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[L'entretien] Jean-Philippe Agresti (faculté de droit) : « Il faut cesser de mentir aux étudiants » (2/2)

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Jean-Philippe Agresti, nouveau doyen de la faculté de droit, estime que l’université doit mieux s’adapter aux différents niveaux des étudiants en proposant des enseignements plus personnalisés. Explications.

Rentrée chargée pour le nouveau doyen de la faculté de droit d’Aix Marseille Université. Après les déplacements au sein des différents campus début septembre, Jean-Philippe Agresti présidait la rentrée solennelle de la fac de droit à Aix-en-Provence vendredi 15 septembre 2017 (photo : au centre avec les députés Anne-Laurence Petel et Mohamed Laqhila, crédit Twitter @al_petel). Il avait également rendez-vous mardi avec le maire de Marseille Jean-Claude Gaudin et a aussi rencontré le maire d’Arles, Hervé Schiavetti. Prochaines rencontres programmées : avec Maryse Joissains, maire d’Aix-en-Provence et les parlementaires du territoire. A chaque fois, l’objectif est de se présenter et d’expliquer les objectifs de la faculté de droit.Nous publions aujourd’hui le second volet de l’entretien qu’il nous a accordé le 1er septembre dernier (lire le 1er volet)

Le tirage au sort à l’entrée des universités a été vivement critiqué au début de l’été. Les étudiants de la fac de droit sont-ils concernés ?

Jean-Philippe Agresti
: Il n’y a pas de tirage au sort dans notre faculté. Nous n’avons pas de problèmes d’inscription car nous avons cinq divisons en première année (deux à Aix, deux à Marseille, une à Arles). Est-ce que c’est une bonne nouvelle ? Pas forcément car des étudiants s’inscrivent mais sont mal orientés. Ils viennent à l’université, en droit en particulier, alors qu’à l’évidence, ils n’ont pas le bagage qui leur permet de faire des études de droit.


Quelles sont les solutions ?

J-P. A. : Je suis totalement défavorable au tirage au sort. C’est la pire des solutions qui hélas est parfois inévitable compte tenu des textes actuels. Avant l’entrée à l’université, il est évident qu’il faut absolument mieux informer l’étudiant de ses possibilités d’évolution dans le cursus qu’il vise. Le mot sélection ne me fait pas peur si on l’envisage comme étant à la fois la prise en compte des résultats passés, mais aussi la prise en compte de la motivation et du projet professionnel. Mais d’après moi, ce n’est pas une sélection qu’il faut faire. Je préfère le terme de « pré-requis. » Il faut laisser sa chance à tout le monde, en ayant conscience de que ce que l’étudiant va avoir à faire. Ce qui n’est plus possible, c’est le mensonge qui consiste à dire : « venez tous, parce que de toutes les façons, on vous accueillera. Et puis ensuite, tant pis, vous resterez au bord de la route… » Ça c’est intolérable. C’est mentir à la jeunesse.


Mais ce problème dure depuis des décennies…

J-P. A. : Il y a plusieurs profils d’étudiants, grosso modo quatre catégories. Il y a ceux qui ont le niveau. Il y a ceux qui ont vraiment la volonté de faire du droit mais qui ont eu un parcours chaotique. Il faut les aider. Il y a ceux qui viennent là parce qu’ils ne savent pas où aller. Ils ont besoin d’être réorientés. Et puis la dernière catégorie, ce sont ceux qui n’ont pas d’autres choix que de venir s’inscrire pour avoir un statut social. Je crois qu’il faut vraiment faire quelque chose pour eux afin d’améliorer la situation des autres. Un jeune, à 18 ans, il n’a pas d’autres choix que d’être étudiant pour être aidé par la société (aide au logement, bourse…). Je suis assez favorable pour que l’on prenne en considération cette catégorie de jeune pour lui donner un statut qui permettrait de vivre au quotidien, une sorte d’aide sociale qui ne serait pas une bourse liée au fait d’être inscrit à la faculté. Si sur cette proportion d’étudiants, qui peut représenter jusqu’à un quart de nos inscrits, on trouve des solutions, on pourra mettre les moyens sur les autres catégories.


Vous êtes favorable à un enseignement à plusieurs vitesses ?

J-P. A. : Oui. Je suis favorable à ce que l’on personnalise la relation avec l’étudiant plutôt que de prendre une masse, comme si tout le monde était du même niveau. Dans ce cas, on creuse les écarts. L’université ne joue pas son rôle. Les textes nationaux ne permettent plus de prendre en compte la diversité des situations. Créer des enseignements pour ceux qui sont des locomotives afin qu’ils aillent encore plus loin; pour ceux qui ont des difficultés mais qui ont la volonté de réussir, il faut créer des enseignements de soutien, pour que tout ce beau monde se rejoigne au bout du cursus licence. Quand on veut aider l’étudiant et si la méritocratie républicaine doit être défendue, il faut que l’université soit en capacité de traiter chaque cas et lui apporter une solution. Qui réussit le mieux dans l’enseignement supérieur ? Les enfants d’enseignants. Ça veut tout dire.


Cette approche personnalisée ne nécessite-t-elle pas d’énormes moyens, hors de portée aujourd’hui ?

J-P. A. : Je ne suis pas sûr. C’est pour cela que je parlais – je sors ici de mon rôle de doyen de la fac de doit – de la prise en compte du statut global de la jeunesse. Si on prend en considération chaque besoin, je pense qu’il peut y avoir un jeu de vases communicants : économiser le gaspillage d’un côté pour reporter les sommes sur des investissements plus efficaces, sans laisser personne au bord de la route.


Nous venons d’évoquer les problématiques à l’entrée de l’université. Concernant la sortie dans le monde professionnel, que reste-t-il à faire ?

J-P. A. : On a fait énormément de progrès. Grâce à la politique impulsée par Yvon Berland, le président d’Aix Marseille Université, le lien est de plus en plus étroit avec le monde socio-économique. En effet, c’est l’enjeu de demain. On travaille beaucoup sur le réseau des anciens. Nous sommes notamment aidés par un professeur de l’université de Madison aux Etats-unis. Il nous montre comment les universités américaines travaillent leur réseau d’anciens. Sur l’innovation, c’est une priorité de la mandature de créer cette cité de l’innovation et des savoirs. C’est un combat perpétuel pour que les mondes économiques et académiques continuent à se rapprocher. Mais je le dis aux chefs d’entreprise : il faut aussi un changement d’état d’esprit de leur part. Certains ont encore une conception de l’université qui date de 20 à 30 ans. Une grande université, c’est un grand atout de développement pour un territoire et pour l’ensemble des acteurs locaux. Il y a encore des chefs d’entreprises qu’ils ne l’ont pas compris.

Allez-vous prendre de nouvelles initiatives ?

J-P. A. : A la la faculté de droit, on multiplie les événements avec le monde socio-professionnel : forum mais aussi rencontres profession par profession, avec le notariat, avec les magistrats, en matière de ressources humaines, de droit du sport, du droit de la banque… L’année est jalonnée de rencontres. Nous mettons aussi beaucoup l’accent sur le développement de l’apprentissage. Exemple : nous allons avoir 50 apprentis et contrats professionnels dans le domaine bancaire et droit patrimonial. C’est le double de l’année dernière. Il y a un autre diplôme qui demande à passer en apprentissage et qui concerne la gouvernance des entreprises. Dans le domaine de la recherche, nous voulons aussi mieux la valoriser, lancer des grands projets de structuration de la recherche à la faculté de droit, la faire connaitre. Au-delà de tout, nous voulons faire rayonner cette fac de droit au sein d’AMU et à l’extérieur.

Quels sont les indicateurs de l’insertion des étudiants dans la vie professionnelle ?

J-P. A. : Les services de l’université suivent cela très précisément. Nous avons de très bons résultats. La filière droit insère très bien. Nous sommes très vite à la sortie du diplôme au-delà de 75%. Après 36 mois, le taux arrive quasiment à 100%.

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