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[Humeur] Soit dit en passant : une semaine entre consternation, lamentation et… consommation

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Chaque dimanche, le journaliste Hervé Nedelec revient sur les petits et grands faits de l’actualité locale à Aix Marseille Provence.


Pas prêts à faire ami ami


Benoit Payan (PS) ne désarme pas. Il n’a pas digéré, et l’ancienne secrétaire d’Etat Marie-Arlette Carlotti l’a rejoint dans la critique, le voyage à Miami organisé par la Ville et la Chambre de commerce et d’industrie. C’est vrai que la délégation était à la hauteur des ambitions affichées : 120 personnes. Et notre élu municipal d’ajouter à la facture, les pages de publi-reportage parues dans la presse locale et payées par la Ville. Au passage, l’opposant découvre l’eau tiède, en faisant remarquer que cette publicité est mal déguisée et que les éditeurs ont été très discrets pour signaler que ces pages n’étaient pas de l’information, mais de la communication. Il devrait prendre langue avec les anciens communicants de l’ex-président socialiste du conseil général. Ils pourraient utilement lui expliquer comment, en achetant des pages à la gloire de leur seul patron, ils ont fait constamment pression sur la presse papier. Faute de lecteurs, la presse quotidienne régionale s’est tournée depuis longtemps sur tout ce qui, peu ou prou, pouvait permettre de maintenir un chiffre d’affaires à flot et forcément les emplois qu’il garantit. L’Humanité de Jean Jaurès, elle-même, aurait été reléguée depuis des décennies aux oubliettes, si les publicités des entreprises nationales ne lui avaient pas tenu la tête hors de l’eau. Mais tout cela M. Payan ne semble pas le savoir encore.

Mais vous êtes juif ?

On se souvient de l’inénarrable Mme Serfaty, inventée et interprétée par Eli Kakou, qui voyait un juif dans chaque personnage qu’elle croisait. On en riait alors, sans arrière-pensée et sans être jugé par le puritanisme ambiant qui gagne depuis quelques mois les esprits. Pierre Desproges, qui est allé loin dans l’art d’oser, affirmait qu’on pouvait rire de tout mais pas avec n’importe qui. L’actualité vient nous rappeler aujourd’hui qu’il est des informations qui sont bêtes à pleurer. Un jeune graffeur vient de se faire pincer à Marseille pour avoir gravé à la bombe aérosol le mot « Juif » sur les rideaux de commerçants… juifs. La suite de l’histoire est consternante. Le peintre en lettres, qui en avait peu visiblement (de lettres), était lui-même juif. Il est allé s’en expliquer au commissariat après que le Crif, les socialistes, et Jean-Luc Mélenchon lui-même, se sont émus de cette agression caractérisée d’une communauté qui a déjà eu son lot. C’est vrai qu’au moment où un certain Dieudonné triomphe au Dôme devant 8 000 supporters, où un socialiste, Gérard Filoche, s’égare dans une imagerie national-socialiste, la boulette de notre Léonard de Vinci du pauvre était malvenue. Il se prénomme Ilian. On ne peut que lui conseiller d’abandonner un moment sa bombe et ses œuvres nocturnes, pour se plonger dans la lecture de l’Histoire des années 30. Il y trouvera le récit d’une « nuit de cristal » qui n’avait rien de très artistique. Ilian, dont le nom d’artiste est justement « Juif », va devoir sans doute répondre devant la justice de ses agissements. Sans nous substituer aux tribunaux, les magistrats devraient lui suggérer de faire une fresque sur l’histoire de cette communauté bousculée et maltraitée depuis des siècles. Il s’amenderait et ferait œuvre utile. (Illustration capture Twitter @LaurentLhardit)

Recherche association de bienfaiteurs


Les associations achèvent leur exercice 2017. Beaucoup dans la douleur, car elles savent que les emplois aidés vont se raréfier. Dans leur volonté d’en finir avec les dépenses mal identifiées, Emmanuel Macron et son gouvernement ont donné priorité à l’approche budgétaire. Sauf que dans une ville comme Marseille, les associations jouent historiquement un rôle essentiel dans la vie de la cité. Pour que cette réalité soit prise en compte, il faudrait que des élus locaux engagés dans le mouvement « en marche » fassent entendre leur voix. Jusqu’à preuve du contraire, il faut donc compter sur les seuls parlementaires pour relayer la détresse du monde associatif. Les témoignages ne manquent pas qui nous signalent, ici, la fin probable d’un café-théâtre, là-bas la disparition programmée d’une entité aidant des enfants en difficulté scolaire, plus loin encore la mort attendue d’une association d’artistes. Nos dirigeants auraient grand tort de ne pas s’émouvoir des conséquences telluriques d’une politique rigoureuse, mais aux effets pervers multiples. Une ville comme Marseille en dehors de la façade flamboyante que quelques communicants zélés présentent régulièrement, est faite de plaies et de bosses. Le nier serait criminel et éminemment dangereux. La bienveillance dont on parle régulièrement dans la sphère élyséenne, est plus que jamais nécessaire au monde associatif phocéen.

Le malheur des uns et le bonheur des autres


Le Dôme va mal. Cette salle voulue et construite pendant le second mandat de Robert P. Vigouroux (1989-1995) a vieilli et se porte mal. Denis Sloan, son architecte, avait prévu des jauges modulables, pouvant aller de 1 500 à 8 500 spectateurs. Depuis son ouverture, en 1994, elle a enregistré une fréquentation annuelle de 300 000 spectateurs. Quasiment un quart de siècle plus tard, le Dôme est en danger. Il lui faut un sérieux lifting et il n’a jamais proposé une acoustique digne de ce nom, laissant aux tourneurs le soin de remédier à ce fâcheux handicap. Mais s’il aujourd’hui est un écueil que doit dépasser le Dôme pour survivre, c’est celui de la concurrence. Déjà le Silo en 2011, avec ses 2 050 places, a émergé sur un créneau de spectacles où le Dôme était installé. La salle et son confort, sa situation dans le périmètre des Terrasses du port et des Docks, son accès, ses parkings proches et multiples, ont séduit les Marseillais. Aujourd’hui, avec l’Aréna, le Pays d’Aix s’est doté d’une salle de spectacles forcément plus moderne et capable de rivaliser, avec ses possibles 8 500 places, directement avec le Dôme. On imagine aisément que les investisseurs vont hésiter entre Aix et Marseille pour distribuer des productions coûteuses où le prix des places dépasse souvent les 50 euros. D’autant que le quartier de Saint-Just, la nuit, n’a pas une attractivité fantastique. Pour l’heure, Aix est victime de son succès et doit, les soirs de spectacles, régler les problèmes de circulation et de stationnement aux abords de l’Aréna. Il y a fort à parier que les lendemains ne chanteront pas au Dôme et il est triste de constater qu’un des derniers spectacles à y avoir fait le plein est celui de Dieudonné.


Le piège du vendredi


Jusqu’à présent le piège du vendredi, c’était autour de 17 heures pour les sorties autoroutières des grandes villes. Désormais c’est un autre piège qui se referme sur les consommateurs et on ne s’étonnera pas qu’il nous vienne tout droit d’outre-Atlantique. On s’était déjà fait avoir avec Halloween qui a mis définitivement nos gamins dans les rues, faisant la manche, déguisés façon film d’horreur pour quelques friandises. La nouvelle trouvaille des tenants de la consommation de masse a pour nom « Black Friday ». Il s’agit de faire croire au Père Noël, un mois avant son avènement, en attirant les clients pour quelques réductions savamment distillées. Elles ont la couleur, le parfum, la saveur des soldes, mais ce ne sont pas vraiment des soldes. Les chaînes d’Info, les radios, les journaux se font, sans y regarder de près, les relais de cette guignolade. Elle a duré trois jours, puisque ce vendredi noir avait la particularité de commencer un jeudi, pour s’achever un samedi. Dans certaines grandes surfaces, comme à La Valentine, on a frôlé l’émeute. Partout, on a entendu des chalands affirmer qu’on ne les y reprendrait plus. Voire. En tout cas, ceux qui ont été victimes des slogans publicitaires devraient méditer cette haute réflexion de Philippe Bouvard « La publicité est à la consommation ce que l’érotisme est à l’amour. Le plaisir ne suit pas toujours ! »

Alors riche ou pauvre ?


Le sociologue André Donzel avait bousculé en son temps (Le Nouvel Esprit de Marseille, chez l’Harmattan, 2014) quelques idées reçues sur la ville. Il avait notamment tordu le coup à un point de vue décliniste, qui vouait Marseille à une période post-décadente mortifère. Si l’on se réfère aux données 2016 sur l’impôt sur la fortune, Donzel avait raison d’appeler à une analyse prenant en compte la complexité. On note, en effet, que plus de 3 000 personnes sont assujettis à Marseille à l’ISF et qu’elles possèdent un patrimoine moyen de 2,3 millions d’euros. C’est dire que si cette ville abrite les habitants parmi les plus pauvres de France, elle compte également des résidants parmi les plus riches de France. On sait aussi que certains quartiers (notamment dans le 3e arrondissement) comptent 51% de personnes vivant sous le seuil de pauvreté. Certains pourraient se consoler en regardant pire, comme à Nice où le quartier Nicéa compte 84% de ses habitants frappés par le même fléau. Au-delà des statistiques qui masquent souvent les réalités humaines, ceux qui dirigent, comme ceux qui ont le privilège de payer l’ISF, doivent se poser la seule question qui vaille : combien de temps encore une telle fracture est-elle supportable ?

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