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[Humeur] Soyons fou, soyons rire, soyons fou-rire

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L’initiative du Mucem et de Thierry Fabre était salutaire ce mardi 13 janvier. Les hommes et les femmes de bonne volonté que compte Marseille y ont répondu en masse. C’est bien. Le moment était sérieux et on le comprend. Mais… L’humeur du journaliste et enseignant Hervé Nedelec.

L’initiative du MuCEM et de Thierry Fabre était salutaire ce mardi 13 janvier. Les hommes et les femmes de bonne volonté que compte Marseille y ont répondu en masse. C’est bien. Le moment était sérieux et on le comprend. Mais que tout cela était terriblement sérieux.


Mais peut-on oser dire que, puisqu’il s’agissait de rendre hommage aux copains de Charlie, que tout cela était terriblement sérieux. Comme l’a dit un des survivants de l’hebdo libertaire, il n’est pas sûr qu’à l’instar de la minute de silence nationale, on n’ait pas fait ricaner sur les nuages où ils ont déjà du foutre le bordel, nos Cabu, Charb et autres Wolinski. 



Soyons clairs dans notre propos : oui, c’est très important de parler de la liberté d’expression, oui, la laïcité mérite une mobilisation, oui encore les journaux doivent pouvoir vivre, mais l’urgence c’est de redonner droit de cité au rire. 


Nous nous sommes éteints, englués, immobilisés dans le politiquement correct, le lexicalement convenable, le sémantiquement cadré et nous avons oublié combien le rire, par sa subversion, pouvait réussir là où de longs discours ne faisaient que bégayer l’Histoire. 



Certains journaux aujourd’hui meurent car ils n’ont plus aucune singularité. L’eau tiède coule dans les veines de la plupart des rédactions. Le panurgisme fait loi. L’investigation posée comme Graal absolu. Où sont passés ces « creux de l’oreille » qui chatouillaient l’esprit, ces échos qui libéraient les mots, ces titres qui attiraient l’œil et nous embarquaient parfois en terres inconnues. 



On demandait un jour à Albert Londres quelle était sa ligne politique. Il répondit aussitôt « la ligne de chemin de fer ! ». Si les morts de Charlie doivent durer dans nos mémoires c’est aussi pour libérer ce verbe, ces photos, ces dessins, ces sons, ces images qui se sont installés dans une norme mortifère qui conduira les métiers d’informer à un inexorable déclin. 


EN IMAGES : L’hommage des Aixois aux dessinateurs de Charlie Hebdo
s’affiche sur la façade de l’hôtel de Ville.

En 1945 un rédacteur en chef reprenait ainsi, après quatre ans d’occupation et de fermeture de son journal, son éditorial : « Comme je vous le disais avant d’être brutalement interrompu… » On a plus que jamais besoin de cette verve, de cette distance, de cette liberté. 


Deux exemples qui me reviennent à l’esprit. Ici à Marseille j’ai souvenir d’un Michel Pezet isolé au PS et ignoré par Le Provençal (nous étions à la fin des années 80) répondant à quelques reporters qui, comme moi, suivaient sa campagne. Une plume assassine venait de publier un écho infâme dans des colonnes marseillaises « Russie : selon une étude scientifique, le sida et l’homosexualité tuent plus que le tabac ». En allumant sa pipe Pezet, qui était alors vilipendé de toutes parts, nous dit « de toute façon j’ai tous les défauts ! » Que cet humour manque aujourd’hui ! 



Comme celui d’un Gaudin qui s’adonna, tout en douceur, il y a quelques années, à un outing passé inaperçu alors qu’il soutenait, dans un meeting à Aix, un de ses poulains, Bruno Genzana. Il raconta sur la scène du palais des congrès, cette anecdote pour expliquer le célibat de son candidat aixois. « J’avais invité Line Renaud et Jean-Claude Brialy à une bouillabaisse. A la fin du repas Line lança à à son ami comédien: il est sympa ton maire ; maintenant que je suis veuve, j’en ferais bien mon mari. Il lui répondit alors : « Line,  je te raconterai plus tard pourquoi c’est pas possible ». Eh bien Bruno Genzana c’est pareil ! » conclut, hilare, Gaudin. 



Ecrirait-on cela aujourd’hui, ou ne ferions-nous pas prospérer plutôt le cancer de la profession : l’auto-censure ? L’info est triste, répétitive, amidonnée. A l’image de nos murs envahis par des tags qui sont rarement drôles. En 68, sur un mur blanc fraîchement repeint devant la faculté des Lettres de Toulouse un anar avait écrit « Oh ! le beau mur ». C’était con et drôle à la fois mais vu et lu par beaucoup. C’était Charlie.

Hervé Nedelec

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