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[La chronique éco] Algérie : les réformes (indispensables) à marche forcée

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En 14 mois, le baril de pétrole est passé d’environ 120 dollars à 35 dollars. Une chute vertigineuse et inattendue. En Algérie, l’heure est à la réaction pas toujours consensuelle.

En 14 mois, le baril de pétrole est passé d’environ 120 dollars à 35 dollars. Une chute vertigineuse et inattendue, surtout des pays dépendants de la manne pétrolière comme le Venezuela et l’Algérie. Le Venezuela de Chavez a pu faire croire qu’il avait un nouveau modèle économique, alors qu’il ne faisait que distribuer du baril à sa population. En Algérie, les hydrocarbures rapportent plus de 95 % des recettes extérieures et contribuent pour 60 % au budget de l’État. L’Algérie a pris des mesures raisonnables avec cette ressources qui performe à partir de 2010 : un désendettement total de l’État, un plan d’investissements de dizaines de milliards de dollars dans les hôpitaux, les universités, le logement, les transports, les écoles, la création d’un fonds de régulation des recettes et des réserves de change qui restent confortables.pétrole

Pendant des mois en 2014, le gouvernement algérien fut dans le déni d’une baisse que l’on croyait provisoire, attendant un rebond qui ne vint jamais. Tout devait continuer comme avant avec des ressources amoindries. Jusqu’au remaniement de mai 2015 qui vit arriver au poste de ministre des Finances Abderrahmane Benkhalfa. Une personnalité que nous connaissons bien. Il fut directeur de l’Association des banques algériennes, puis consultant indépendant et membre de notre réseau FCM, d’experts confiance. Économiste, diplômé en gestion de l’université de Grenoble, il avait tiré la sonnette d’alarme avec un regard critique sur la gestion de la crise pétrolière et des propositions audacieuses souvent partagées par le think-tank Care (1).

Arrivé au ministère, le ministre a d’abord tenté une opération, toute en mesure, pour faire entrer l’argent de l’économie informelle dans les réseaux formels, donc bancaires. Mais c’est avec la loi de finances 2016 que le ministre est devenu célèbre. Vues d’ici les réformes relèvent du bons sens et de la saine gestion d’un pays confronté à une crise historique de ses ressources. Retenons trois chapitres.

1. La fin annoncée des subventions aux produits de nécessité.

Céréales, lait, sucre et huile sont subventionnés et ponctionnent près de 200 milliards d’euros sur le budget de l’état. Les carburants sont aussi subventionnés ce qui coûte chaque année 11 milliards de dollars à l’État algérien. Ces mesures dites sociales alimentent en fait des trafics aux frontières incommensurables. Des caravanes de mulets chargés de jerricans se font régulièrement stopper à la frontière marocaine tandis que les produits alimentaires sont revendus avec de juteuses plus values aux pays frontaliers comme le Mali. Rien de social dans tout cela. Le ministre propose donc de passer d’une aide aux produits à une aide sociale aux personnes.

2. Le 49/51

Depuis 2009, l’Algérie impose à tout investisseur d’inclure un partenaire algérien lors de son implantation à plus de 51 % du capital. Adoptée au sommet du prix du baril cette mesure a naturellement découragé les investisseurs. Quel entrepreneur peut concevoir de travailler à plus 50 % pour une personne tierce ? Mais, les flux de pétrodollars ont camouflé cette chute des IDE. Un code des investissements en longue gestation pourrait la remettre en cause. Mais cette règle est devenue comme un Graal : intouchable ! Donc on n’y touche pas, mais la loi de finance se propose d’autoriser les entreprises publiques algériennes qui sont venues en co-investissement avec des partenaires étrangers de céder leurs actions en Bourse à des actionnaires privés algériens. De plus, les investisseurs étaient tenus quasiment à ne pas rapatrier de bénéfices s’ils avaient eu des aides à l’implantation. La loi de finance ferait sauter ce verrou (2). Ce qui déclenche des cris d’orfraie dans la presse et à l’assemblée : «des deniers publics», «sous-traitance au profit des affairistes». algerie assemblée

L’Algérie a une telle sensibilité à la spoliation, au « néocolonialisme » qu’elle veut bien voir des investisseurs, mais avec un comportement de mécène. Le bénéfice, qui en économie de marché est un signe de bonne santé, de création de valeurs, est perçu comme un mal absolu, un vol, frappé d’illégitimité. Étrange débat. L’Algérie n’a plus le choix. L’économie algérienne est massivement importatrice, la manne pétrolière est gâchée en achats quotidiens de produits souvent venus d’Asie. L’industrie algérienne est sortie exsangue des années d’économie dirigée et de la décennie noire. L’ouverture à l’investissement étranger, maîtrisée, s’impose. Encore faut-il que l’investisseur y trouve un intérêt.

3. Ajuster les dépenses

Enfin le ministre prévoit la possibilité d’annuler ou reporter des dépenses si la conjoncture l’impose sans repasser par la case parlement (à travers des « décrets d’ajustement »). Bronca des parlementaires qui voient dans cette décision une ingérence de l’exécutif. Or le gouvernement algérien maintient un plan d’investissements très ambitieux dans le logement et les infrastructures publiques. En sage, le ministre des finances sait que tout cela ne sera pas assuré avec des recettes en chute libre et incontrôlée (3) . Mais députés, journalistes plaident pour un maintien de la dépense, oubliant que dans les années quatre-vingt une telle politique a conduit l’Algérie au désastre, obligée de passer sous les fourches caudines du Fonds monétaire international et d’appliquer une austérité qui ne fut pas étrangère à la montée des islamistes.

algérie bourse

La Bourse d’Alger (Photo DR)

Oui, ces réformes amorcent un virage mais les oppositions qu’elles déclenchent sont surréalistes. Manifestation des députés dans l’hémicycle, avec des pancartes pour dénoncer « les privatisations », la spoliation « des richesses du pays », injures et outrances ont marqué cet adoption. «La loi de finances va affamer les Algériens» cette «Loi de la honte» constitue « une négation de l’appel du 1er Novembre» a déclaré l’opposition.

Comme s’il y avait une « Algérie d’avant » mythifiée, à défendre face à une réalité inconnue et inquiétante. Le défi algérien est pourtant dans cette rupture avec l’économie de rente. Dans l’émergence d’une génération de décideurs et d’acteurs qui croient en l’entrepreneuriat.

Christian Apothéloz
(Spécialiste des questions méditerranéennes)

1. Présidé par Slim Othmani http://www.care-dz.org/
2. L’article 2 de la Loi de finances 2016 permet l’annulation de la disposition imposée par la loi de finances complémentaire 2009 aux investisseurs pour réinvestir la part des exonérations fiscales dont ils bénéficient dans l’objectif d’encourager les investissements.
3. Les recettes pétrolières atteindront 26,4 milliards de dollars en 2016 contre 33,8 milliards à la clôture de l’année 2015.

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