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Vestiges antiques de la Corderie : les explications des uns, les revendications des autres

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La réunion tenue à la préfecture jeudi 31 août a laissé les partisans de la sanctuarisation totale du site sur leur faim. Françoise Nyssen, la ministre de la Culture doit prochainement confirmer (ou pas) sa décision. Synthèse

Annoncée au début du mois d’août, la réunion d’information, organisée par Stéphane Bouillon, préfet de Région et des Bouches-du-Rhône, à la demande de la députée Claire Pitollat (LREM), a bien eu lieu ce jeudi 31 août, en présence des représentants de la Ville de Marseille, des aménageurs (Vinci et Adim) et des responsables des services concernés par la procédure archéologique dont a fait l’objet le site de la Corderie. Face à eux, réunis sur la gauche les représentants des CIQ et des associations de quartier, et sur la droite, des élus – anciens et actuels – et quelques personnalités signataires de l’appel lancé à la ministre de la Culture et publié dans le  quotidien Libération du 11 août 2017. Les explications des uns et les revendications des autres ont donné lieu, trois heures durant, à des échanges qui semblent ne pas avoir calmé les esprits. Gomet’, présent, revient sur la réunion.

Après l’introduction du préfet Stéphane Bouillon, Marc Ceccaldi, directeur de la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) a détaillé l’ensemble de la procédure archéologique telle que le prévoit, comme il l’a rappelé, « la législation depuis 2001 afin justement d’éviter la destruction aveugle. Le site de la Corderie a été étudié en temps et en heure avec les mesures prévues par ces textes », citant également le Code du patrimoine et le rôle de l’État qui « veille à la conciliation des exigences respectives de la recherche scientifique, de la conservation du patrimoine et du développement économique et social. Avec la fouille préventive, le site devient une banque de données. Le relevé et l’enregistrement des données sont déjà une conservation en soi qui obéit à la sauvegarde. En aucun cas, a-t-il-précisé, la conservation ne peut être systématique. » Et c’est là que démarre certainement l’incompréhension du public présent car, comme l’a demandé l’un des présidents de CIQ : « Comment concevoir qu’un site dit exceptionnel ne soit pas plus préservé ? ». 

Exceptionnel : l’adjectif qui fait tout la différence

Aux côtés de Stéphane Bouillon et de Marc Ceccaldi, cinq archéologues, experts et ingénieurs de recherche, étaient présents : Dominique Garcia, archéologue, professeur d’archéologie à Aix Marseille Université et président de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), Marc Bouiron, archéologue, directeur interrégional Méditerranée de l’Inrap, ancien responsable des services archéologiques de Marseille et de Nice, Cyril Montoya, ingénieur de recherche au ministère de la Culture et chargé de la gestion patrimoniale et scientifique des Bouches-du-Rhône à la Drac, David Lavergne, conservateur en chef du patrimoine, et Didier Bayard, archéologue, conservateur général, ancien membre du conseil supérieur de la recherche en archéologie et membre de la Commission territoriale de la recherche archéologique (CTRA Sud-Est). Comme l’a signalé Didier Bayard : « Le service régional a choisi de faire une fouille exhaustive de toute la parcelle. Il s’est avéré que le site était intéressant pour Marseille et d’une manière générale pour l’étude des carrières de l’époque. La fouille a été très bien maîtrisée et la CTRA a donné son avis sur la perspective de conservation. » Didier Bayard a également rappelé que « la commission territoriale de la recherche archéologique donne son avis sur tous les dossiers en France, que ces avis sont discutés et engagent l’ensemble de la commission et qu’ils sont transparents car consultables. »

Puis, chacun, s’appuyant sur des diapositives, photos et schémas (diaporama en ligne sur le site de la préfecture), est revenu sur le déroulement des fouilles, ou en a exposé les résultats, décrit la procédure, normale, qui a mené la ministre de la Culture à déclarer la conservation et la protection d’une zone de 635 m². Cyril Montoya a confirmé que « sur les 4 202 m² du site, le périmètre de la carrière mise à jour est d’environ 2 700 m et la fouille a été menée jusqu’au substrat. La zone la plus intéressante est celle des 635 m² qui seront conservés et protégés ; elle présente un intérêt patrimonial grec ou romain. » Là, ont été mis à jour un puits antique, trois sarcophages en calcaire et une maie de pressoir. « Ce calcaire stampien dit de Saint-Victor, poursuit-il, est d’une médiocre qualité, les blocs sont très friables. Il n’a jamais servi pour la construction de fondation ou de colonnes. » Comme le fera remarquer ultérieurement Marc Bouiron : « L’un des sarcophages est cassé, c’est certainement la raison pour laquelle il a été laissé sur place. Et les endroits où il n’y a pas de carrière étaient déjà détruits aux XVIIIe et XIXe siècles. » Car il s’agissait bien d’une carrière, on y taillait des blocs de pierre pour les transporter  sur d’autres lieux, et non pas d’une nécropole, ni d’une villa ou encore d’un temple…. Une carrière dont l’existence est exceptionnelle par sa datation (VIe ou Ve siècles avant notre ère) mais semble-t-il abandonnée, puis remblayée comme il était de coutume dans l’Antiquité, et dont les parties subsistantes ne comportent pas d’éléments significatifs pour justifier, a priori, une totale conservation. Il faut admettre, ce qui n’est peut-être pas facile pour le public, que toutes les recherches archéologiques n’ont pas la même portée, même si chaque fouille apporte toujours son lot d’informations.

Pour preuve, le Bilan scientifique 2016 du service régional de l’archéologie de la Drac Paca, un recueil de 235 pages répertoriant, avec illustrations et schémas, l’ensemble des résultats de fouilles préventives sur une année et distribué à qui le souhaitait par la préfecture lors de cette même réunion. Un document dans lequel on découvre, pour qui s’y intéresse, pas moins de 24 opérations de fouilles préventives sur Marseille dont celles sur le tracé du boulevard urbain sud, dans la rue Nationale, sur l’avenue du 24 avril 1915… et le boulevard de la Corderie.

Vues de la carrière : à gauche la partie conservée avec le puis antique et les sarcophages (©C.Montoya / Inrap)

Vues de la carrière. Sur la photo de gauche, le puits antique et les sarcophages de gauche à droite – Sur la photo de droite, un sarcophage au premier plan et des blocs de calcaire (© C.Montoya / Inrap)

Dans ce bilan, on y découvre également les fouilles préventives qui ont eu lieu à Aix-en-Provence, Lançon-de-Provence, Fos-sur-Mer, Marignane…, dans tout le département et sur toute la région Paca, la plupart en préalable de projets immobiliers ou d’aménagement. On peut y lire les découvertes, ou pas, qui en découlent, intéressant toutes les périodes historiques, de l’âge de bronze au contemporain. Nous n’énumérons pas les 235 pages d’études mais force est de reconnaître que la législation française évoquée plus haut en matière d’exploration préventive et de sauvegarde du patrimoine est désormais plus solide qu’il y a encore quelques décennies. Quant à Dominique Garcia, président de l’Inrap, il a précisé qu’après cette fouille, on était « en mesure d’effectuer une restitution en 3D du site et de mener ainsi la mission éducative, artistique et culturelle qui incombe aux services archéologiques. »

Après toutes ces explications données par ces cinq spécialistes qui reconnaitraient à l’œil nu une tesselle antique de quelques millimètres quand le commun des mortels n’y verrait qu’un quelconque gravat, que penser des propos et des réactions parfois enflammées de l’assistance tout comme des demandes de Benoit Payan, président du groupe socialiste au conseil municipal, qui a pris la peine de signaler par trois fois qu’il n’était pas « spécialiste en archéologie », ou d’Annie Levy-Mozziconacci, conseillère municipale et métropolitaine qui, elle, a signalé être « une scientifique » mais dans le domaine médical ou encore d’Alain Nicolas, conservateur en chef, « archéologue mais pas de l’antiquité gréco-romaine », réclamant « la conservation totale du lieu », « la réalisation d’un jardin des vestiges » ou « une nouvelle expertise indépendante » 

La parole est à la ministre de la Culture

À une personne dans le public qui demandait au préfet de Région, pourquoi celui-ci ne prenait pas de décision et attendait celle de la ministre de la Culture, Stéphane Bouillon répondit simplement : « Mais parce que vous l’avez vous-même sollicitée, il est normal que nous attendions son avis. » Il se trouve que la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, est également originaire d’Arles - capitale antique qui livre son lot de trésors à chaque sondage et où se posent quasi quotidiennement les questions de conservation et de valorisation du patrimoine, tant sur le plan scientifique que financier. Et à Didier Bayard de reprendre la parole pour s’adresser au public et saluer « l’énergie que vous mettez à défendre ce site et j’espère que vous en mettrez autant dans la conservation qui s’en suivra car, malheureusement, aujourd’hui de nombreux sites antiques ne comportent plus aucune pierre d’époque et ici, de toute façon, la conservation sera difficile. » 

Quant aux constructeurs Vinci et Admi, ils ont affirmé qu’ils suspendaient les travaux du projet immobilier Les Loges en attendant la décision de la ministre. Un immeuble qui doit comporter, sur neuf niveaux (R+8), 109 logements dont 22 en prix maîtrisés et 87 en accession libre, une crèche de 40 berceaux et 208 m² de commerces de proximité, et dont l’emprise n’empiètera pas sur la zone des 635 m² décrétée protégée mais modifiera peut-être la vue des résidents environnants du boulevard de la Corderie et de la rampe Saint-Maurice. Quelle que soit la décision que prendra la ministre de la Culture, il est à espérer qu’elle sera compréhensible de tous et effacera le soupçon d’une sorte de « théorie du complot » qui semble planer sur le dossier des vestiges de la Corderie. Suite au prochain épisode.

 

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Localité(s) :

Boulevard de la Corderie, 13007 Marseille, France

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