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« La métropole, une unité de lieu, de temps et d’attractivité économique »

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Dans le cadre de notre dossier Regards pluriels, Franck Lirzin, économiste attaché au territoire, partage son point de vue sur la métropole.

La métropole d’Aix-Marseille-Provence jouit d’une grande diversité de territoires et de populations, entre urbanité et ruralité. Quel que soit le prisme choisi, les questions qui se posent restent les mêmes ; et les réponses apportées révèlent des contours parfois divergents. C’est précisément pour nous faire comprendre cette complexité que dix spécialistes ont accepté de mêler leurs regards. À travers cinq thématiques, ils dessinent simplement pour nous une métropole multicolore.

GoMet’. Définition. Quelles données circonscrivent une métropole ?
Franck Lirzin.
Il s’agit d’un territoire défini, comme une pièce de théâtre, par une unité de lieu, de temps et d’action – ou activité économique. La métropole devient, bien plus que la région ou le pays, l’échelon pertinent dans la mondialisation : le succès de la Chine est celui de Shanghai, Pékin ou encore Chongqing par exemple. C’est là que peut se construire une stratégie économique cohérente et réactive.
J’aimerais illustrer mon propos avec un exemple : Eurocopter (aujourd’hui Airbus Helicopter, NDLR). Située à Marignane, cette entreprise est reconnue à l’international. Si une société étrangère souhaite engager avec Eurocopter un partenariat, elle va d’abord chercher à la localiser pour ensuite envisager une zone d’implantation. Ce processus-là engendre la création d’un écosystème autour d’Eurocopter, c’est-à-dire d’une communauté économique porteuse d’une cohérence, d’une stratégie, d’un lien avec son territoire. La métropole s’organise alors autour de cette spécialisation industrielle.

G’. Dynamiques. Quelles forces animent Aix-Marseille-Provence ?
F.L. À la différence de Paris — ville-centre organisant économiquement tout l’espace adjacent —, le territoire ici relève du polycentrisme. Il se déploie à travers plusieurs centres. Marseille s’est positionnée sur le terrain culturel et touristique suite à la réussite en 2013 de son « année européenne ». Aix-en-Provence affiche ses ambitions technologiques, Fos-sur-Mer multiplie ses compétences logistiques. Mais aucun de ces centres ne réunit toutes les caractéristiques associées au processus de métropolisation : capitale culturelle, cœur économique, siège politique, etc. Alors que Marseille était le cœur économique depuis le milieu du XIXe siècle, l’extension du port à l’Ouest puis le développement d’entreprises de haute technologie autour d’Aix ont décentré l’espace métropolitain.
La cité phocéenne n’est aujourd’hui plus perçue comme étant un cœur légitime de la métropole. Ce cas de figure n’est pas unique : les Pays-Bas s’appuie également sur ce modèle, avec Rotterdam pour le commerce, La Haye pour la politique et Amsterdam pour la culture. Mais cet éclatement géographique trouve ici sa cohérence grâce à une culture particulièrement développée du consensus et de la coopération, ainsi qu’à de multiples institutions sources d’un « faire ensemble » ; la gestion des canaux en est une illustration.

G’. Perspectives. Quel peuvent être à la fois l’axe cohérent et l’horizon d’Aix-Marseille-Provence ?
F.L.
Ces stratégies économiques, pour l’heure divergentes d’une ville à l’autre, doivent désormais s’unir derrière une même ambition. C’est valable pour la communauté marseillaise comme pour l’ensemble du territoire métropolitain.
Jusqu’au milieu du XXe siècle, Marseille était davantage un lieu qu’une ville ; un carrefour sur lequel une foule d’individus se croisait. L’activité portuaire canalisait alors cette multiplicité des énergies ainsi amenées à se côtoyer. Toute chose de la ville possédait forcément un lien avec le port en son centre, véritable institution régulatrice des mouvements humains. L’aménagement de Fos-sur-Mer pour faire de Marseille un grand port pétrolier, dans les années 1970, a décentré l’activité portuaire hors des murs de la ville. S’en sont suivis les chocs pétroliers et la montée en concurrence des installations du nord de l’Europe. À la dissociation du port de Marseille en deux sites distincts s’est adjoint un éclatement du modus vivendi.
Aujourd’hui, le port s’est coupé de la ville et aucun substitut n’a encore été trouvé pour entrainer cette nécessaire force centrifuge. Et la problématique s’est étendue à l’ensemble de la métropole. Partant de là, de ce vécu et de cette échelle territoriale plus grande, Aix-Marseille-Provence doit à nouveau s’employer à forger son unité autour d’un carrefour portuaire non seulement commercial mais aussi de flux financiers, culturels, étudiants, technologiques, scientifiques, numériques, etc. Avec le port, c’est bien toute une économie qui structure et régule le territoire.

G’. Outils. Comment retrouver cette unité ?
F.L. La métropole existe déjà d’un point de vue économique et social. Nombreux sont les actifs à résider à Aix-en-Provence, à travailler à Marseille, à se baigner à Cassis. Mais les barrières intérieures, principalement dues à l’absence de fluidité, parcellisent les différents espaces du territoire et brouillent l’image métropolitaine projetée vers le reste du monde. Vu de l’étranger, différencier Aix et Marseille (éloignées d’une trentaine de kilomètres) n’a par exemple aucun sens. Transport, logement, attractivité : il s’agit donc là des principaux enjeux dont doivent s’emparer les politiques. La fluidité ne peut s’envisager indépendamment de la mobilité ; et celle-ci est liée à la facilitation d’une part des trajets entre le domicile et le lieu de travail, d’autre part des déménagements inhérents à la flexibilité professionnelle.
Cette amélioration structurelle doit s’accompagner d’une simplification des pratiques adminitrativo-politiques nécessaires aux développement d’une identité commune et inspirante. Pour se faire Aix-Marseille-Provence dispose d’atouts à amplifier. Il y a d’abord le port : transport de conteneurs, ouverture au tourisme (les Terrasses du port), identification d’un patrimoine culturel (dans la foulée de Marseille-Provence 2013). Il y a également l’aéroport avec la rapidité et la fiabilité des exportations. Il y a aussi la fusion effective des universités avec une question : comment attirer davantage d’étudiants étrangers ? Il y a le câble sous-marin Sea-Me-We qui interconnecte l’Asie du sud-est, le Moyen-Orient et via Marseille, achemine les flux de données vers l’Europe de l’ouest. Il y a enfin les services aux entreprises et à la personne, avec un objectif : retenir et attirer les actifs.
S’emparer de ces forces-là, derrière une même bannière, ne signifie pas forcément uniformiser les territoires. Je songe davantage à une complémentarité entre un système unique de promotion de la métropole à l’international et des spécialisations productives territoriales. Aix-Marseille-Provence doit être comme une équipe de foot : de fortes personnalités à des postes différents réunis autour d’une même ambition : gagner.

G’. Imaginaires. Qu’en est-il de l’imaginaire métropolitain ?
F.L. Je rejoins ce que j’ai affirmé précédemment : l’imaginaire d’Aix-Marseille-Provence, comme c’est le cas pour les aspects économiques, sociaux et sociologiques, est déjà métropolitain sans que les individus ne s’en rendent compte. Cette perception, peut-être plus difficile à cerner, devient pourtant l’enjeu prioritaire. Car l’imaginaire se nourrit finalement de la manière dont vivent les gens au quotidien. Ces derniers agissent selon des concepts et des représentations qui, d’Aix à Marseille, d’Istres à la Ciotat, dessinent une photographie interne morcelée. L’identité métropolitaine est à l’heure actuelle souterraine, et surtout négative : elle se définit en opposition à Paris, à l’arrière-pays, et non selon des valeurs positives. De cette désunion aussi ne peuvent surgir une conscience collective, des actions collaboratives et l’idée d’un destin commun.
C’est évidemment un travail difficile à effectuer ; mais la métropole dispose de bases solides qu’il lui faut rendre visibles à travers un dénominateur commun et des symboles. L’activité littéraire, les manifestations culturelles, la parole politique doivent aider ce territoire, qui ne se raconte que trop peu, à libérer ses récits et ainsi révéler son esprit métropolitain.

Ce que GoMet’ en retient
L’unité de lieu, de temps et d’attractivité économique propulse une métropole sur la scène mondiale. Ce n’est pas le polycentrisme d’Aix-Marseille-Provence qui empêche ce territoire d’avancer, c’est l’absence d’une ligne de conduite commune et cohérente. Cette métropole doit à nouveau se retrouver autour d’une zone portuaire, avec tout ce que cela signifie en termes de mobilité et de flux. La fluidité — transport, logement, démarches administratives — est indispensable au fonctionnement interne et à l’attractivité de ce carrefour. La crédibilité du message dépend aussi de celle de l’image, cela à travers l’affirmation d’une identité partagée.

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Journaliste à GoMet'

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La métropole d'Aix-Marseille-Provence doit voir le jour le 1er janvier 2016. Vous ne vous sentez pas concerné ? Marseille, Aix-en-Provence, Aubagne, Martigues, Istres, Salon-de-Provence... si vous avez l'habitude de passer d'une ville à l'autre, vous êtes peut-être plus métropolitain que vous ne le pensez. Pour le savoir, faites le test !

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