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[Humeur] Soit dit en passant : ils se réclament encore des Lumières, et c’est dans la pénombre qu’ils ont plongé

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L’humeur amère du journaliste Hervé Nedelec, entièrement tournée vers cet entre-deux tour de présidentielle 2017. L’heure de vérité approche.

Attention au reflux

Les mélenchonistes marseillais se sont réjouis, à raison, du score de leur champion sur la ville. Près de 30% loin devant le FN, Fillon et Macron. Les communistes, qui s’étaient attelés à la locomotive de la France insoumise, pouvaient du coup légitimement avancer que leur mobilisation y était pour beaucoup, même si les communicants de Jean-Luc Mélenchon ont tout fait pour dissimuler leur présence. Le silence assourdissant de l’homme au triangle rouge (celui qui évoquait la déportation des communistes) depuis le soir du premier tour, plonge désormais les uns et les autres dans le plus grand embarras. Puisque les masques sont tombés, comment revendiquer dans cette ville où le FN fait des scores de haut vol, son statut de résistant en vue des futures législatives. Où iront les bobos qui ont gouté le doux frisson d’une utopie à portée d’urne, après ce second tour mortifère ? Comment le PC, qui appelle à voter Macron, va-t-il retrouver son indépendance pour tenter de grappiller, ici et là, une circonscription, si ce n’est dans la ville au moins dans le département ? Le tribun remarquable, est désormais un penseur remarqué pour l’ambigüité de sa position. Tous se réclament encore des Lumières, et c’est dans la pénombre qu’ils ont plongé à cause de calculs aussi obscurs qu’incompréhensibles. « Pourrir une situation pour qu’elle devienne révolutionnaire », préconisent toujours les héritiers de Trotsky ou de Lénine. Sur cet humus poussent parfois d’autres racines, que celles qu’on attendait.


L’inquiétude d’un maire

Jean-Claude Gaudin se sent un peu seul dans son petit palais. Sa majorité part en farigoule, avec des petits princes ou princesses qui pensent déjà au coup d’après. Lui, en vieil habitué des joutes assassines, sait que cette élection fera des morts dans chaque camp, et notamment dans le sien. Il a soutenu François Fillon du bout des lèvres et se voit du coup obligé d’élever la voix pour faire entendre raison, ou plutôt Macron. En Provence il y a ceux, comme Eric Ciotti qui sont convaincus qu’en relayant les idées du FN, ils pourront conserver leur capital électoral. Et les autres, qui, comme Christian Estrosi, ont retenu les leçons des récentes régionales où ils n’ont pu triompher que grâce au renfort des voix des démocrates de gauche. A Marseille et dans le département, chacun des deux a ses partisans, comme ses opposants. Mais tous, les Muselier, Gilles, Boyer, Teissier, Joissains, Mallié, Genzana, Reynès, sous-estiment, ou ne veulent pas voir, la réalité de l’implantation de l’extrême-droite. Cette dernière a fait souche et gouverne dans maints endroits de Nîmes à Nice. L’opposition républicaine a laissé faire, en pensant qu’en s’appropriant sans avoir l’air d’y toucher quelques thèmes frontistes – sécurité, religion, immigration – elle pouvait capter l’attention de l’électorat frontiste. Pourquoi voudraient-ils que ceux qui n’ont plus de complexe à s’installer dans ce camp-là, choisissent la copie plutôt que l’œuvre originale.


Portes voix

A force de libérer la parole on a aussi lâché sur l’agora les expressions les plus brutales et les moins contrôlables. Nos antennes radios locales offrent depuis plusieurs années déjà, sans porter la contradiction, voire l’éclairage minimum, des plages horaires sans fin aux auditeurs qui se déchaînent. Piégés dans nos véhicules, nous sommes souvent bousculés par les avis tranchés, les opinions à la serpe, les idées abruptes, de celui-ci ou celle-là, qui refait le monde depuis sa cuisine, son bureau, son potager. On est entré dans l’ère de la communication et avec une petite merveille technologique de quelques grammes, on peut répandre en quelques dixièmes de seconde des « vérités » aux petits pieds. Dans notre beau département, d’aucuns commencent souvent leur phrase par « je vais te dire » ou encore « honnêtement ». Il serait charitable, que ceux qui font le métier d’informer, les interrompent de temps en temps. Non monsieur, non madame, cela on ne peut pas le dire, parce que c’est faux, irréaliste, dangereux. Non monsieur, non madame, ce n’est pas très honnête ce que vous avancez parce tel ou tel argument démontre le contraire. On peut se réjouir que les citoyens se soient familiarisés avec les micros qu’on leur tend, à tout bout de champ à condition que cela donne les ondes claires. Les grandes gueules ne font pas toujours les grands esprits et la quête de l’audimat ne justifie pas tout. 


Rumeurs malignes


« J’ai un copain qui a fait l’Ena avec… et il me l’a dit, juré, c’est un homo… » J’ai entendu cette semaine cette phrase dans un commerce qui vend des cigarettes. Mais des journaux aussi. Vous savez ces étranges objets en papier qui diffusent de l’information. J’avais également entendu il y a quelques années un Marseillais bien informé. Il assurait avoir recueilli le témoignage d’une amie chef de rang qui avait vu un personnage imminent de notre République avoir une attitude très grivoise avec une jeune femme. Il y a eu aussi ce professionnel du transport aérien qui avait vu un Falcon gouvernemental atterrir au Castellet pour permettre à un homme politique connu de faire quelques tours de bolide sur l’ancienne piste de la Formule 1. Evidemment tous ces témoignages se terminaient par un péremptoire : « je t’ai rien dit, hein ! » Ces rumeurs malignes existent depuis la nuit des temps et elles ont longtemps fait le bonheur des gazettes peu scrupuleuses et des journalistes pressés. Marseille n’échappe pas à la règle et quelques-uns prospèrent en alimentant ce moulin à paroles. On se souvient d’Adjani venant agoniser à la Timone, parce qu’atteinte du sida. C’était il y a vingt ans et heureusement pour nous le tweet n’existait pas encore, sinon Christine Boutin aurait fait un sort à l’actrice. Ces élections passées il sera plus que temps de légiférer, pour stopper cette propension de quelques anonymes à déverser sur la place publique les ordures qu’ils cultivent dans la solitude de leur haine.


Alors on vulgarise


Le Marseillais et néanmoins frontiste Gilbert Collard a choisi ces dernières heures un champ lexical très réduit pour s’exprimer. Il a déclaré sur les antennes, qui avaient encore la faiblesse de l’inviter qu’il les prenait pour des « cons ». Il estime que les banques sont des « putes ». Il compare les ralliements des Républicains à Macron de « partouzes ». Mais où est donc passé le plaideur qui admirait Emile Pollak, Rolland Dumas, Patrick Messner et autres Jacques Vergès. Est-ce son exil doré dans sa manade du Gard, où il a conquis une circonscription mais a été battu aux municipales, qui a contribué à réduire ainsi son vocable qui le faisait parfois éloquent. Depuis Carpentras et le cimetière dévasté, notre plaideur a définitivement enterré ce qui faisait de lui un libertaire absolu. Il avait dans ses jeunes années de barreau défendu des membres de Septembre noir (impliqués dans l’attentat contre les athlètes israéliens à Münich), puis l’une des victimes collatérales de la tuerie d’Auriol (massacre entre membres du Sac, police parallèle inventée par Pasqua), ou encore le « messie révélé l’avatar de synthèse » Gilbert Bourdin gourou du Mandarom. Puis il a été le défenseur du général Paul Aussaresses qui défendait l’usage de la torture en Algérie. A partir de là, Collard qui fut socialiste, a choisi la droite dure (Pasqua) puis l’extrême droite. Sans la moindre… gégène.


Audace contrôlée


Emmanuel Macron et ses troupes ont choisi le style le plus lisse pour faire partager leurs idées à leurs supporters. Le dernier meeting au Dock des Suds n’a pas dérogé à cette règle et Christophe Castaner tout en dénonçant les dangers du Front National n’a pas haussé le ton. C’est un pari audacieux que de choisir cette tactique pour entraîner l’adhésion. La France est aujourd’hui hystérisée par l’information en temps réel, les commentateurs des bribes de phrases, les théoriciens des titres de chapitre. L’université de la rue qui a éveillé quelques consciences dans les années 70 n’existent plus. Les meetings sont formatés, contrôlés, policés par les communicants. Il est possible néanmoins que le choix de Macron soit le bon. A condition que Marine Le Pen ne réussisse pas avec la greffe de l’appendicule Debout la France que dirige Dupont Aignan. On imagine que les anciens de l’OAS et de l’Algérie Française nombreux à Marseille et la région doivent avoir du mal à avaler la pilule De Gaulle qu’ils appelaient, avant 1962, « la grande Zora ». Comme on songe aisément au désarroi des gaullistes sincères entendant Nicolas Dupont Aignan prêt à gouverner avec ceux qui estiment que Bastien Thierry (le chef du commando qui a tenté d’assassiner De Gaulle au Petit Clamart) est un héros. Pour autant Emmanuel Macron aurait tort de ne pas muscler son propos. En face de lui, il a des adversaires qui veulent la guerre.

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