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[Débat métropolitain] Osons la fraternité, la chronique de Philippe Langevin (2/2)

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Deuxième volet de la chronique de Philippe Langevin. Après le constat fait la semaine dernière d’une organisation obsolète, il nous livre ses espoirs. Les territoires métropolitains, et notamment le nôtre, pourraient porter un nouveau modèle de développement plus solidaire.

La métropole d’Aix-Marseille est un nouveau territoire qui essaye de répondre à cette question. Elle recouvre un espace étendu de 3 173 Km² occupé par prés de 2 millions d’habitants, riche en facteurs d’attractivité: position géographique, qualité de l’environnement, présence de villes motrices, de grands équipements culturels et scientifiques, du Grand Port Maritime de Marseille, de l’aéroport de Marseille- Provence, de vastes zones commerciales, d’industries motrices, d’un potentiel de haut niveau en enseignement supérieur et en recherche; c’est aussi un espace meurtri par un taux de chômage deux points au dessus du taux national, prés de 20% de sa population aux très faibles ressources, de fortes inégalités entre les conditions de vie de ses habitants, des écarts considérables entre revenus médians.

Ce territoire est aujourd’hui morcelé entre 93 communes et 6 EPCI qui conduisent, non sans résultats d’ailleurs depuis 2000, leur propre politique économiques. Le temps est venu de changer d’échelle. Cet espace n’est pas solidaire. Les territoires les plus riches n’accompagnent pas les plus pauvres. A cause d’une offre éclatée et très insuffisante en termes de transports en commun, les mobilités sont difficiles pour les actifs qui ne disposent que de faibles ressources. Chaque collectivité veut ses propres équipements, son propre PLU, sa propre fiscalité, son propre programme de l’habitat, sa propre politique de l’environnement. Par rapport aux entreprises, chaque commune ou EPCI est en concurrence avec toutes les autres, met en avant sa fiscalité favorable ou ses zones d’activité remarquables, ou son paysage exceptionnel, ou son histoire passionnante en ignorant les communes voisines. Et comme la situation sociale de Marseille est difficile, le discours dominant est dirigé contre la ville centre qui qualifie pourtant la métropolisation. Le discours banalisé de ceux qui ne veulent pas payer pour la cité phocéenne, qui pourtant leur donne sens, est affligeant.

Un nouveau modèle de développement

Alors que, plus que jamais, nous avons besoin de fraternité pour inventer un nouveau modèle de développement, l’attitude de nombreux maires est triste. Certes, ceux qui s’opposent à la construction d’Aix-Marseille-Provence métropole ne sont pas des acteurs irresponsables du destin de leur territoire de légitimité. En défendant leur autonomie fiscale et leur PLU, ils estiment défendre l’intérêt des habitants de leur commune. Ce n’est pas difficile à comprendre. Mais ces positions n’ont plus de sens. L’intérêt local n’est pas l’intérêt général. Le formidable potentiel de créativité, d’inventivité, de recherche d’Aix-Marseille-Provence, est gaspillé au moment même où nous en avons le plus besoin. Au-delà des arguments quantitatifs qui ne manquent pas pour comprendre cette métropole aussi nécessaire dans ses ambitions que laborieuse dans sa mise en place, la vraie question est celle du partage.

Serons-nous capables de comprendre que la mise en commun de nos ressources, de nos talents, de nos connaissances, de nos compétences sera plus efficace que la compétition entre voisins ? Serons-nous prêts à admettre que le monde change tellement vite que de plus en plus d’actifs, d’entreprises, de communes des Bouches-du-Rhône ne peuvent plus suivre ? Serons-nous assez ouverts à la détresse du monde pour vouloir en construire un autre ? Certes, tout n’est pas parfait dans la méthode retenue pour construire la métropole. Mais qui peut contester que le partage des compétences et des potentialités soit plus efficace que la concurrence entre villes riches et villes pauvres, les actifs mobiles et ceux qui ne le sont pas, les espaces protégés et les paysages saccagés, ceux qui ont un emploi et ceux qui n’en ont pas ? Au sein de la métropole, il y a aussi « la France d’à coté », celle des demandeurs d’emplois, des précaires et des exclus d’un monde, qu’ils ne considèrent plus comme le leur ; des communes sans ressources qui ont peur de celles qui en ont. Cette métropole là n’est pas celle des experts et des techniciens qui réfléchissent sur sa construction. C’est celle d’un grand nombre de ses habitants qui ne sont pas associés à la construction de leur avenir.

Construire, d’Aix-Marseille-Provence, une autre économie…

A un moment où nos certitudes économiques s’écroulent et nos politiques nationales s’essoufflent, les territoires métropolitains, et notamment le nôtre, pourraient porter un nouveau modèle de développement. Ce pourrait être celui d’une économie solidaire entre tous les espaces qui constituent la métropole, entre tous les actifs disposés à partager ses ressources, entre tous les acteurs invités à élargir leur espace d’action et de réflexion pour voir loin et voir large. Ce pourrait être celui d’une économie circulaire qui valoriserait les déchets des uns pour en faire des ressources pour les autres. Ce pourrait être celui d’une économie positive et coopérative où chacun pourrait « devenir soi » dans le cadre d’une activité valorisante. Ce pourrait être celui d’une économie verte qui donnerait du prix aux choses sans prix.

Croire que la croissance va revenir, que la compétitivité va nous sauver, que l’économie est celle du CAC 40, que tout se mesure, s’achète et se vend, que le bonheur ne dépend que du pouvoir d’achat, c’est faire, comme nous le rappelle Régis Debray, une erreur de calcul. Aix-Marseille Provence ne se ramène pas au nombre de ses habitants et de ses emplois, à des taux de chômage ou d’activité, à la liste de ses entreprises et de ses laboratoires de recherche. Ce territoire doit porter un projet de société. Nous avons besoin d’idéal, de morale, d’éthique, d’un dessein. Et comme, malheureusement, la politique nationale et Européenne ne nous conduit pas vers un projet de cette nature, essayons, au niveau du territoire d’Aix-Marseille-Provence, de construire collectivement, un espace de solidarité et d’inventivité.

Philippe Langevin

Lire le premier volet de la chronique de Philippe Langevin
[Débat métropolitain] Changer de logiciel.

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Auteur

Un commentaire

  1. Bravo monsieur Langevin, vous écrivez d’or , et je partage cent pour cent de votre propos.
    Sans fraternité en effet, liberté et egalité n’ont pas grand sens.
    Merci
    Salutations
    Masson

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