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Régionales : le grand oral des candidats LR, PS et FN devant 300 chefs d’entreprises

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Pour les Régionales en Paca, Christian Estrosi, Christophe Castaner et Marion Maréchal Le Pen ont présenté leurs projets en matière économique devant 300 chefs d’entreprises. Gomet’ les dévoile et évalue les prestations.

Réunis au Palais de la Bourse par la Chambre de Commerce et d’Industrie de Région, les candidats des trois premières listes  dans les sondages pour les régionales (lire par ailleurs les propositions de la liste EELV-Front de gauche) ont dévoilé leurs propositions en matière économique devant un parterre de quelque 300 chefs d’entreprises. Une présentation de 20 minutes chacun, sans débat ni questions de la salle, telles étaient les règles du grand oral auquel se sont succédés Christian Estrosi (Les Républicains), Christophe Castaner (PS) et Marion Maréchal-Le Pen (Front National).

« Par le passé, les élus économiques et politiques ont pu marcher sur des chemins parallèles. Nous ne pouvons pas reproduire cette erreur », a déclaré en préambule le président de la CCIR Maurice Brun. D’où  cette interpellation des candidats par les Chambres de commerce et d’industrie locales, avec le défi de répondre à trois enjeux principaux pour la région : accompagner les entreprises dans la transition économique ; construire le territoire de demain en prenant en compte le développement économique; et élaborer une stratégie de formation préparant au « big bang des métiers ».

Christian Estrosi (Les Républicains) :  estrosi réduc

« Si vos entreprises sont dirigées, le gouvernement ne l’est pas, et depuis 18 ans, notre Région ne l’est pas », a martelé le candidat des Républicains à l’adresse des chefs d’entreprises. « J’ai fait le choix de m’engager pour être pendant 6 ans le capitaine de cette entreprise dans un monde où il y a des tempêtes », a-t-il déclaré, dénonçant le fait que la Région Paca connaisse un taux de chômage de 11,5% contre 8% dans d’autres régions comme l’Auvergne, la Bretagne ou l’Alsace.

Le maire de Nice a d’abord critiqué la « politique de saupoudrage » des dirigeants de la Région, dénonçant « des efforts concentrés sur 3% des entreprises ». Selon lui, les « charges de fonctionnement exorbitantes »  ont grevé les capacités d’investissement de la Région : « quand vous passez de 750 emplois salariés il y a 18 ans, à 6 000 emplois aujourd’hui, vous baissez votre marge d’autofinancement ». Christian Estrosi a ensuite dénoncé la diminution des dotations globales de fonctionnement accordées par l’Etat aux Régions, « alors qu’en 2014, 70% de la commande publique venait des collectivités territoriales et non de l’Etat ». D’où, selon lui, des conséquences directes sur les carnets de commandes des entreprises. Selon les calculs du maire de Nice, ce sont 317 millions d’euros, en région Paca, dont n’auront pas bénéficié en 2015 les entreprises via la commande publique.

 Il a également jugé excessif le niveau d’endettement de la Région Paca : « 2,6 milliards d’euros de dette pour un budget annuel de 2,1 milliards, cela s’appelle être endetté », a-t-il déclaré. Il a déploré que la Région n’ait pas déployé davantage de réactivité pour que les entreprises bénéficient des atouts d’un territoire exceptionnel : «notre position sur l’arc méditerranéen et l’arc rhôdanien peut nous permettre d’être un hinterland prodigieux ». C’est seulement au bout de 20 minutes de prestation que M.Estrosi a évoqué plus précisément son programme, avec un projet financé grâce à une diminution de 25% des dépenses de fonctionnement et à la cession de la Villa Méditerranée. A l’ordre du jour : relancer le financement des grands projets (Liaisons Est-Ouest, A 51, contournement d’Arles…) ; promouvoir le tourisme à travers les trois marques Provence, Alpes et Côte d’Azur, et la mise en place d’un schéma régional de tourisme ; favoriser l’essor de l’économie numérique et de la smart city ; renégocier le contrat de plan ; favoriser l’écologie ; créer un fonds d’investissement régional…

L’analyse de Roland Cayrol : sur de nombreux aspects, le politologue a jugé la prestation de M. Estrosi en phase avec le Livre Blanc des Chambres de Commerce. Roland Cayrol a cependant épinglé un travers du candidat des Républicains, jugé « libéral, mais à la française tout de même », du fait de sa grogne contre la baisse des ressources des collectivités : « cela ne fait peut-être pas de mal d’être appelé à un effort de sobriété dans la dépense de fonctionnement », a déclaré le politologue à l’adresse du candidat qui lui semble partir avec une avance réelle pour le deuxième tour.

 L’avis de Gomet’ : Le candidat des Républicains a beaucoup critiqué la gestion de la Région, mais finalement peu développé ses propres propositions, de manière précise. Il a su flatter son auditoire, en comparant à maintes reprises la gestion d’une Région à celle d’une entreprise. « Je n’aime pas le mot patron, je préfère le terme de chef d’entreprise »… ou encore « je sais que beaucoup de chefs d’entreprises préfèrent ne pas se payer à la fin du mois pour préserver leur activité »… Mais ses projets concrets n’ont été détaillés qu’à la fin de son intervention, laissant l’auditoire sur sa faim.

Christophe Castaner (Parti Socialiste) :Castaner reduit

Le député des Alpes de Haute Provence, maire de Forcalquier, a démarré par une formule : « J’ai l’impression que la Provence est aujourd’hui la Floride. Elle peut devenir la Californie de l’Europe ». Comprenez une région qui ne se satisfait pas de son économie et qui veut aller plus loin dans son développement. Contrairement à son concurrent, Christophe Castaner a estimé que la multiplicité des filières d’excellence dans la région a été amortisseur de crise. Sur le sujet des transports, l’élu socialiste est favorable à la « désaturation « du nœud ferroviaire azuréen  (liaison Nice Marseille). En revanche, il faut, selon lui, arrêter de faire vivre la « chimère » de l’A 51. « Il faut une réponse réaliste. L’A 51, c’est 2,5 Md €. Ces fonds, nous ne les avons pas. Il vaut mieux trouver les 350 M€ nécessaires à une liaison rapide entre Sisteron, Luce La Croix Haute et le Col du Fau ». « Je ne suis l’otage d’aucun territoire », a-t-il argué au sujet de l’articulation des compétences entre la Région et les métropoles, M.Estrosi se trouvant en revanche à la tête de la métropole de Nice.

A propos des mutations économiques,  Christophe Castaner veut lui aussi accompagner les entreprises régionales,  TPE ou PME pour 92% d’entre elles,  afin qu’elles bénéficient de l’essor du numérique. Si Michel Vauzelle a lancé l’idée d’une intervention régionale dans le dossier SNCM, Christophe Castaner est clair : « Je ne suis pas pour l’investissement direct de la Région dans les entreprises ». Il prévoit un guichet unique territorial pour ces dernières, et surtout la mise en place d’un système d’évaluation des politiques publiques.

 

 Concernant le tourisme, il veut réunir les deux comités régionaux et faire monter la qualité. « Où est la grande école de formation aux métiers du tourisme en Paca ? », interroge-t-il, estimant que des personnes formées localement seront à même de développer leurs compétences sur place. De même, il veut valoriser les « excellentes écoles d’ingénieurs » de la région en développant l’alternance, et élargir l’offre de formation en élevant le niveau de jeu et en travaillant de façon territorialisée. Par ailleurs, il entend bénéficier de la localisation régionale,  face à l’Afrique et au Moyen Orient, pour « faire en sorte que notre région ne soit pas dans la peur et la stigmatisation. Près de 10 000 étudiants étrangers fréquentent Aix Marseille Université. Il faut en faire des ambassadeurs de Paca dans leurs pays ». Le candidat socialiste conclut : « je suis un gestionnaire. Un élu doit avoir le ROI (Retour sur Investissement) comme objectif».

L’analyse de Roland Cayrol : « C’est une bonne surprise de voir un candidat, qui n’est pas une vedette à Paris, connaître aussi bien ses dossiers », a estimé le politologue. «  Il propose une autre lecture du Livre Blanc (des Chambres de Commerce NDLR) Mais je note des convergences un peu surprenantes ». Sans doute le signe que la gauche a évolué. Cependant, « les électeurs ne vont pas voter que pour l’économie », prévient le co-fondateur de l’institut de sondages CSA.

 L’avis de Gomet’ : Peut-être pour compenser le manque de notoriété qui lui est souvent reproché, Christophe Castaner paraît celui qui a le plus « bûché » ses dossiers. Ne manquant pas de tacler ses concurrents par petites touches, il s’est montré à l’aise et pragmatique vis-à-vis des chefs d’entreprises. Le public a suivi attentivement les propositions détaillées par cet élu âgé de 49 ans. Cela suffira-t-il cependant à faire oublier les casseroles de certains socialistes dans la région ?

Marion Maréchal-Le Pen  (Front National):MMLP reduc

Selon la candidate du Front National, qui s’est défendue en préambule d’avoir un programme économique comparable à celui de M.Mélenchon, la Région Paca consacrerait moins de 100 millions d’euros à l’aide aux entreprises, soit « moins que les subventions aux associations », a-t-elle assuré. L’élue frontiste souhaiterait donc élever l’enveloppe des aides aux entreprises à 500 millions d’euros à la fin du mandat, en mutualisant un certain nombre de structures pour arriver à un guichet unique. « Les chefs d’entreprises ont parfois le sentiment que leurs interlocuteurs ne sont pas en phase avec eux ». D’où l’idée de mettre en place une « cellule départementale », comprenant un élu chef d’entreprise ainsi que des représentants de la CCI, de la chambre des métiers et de l’artisanat, et des syndicats patronaux. « Il y a une déconnection un peu sociologique entre le monde privé [et le monde public NDLR]. Je ne jette pas l’opprobre sur les fonctionnaires, au contraire, on a besoin d’eux et ils seront indispensables à notre cellule d’aide au remplissage des dossiers ».

Elle veut également encourager le patriotisme économique, en particulier dans le BTP ou la restauration scolaire, et utiliser les clauses sociales et environnementales dans les marchés publics, levier qu’elle juge insuffisamment actionné.  Sur la question des transports, la jeune députée du Vaucluse préconise d’abandonner le projet de Ligne à Grande Vitesse entre Marseille et Nice. En revanche elle soutient le projet d’A 51, mais sous la forme d’une « deux fois 2 voies », moins coûteuse. Elle propose aussi de mettre la pression sur la SNCF pour la rénovation des TER.

Concernant le tourisme, la liste Front National propose la création d’un troisième comité régional, afin que Marseille, Nice et Les Alpes soient représentées. Marion Maréchal Le Pen déplore par ailleurs que la Région fasse selon elle « beaucoup de philanthropie » plutôt que la promotion de ses propres territoires et de l’export : « des centaines de millions d’euros sont dépensés dans des projets comme le développement des médias citoyens au Maghreb ou la rénovation des bacs à crevettes au Sénégal » a-t-elle déclaré sans mesure. « Il y a une énorme concentration de l’action régionale sur le Maghreb et le Moyen-Orient, alors que l’attente des entrepreneurs est plutôt sur la zone euro ou l’Asie ». 

Au sujet de la formation, la candidate FN veut réaliser un audit sur le fonctionnement actuel et considère que l’Observatoire régional des métiers est « une espèce de gadget parmi tant d’autres qui n’a pas vraiment d’utilité ». Elle propose de modifier sa composition, sur le même modèle que la cellule départementale d’aide aux entreprises, afin de « faire un rapport prospectif sur les filières d’avenir », déplorant par exemple que la région doive « importer des infirmières des pays de l’Est » alors que des chômeurs pourraient être formés. Enfin, au sujet de l’euro, Marion Maréchal Le Pen a assuré que le Front National ne souhaite pas en sortir seul et sans que le pays ait accompli un certain nombre de réformes.

 L’analyse de Roland Cayrol : le politologue a souligné les spécificités du programme de la candidate Front National, observant un parallèle avec la percée du mouvement poujadiste dans les années 1950 . « Il est notable que les mêmes éléments de programme se retrouvent en 2015 dans celui d’une autre formation d’extrême droite ». Il note aussi que la façon dont le patriotisme économique pourrait être mis en œuvre n’a pas été développé, et s’inquiète du projet que la Région puisse intervenir en direct dans l’aide aux entreprises.

L’avis de Gomet’ : souriante, la candidate du Front National a fait preuve d’un bel aplomb, du haut de ses 25 ans, face aux chefs d’entreprises. Pour autant, celle qui dénonce le fait d’être caricaturée a elle-même prêté le flanc à la critique, par ses déclarations à l’emporte-pièces et parfois contradictoires. Sur la question de l’euro, elle a pataugé et noyé le poisson. Son programme reflète, au niveau local, les obsessions de son parti, y compris en matière économique.

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Palais de la Bourse, 9 La Canebière, 13001 Marseille, France

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