne sont pas forcément simples, mettre du logement social c’est une erreur comme à Château-Gombert. Je n’y souscris pas. Je pense qu’il faut être très lucide sur ces politiques de la ville et/ou de rénovation urbaine. 



Il y a ce que le bailleur peut améliorer en terme de qualité de vie et de bâti mais il y a tout ce qui concerne la construction de la vie sociale. Le bailleur a un rôle à jouer mais il n’est pas seul dans ce cas-là. Notre rôle est de nous réapprorier un certain nombre de prérogatives. Ainsi quand on nous demande un local, je demande que l’on fasse une enquête. Et ça nous a bien servi sur une opération aux Aygalades où quelqu’un était venu nous voir pour nous demander un local. Et quand on a fait l’enquête, la personne était connue pour d’autres choses… Avant ça ne se faisait pas. Il faut bien dire que souvent par le passé il n’y avait pas la volonté de bousculer tout cela en raison du retour électoral que ça permettait. 


Moi j’essaye de mettre en place des procédures pour nous prémunir contre ce genre de dérives. A côté de cela aussi, lorsque l’on nous signale des lieux de culte salafiste, je signe les expulsions. Je fais murer les locaux. J’ai encore fait murer un local la semaine dernière. Donc je crois qu’il faut être aussi très ferme. Certains quartiers se sont fortement dégradés du fait de nos propres renoncements et de nos propres démissions collectives et individuelles. Donc a un moment donné, la politique de la ville, qui consiste à injecter beaucoup d’argent dans ces quartiers n’a de sens que si la réappropriation du lien social, sur des principes très clairs s’effectue en parallèle.

On ne détruira jamais Campagne Lévèque


Après il faut bien savoir ce qui est possible et ce qui ne l’est pas. On ne détruira jamais Campagne Lévèque. 800 logements, il n’y a pas l’espace. Il y a un poids de l’histoire, qu’on le veuille ou non. Les difficultés sont pour la plupart liées au gigantisme de l’offre. Et moi quand je vois que l’on fait de la reconstitution de l’offre des Flamants à St Mauront des Flamants, c’est un non sens. On déplace un public fragile et on va le mettre dans le quartier le plus paupérisé d’Europe… Et en plus que fait-on ? Une opération qui s’appelle les Docks Libres à 15 étages… On démolit les Flamants parce que c’est en vertical et on reloge en vertical.


Est-ce que c’est la verticalité ou la concentration de population paupérisée qui pose problème ?
L. R-P. C’est la verticalité qui amène à la concentration de population. Cela pose un souci parce que nous n’arrivons plus à gérer. Le problème s’aggrave quand il n’y pas eu de politique de peuplement maitrisé.

Que faire alors ? Que préconisez-vous ?
L. R-P. Et bien lorsque nous sommes engagés dans un processus de démolition reconstruction, il faut reconstruire à taille humaine. Moi je suis pour des opérations qui n’excèdent pas les 70-75 logements. Au-delà, les gardiens vous le disent, ça n’est plus gérable. Il faut être très vigilant sur la politique de peuplement. C’est l’une des raisons pour lesquelles que je préside directement la commission d’attribution. Il ne s’agit pas de donner comme ça les logements. Derrière il y a des équilibres sociaux qui sont en jeu. Enfin, là où je suis totalement opposé, c’est au niveau de la mixité sociale au sein d’une résidence. C’est à dire entrée A, du logement social, entrée B accession à la propriété. Ça ne fonctionne pas ! Il y a eu cette tendance pendant dix ans. Je préfère un îlot avec une opération de soixante logements sociaux. « On est chez nous, on gère chez nous. » Et la parcelle d’à côté, c’est de l’accession à la propriété. Et la mixité sociale, elle va se faire sur le partage de l’espace public.


Le préfet a récemment déclaré qu’il prémpterai des terrains dans les communes qui ne respectent pas la loi Solidarité et renouvellement urbain ?

L. R-P. La difficulté ce n’est pas que les maires sont opposés au logement social. Ils ont des besoins dans leur commune, ils le savent, ils voient les gens qui viennent dans leur permanence. Simplement ce qu’ils n’acceptent pas c’est de ne pas avoir la maîtrise des logements notamment sur le contingent préfet. Aujourd’hui quand vous attribuez un logement vous avez un contingent département, 13 Habitat pour ce qui me concerne et un contingent préfet. Le contingent préfet c’est les lois Dalo (Droit au logement opposable, NDLR). Et vous avez de tout dans les lois Dalo. Vous avez des gens qui se mettent en Dalo pour accélérer leur accès au logement social alors qu’ils ne pas plus nécessiteux que ça et vous avez des gens en situation de nécessité sociale. C’est ça qui inquiète les maires. De se retrouver en situation de ne pas maitriser les populations qui arrivent et avec les problèmes qu’ils ont à gérer. Parce que quand le préfet, il a mis un tel dans ce logement. Il passe au cas suivant et il s’en fout. Mais qui gère les problèmes quand ll y a des problèmes ? C’est le maire ! 

Toutes lois génèrent des résistances et des comportements autres. Le préfet l’impose. Très bien on va répondre à votre obligation mais je veux du PLS dans mon secteur. PLS ce sont des logements qui portent le nom de logement social mais ce sont des loyers à 800 euros pour un T3. Donc effectivement, il n’y a pas de soucis. Je suis en conformité avec la loi. Sauf que la bonne volonté du préfet elle a été dévoyée. Deuxièmement, le maire peut dire : vous voulez du logement social, bien sûr mais vous me construisez du T2 et du T3. Alors tout le monde se félicite. Le préfet va à Paris. Regardez j’ai rempli mon contrat. Sauf que quand un maire fait du T2 ou du T3 c’est pour éviter certaines familles. Et le préfet se retrouve toujours à gérer le problème du logement de ces dernières.

Que pensez-vous de la politique du gouvernement sur ce sujet SRU ?
L. R-P. La politique actuelle du gouvernement c’est l’effet inverse de ce qu’il faut faire. Ils contraignent là où il ne faut pas contraindre. Je redis les maires ne sont pas contre le logement social. Mais sur ce sujet comme sur d’autres le gouvernement croit que pour y parvenir il faut contraindre. Aujourd’hui le maire, il ne peut plu choisir sa population ni le destin de sa commune. Il ne peut plus choisir sur son urbanisme…

Un autre sujet d’actualité : la lutte contre l’insécurité et le trafic de drogue dans les cités. Est-ce vous trouvez la politique du gouvernement pertinente ?

L. R-P. Je pense qu’il faut rester humble en la matière. D’abord il faut agir, c’est évident. Mais là aussi, on gère les 30 ans où l’on a considéré que tout allait bien. On a pas construit la paix sociale pendant trente ans, on l’a achetée. A coup de subventions et c’était même un système dans certains quartiers. Et aujourd’hui on s’étonne que ça fonctionne pas. C’est le système qui a généré ça avec la complicité de tous et même avec l’aval de tous. Moi je me mets dans le lot mais je n’étais pas en responsabilité. Tous les gouvernements sont responsables. Aujourd’hui on est en train de chercher des solutions à un système qui s’est institutionnalisé.



Est-ce que selon vous on apporte les bonnes solutions ?
L. R-P.
La présence policière c’est nécessaire, démanteler les réseaux c’est nécessaire, aussi. A Campagne Lévèque il y a quinze jours, on démantèle un réseau avec une prise de 61 kilos de cannabis. C’est une bonne chose sauf que les réseaux se reconstituent très rapidement parce qu’il y trop de gens qui dépendent de ce système d’économie parallèle. C’est un travail sans fin qu’il faut néanmoins mené parce que ce n’est pas parce qu’il n’y pas de solutions à court terme qu’il faut baisser les bras.


Est-ce qu’il n’y a pas d’autres solutions à envisager pour casser la valeur du trafic ?
L. R-P. Si vous voulez me faire dire que la solution c’est de banaliser l’usage, ou légaliser l’usage pour légaliser le trafic et donc qu’il n’y ait plus de trafic, moi je pense que ce n’est pas la bonne solution. Demain, pour que plus personne ne se gare mal il suffit de légaliser tout stationnement anarchique, on légalise l’anarchie… C’est pas le sens ni de la démocratie ni du bien vivre ensemble. Il faut des règles en société. Ensuite il faut surtout que la justice fasse son travail. L’élément faible du système, ce n’est pas le travail policier. Il se fait. Sauf que le système s’est adapté aux faiblesses de notre législation. Et aujourd’hui, le trafiquant il n’a plus 20 ans (ou celui qui en 2à il n’est plus dans la rue), il en a 13. Et vous avez aujourd’hui le ministre de la Justice qui vous dit qu’à 13 ans « c’est un sauvageon. » On en revient toujours au propos de Chevènement. 


Et tant que l’on ne s’attaquera pas à cette délinquance jeune, – il faut considérer que quand on a 13 ans et que l’on est délinquant, on est délinquant -, il va falloir durcir la législation. C’est ce que la population attend. Et on est que l’émanation de la population. Il y a un deuxième sujet dans les cités, c’est tout ce qui concerne le prosélytisme religieux. Et là encore, c’est le fruit de ce que nous n’avons pas voulu voir ou de ce que nous avons concédé pendant trop longtemps. On découvre ça d’un seul coup mais ça fait dix ans que c’est comme ça. Sauf que quand vous avez par le passé des gens qui ferment les yeux parce que l’imam fait un prêche et dit : « dimanche vous votez pour un tel »… Voila… Sauf que 15 ans après, on en est là. »


Lisez les deux premiers volets de notre entretien avec Lionel Royer-Perreaut.

> Lionel Royer-Perreaut veut tourner la page du clientélisme à 13 Habitat (1/3)

> [Entretien] Lionel Royer-Perreaut évalue à 40 millions d’euros le retard dans l’entretien du bâti de 13 Habitat (2/3)

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Localité(s) :

80 Rue Albe, 13004 Marseille, France

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