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« Le débat sur la métropole occupe beaucoup les élus et les administrations mais peu les citoyens et les usagers »

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Où en est le dossier de la métropole d’Aix-Marseille Provence ? Si elle doit voir le jour en principe en janvier 2016, le gouvernement et les élus locaux débattent et négocient encore de ses futures compétences. Nicolas Maisetti, docteur en science politique, qui a travaillé sur l’internationalisation du territoire marseillais, propose une autre grille de lecture pour comprendre cette métropole qui fait débat.

On ne peut pas vraiment dire que la métropole d’Aix-Marseille-Provence fasse l’unanimité. De nombreux maires des communes alentours de Marseille refusent toujours le projet imposé selon eux par le gouvernement. De son côté, la ministre de la Décentralisation Marylise Lebranchu, qui a offert aux élus la possibilité d’amender la loi qui lui donnera naissance, ne veut pas lâcher trop de lest au risque de la vider de sa substance.

Regardez notre vidéo : « Métropole : la colère des maires des Bouches-du-Rhône »

Mais au-delà du débat politique, la métropole renvoie à une forme d’organisation du territoire, qui a ses avantages et ses inconvénients. Un débat qui n’est pas « neutre », comme le souligne Nicolas Maisetti, qui explique qu’ « il ne s’agit pas simplement de croissance démographique, mais de recomposition de l’espace de manière à le rendre propice à l’installation du capital et de progresser dans la hiérarchie urbaine ». Entretien.

G’ : quels sont les enjeux du débat sur la métropole d’Aix-Marseille-Provence selon vous ?

Nicolas Maisetti : La question métropolitaine est complexe parce qu’elle recouvre au moins trois dimensions, qui sont certes liées entre elles mais qui renvoient à différentes échelles : histoires, conflits et modalités d’organisation de l’action publique et de l’exercice démocratique. Premièrement, la métropolisation désigne la coopération intercommunale. La question posée est celle des conditions du dialogue entre une ville centre et sa périphérie, dialogue qui doit se traduire d’abord sur le plan institutionnel par la création de structures supra-et inter-communale, et sur le plan de l’action publique par des formes de partenariat en matière de transports, d’équipements, de voies de communications, de stratégies de développement économique et d’aménagement.

Ensuite, la métropolisation est aussi une forme de gestion des rapports entre le pouvoir central étatique et ses territoires. La métropolisation serait l’étape post-décentralisatrice de l’organisation de l’État. Elle s’inscrit dans des formes renouvelées de négociation entre les pouvoirs locaux et l’administration étatique. Ces négociations ne sont ni hiérarchisées ni limitées à des transferts de compétences, mais s’appuient sur des acquis de trois décennies de décentralisation : l’autonomie, la capacité d’action du local ou la contractualisation des rapports avec l’État.

Lire « Métropole et intercommunalités, même combat ? »

Enfin, la métropolisation est l’intégration d’un centre urbain dans des échanges mondiaux. Pour le dire autrement, c’est la participation des villes à la mondialisation, cette grande compétition internationale pour attirer et conserver les capitaux. Ce que Bernard Morel (le nouveau Directeur de l’Établissement public Euroméditerranée) désigne comme la « contre-partie spatiale de la mondialisation ». La métropole, c’est une taille critique qui permet d’attirer et de rayonner. De ce point de vue, la métropolisation, c’est une étape du processus d’urbanisation. Il ne s’agit pas simplement de croissance démographique, mais de recomposition de l’espace de manière à le rendre propice à l’installation du capital et de progresser dans la hiérarchie urbaine.

G’ : Ce n’est donc pas qu’une question de débat politique ?

N. M. : Le fait que la métropolisation ne soit pas un phénomène univoque nous conduit à la penser comme l’invite Christian Lefèvre comme un processus de construction sociale issue de luttes cristallisées autour des limites politiques et de la définition de la taille d’une organisation urbaine. Dans le cas de Marseille, ces luttes sont manifestes, et elles reposent souvent sur des positions caricaturales et des postures figées.

metro marseille transport

La question des transports est au coeur du débat métropolitain (Photo crédit J-F. E)

G’ : justement, comment analysez-vous les différentes postures des acteurs de ce dossier ?

N. M. : Ceux qui sont favorables à l’organisation métropolitaine à l’échelle de l’agglomération considèrent que la métropole est la forme la plus « moderne » de l’organisation des villes, la plus capable de répondre aux défis de la mondialisation. À Marseille, spécifiquement, l’argument s’appuie sur une justification historique – qui fonctionne sur d’autres débats. La coopération intercommunale dans les Bouches-du-Rhône a trente ans de retard sur les autres (lillois, lyonnais, bordelais…). Il est urgent d’en finir avec le morcellement (« l’archipellisation » disent les experts de la DATAR, Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’activité régionale, et de la CCI, Chambre de Commerce et d’Industrie) qui pèse sur les déplacements, l’attractivité, la construction d’équipements, le développement économique et l’emploi. 

Du côté des pour, on trouve les principaux élus de la ville-centre qui développent sans relâche la thèse des « charges de centralité » (théorème selon lequel Marseille devrait supporter les coûts des équipements métropolitains qui profitent à l’ensemble des habitants de la métropole) et des entrepreneurs métropolitains privés : chefs des grandes entreprises, experts et aménageurs. Il y a une vingtaine d’années, ils s’étaient organisés dans un Club de réflexion soutenu par le préfecture et au sein duquel on retrouvait le sociologue Jean Viard (NDLR, lire notre entretien), ou les économistes Bernard Morel ou Philippe Langevin (NDLR, expert chroniqueur sur GoMet’).

G’ : selon vous, les arguments avancés par les anti-métropole sont-ils recevables ?

N. M. : Selon les « contres », la métropole consisterait à verser un tribut à Marseille et à payer pour elle les retards que la ville a accumulé. Cet argument tient en partie à ce que sur ce territoire les villes aux alentours (surtout ne pas dire « périphérie »….) ont connu un dynamisme économique et démographique alors que la ville-centre se vidait de ses activités (industrielles, notamment) et de ses populations (classes moyennes supérieures, notamment). C’est ce découplage qui explique la méfiance à l’encontre d’un projet métropolitain perçu comme une volonté impérialiste d’imposer un « Grand Marseille », c’est-à-dire un Marseille en plus grand qui « commanderait » les destinées d’un territoire qui, pourtant, s’en sort mieux que cette ville déclinante à la si mauvaise réputation.

Lire notre récit : « Les maires de la métropole apaisés mais pas convaincus »

Notons également que la coopération et la circulation au sein de l’agglomération ne sont pas absentes dans un territoire au sein duquel le sentiment d’appartenance et l’expérience pratique des habitants est inversement proportionnel à la coordination des politiques publiques. En clair, la métropole existe depuis longtemps et partout sauf dans le champ institutionnel.

> Maryse Joissains veut mobiliser les habitants contre la métropole d’Aix-Marseille-Provence :

G’ : dans quelle mesure le débat est-il monopolisé par les élus, au détriment du débat citoyen ?

N. M. : Les échanges sur le sujet sont monopolisés par les enjeux de gouvernance et de compétence – qui fait comment ? -. Deux questions presque absentes du débat sont pourtant déterminantes : la question des politiques publiques menées – pour faire quoi ? – et celle de la légitimité démocratique – au nom de qui ? -. Sur ce dernier point, il faut rappeler que le Président de la communauté urbaine (pas plus que le futur patron de la future métropole) n’est élu au suffrage universel. Alors qu’on proclame partout que la métropole est le lieu de la définition des politiques publiques, on lui ôte dans le même temps toute forme de légitimité démocratique… Etrange choix alors que certaines métropoles britanniques sont en train de réfléchir à l’instauration de l’élection de « maires » à l’échelle des grandes agglomérations.

G’ : selon vous, la métropolisation n’est donc pas neutre…

N. M. : Non, la métropole n’est pas un dispositif institutionnel neutre sur le plan idéologique : il s’inscrit dans un environnement économique au sein duquel la compétition entre des agglomérations urbaines est centrale. La compétition consiste en une course à l’attractivité : il faut se rendre désirable pour que des investisseurs investissent, des entreprises entreprennent, des touristes visitent et consomment, des classes moyennes votent (comme il faut) et payent des impôts. La métropole du point de vue de la géographie critique est le territoire de l’ordre néo-libéral qui organise la ségrégation spatiale. Sous couvert de « création de richesse », les inégalités socio-spatiales sont renforcées. Dans le territoire de Marseille-Provence qui souffre déjà de très fortes polarités (à toutes les échelles) et d’importantes inégalités, on comprend que la métropole soulève un certain nombre d’interrogations.

G’ : ces interrogations pourront-elles être levées d’ici la création de la métropole en janvier 2016 ?

N. M. : Pour faire un peu de provocation, on peut s’interroger sur l’importance de ce débat pour l’avenir du territoire. Il occupe beaucoup les élus et les administrations (de l’Etat central, des services déconcentrés et des collectivités locales), mais peu les citoyens et les usagers. En quoi ces querelles d’élus et d’experts sur les montages institutionnels peuvent bien les intéresser ? Le débat métropolitain serait finalement un espace de plus d’autonomisation du personnel politique et de coupure avec la population, une question « confisquée » par des experts et des entrepreneurs métropolitains, comme l’a bien montrée la méthode du préfet Théry, il est vrai sans doute lassé par plusieurs décennies de blocage politique.

Pour aller plus loin : retrouvez tous nos décryptages sur la métropole d’Aix-Marseille-Provence

 

(Crédit photo : DR / Nicolas Maisetti)

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