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[Récit] Comment Marseille, capitale de la culture, a lancé la métropole d’Aix-Marseille-Provence

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Plus qu’une véritable rampe de lancement, l’événement Marseille-Provence 2013, capitale de la culture, a surtout souligné les obstacles qui attendent encore la métropole d’Aix-Marseille-Provence. Dont le chemin passera forcément par la culture. Analyse.

Ils le jurent tous, du bout des lèvres. Non, propulser la métropole d’Aix-Marseille n’était pas l’un des objectifs de Marseille-Provence 2013 (MP2013), le label qui a fait de la ville la capitale européenne de la culture cette année-là. « Ce n’était pas un but affiché mais c’est devenu une réalité car cela a fait travailler ensemble des acteurs locaux qui n’en avaient pas l’habitude. Et ça va certainement laisser des traces », reconnaît tout de même Thierry Fabre, responsable de la programmation et des relations internationales du Mucem, par ailleurs à l’origine de la revue La Pensée de midi et organisateur, depuis vingt ans, des Rencontres d’Averroès qui s’évertuent à «penser la Méditerranée des deux rives».

En effet, d’Aix à Marseille en passant par Istres, La Ciotat ou Gardanne, l’évènement a mobilisé toute la métropole. Son périmètre, qui couvrait 85% du territoire des Bouches-du-Rhône, a démontré que malgré des rivalités politiques très fortes, Marseille pouvait se projeter vers son aire métropolitaine. Comment aurait-il pu en être autrement, puisque c’est Jacques Pfister, fervent métropolitain et président de la Chambre de commerce et d’industrie Marseille Provence (CCIMP), qui en assura la présidence du conseil d’administration ? « Avec MP2013, nous étions les premiers à vouloir lancer des jeux collectifs. Sur ce territoire, chacun est dans son coin et nous avons du mal à jouer ensemble », explique l’ancien PDG d’Orangina, qui ne manque jamais une occasion de défendre la métropole. Jusqu’à ironiser sur cette « obsession » qui lui vaut, selon lui, un « contrat » qui planerait au-dessus de sa tête. Maryse Joissains, maire d’Aix-en-Provence a en effet dénoncé, le 24 juillet 2014, le « militantisme exacerbé (de Jacques Pfister, ndlr), en faveur de la métropole d’Aix-Marseille-Provence ».

Une offre culturelle qui se chevauche

Avant tout, MP2013 a soulevé des problèmes et engendré des questionnements au niveau métropolitain. Aujourd’hui par exemple, l’offre culturelle existe sur le territoire. Mais elle se chevauche et provoque une concurrence qui n’a pas de raison d’être.

« Force est de constater qu’il n’existe aucun aménagement culturel concerté du territoire, ce qui signifie en clair beaucoup de doublons et d’argent public inutilement dépensé », explique Boris Grésillon, géographe et professeur de géographie urbaine et culturelle à l’Université d’Aix Marseille, dans son analyse sur MP2013.

En clair, tout se concentre à Marseille, pour une périphérie délaissée. Et à cette problématique viennent s’ajouter les exigences de chaque commune, qui réclame son musée ou son festival, pour des raisons de « légitimité ». En proposant une stratégie globale, Marseille-Provence 2013 a tenté d’éviter cet écueil. « La culture est, pour une commune, l’une des dernières manières de démontrer son pouvoir et son rayonnement », explique Nicolas Maisetti, chercheur au LATTS (Laboratoire Techniques, Territoires et Sociétés) et dont la recherche doctorale a porté sur l’internationalisation du territoire marseillais. D’où la défense d’intérêts particuliers au détriment d’une démarche coopérative… C’est exactement la même situation que pour d’autres enjeux métropolitains comme les transports, par exemple.

Des objectifs communs

Car MP2013 et la métropole partagent de nombreux objectifs. À commencer par un horizon commun : outre une stratégie globale de territoire, une volonté de le redynamiser sur le plan… économique. Et pour cela, il faut d’abord s’attaquer à l’image de Marseille et de sa métropole. Marseille-Provence 2013, ce fut d’abord une véritable victoire médiatique, même si cela est difficilement mesurable, comme le rappelle Nicolas Maisetti : « Qu’un journaliste du New-York Times vienne faire un papier sur le MuCEM, qu’est-ce que ça change ? », grince-t-il. Il n’empêche : des couvertures de presse sur le renouveau de Marseille à l’inauguration en grande pompe du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée par le président de la République, en juin 2013, la capitale de la culture a largement transformé l’image de la ville.

C’est déjà une première réussite. Plus de 900 évènements organisés dans 90 communes, pour un budget total de 90 millions d’euros. À ce succès d’image vient s’ajouter une fréquentation élevée, qui fait dire aux organisateurs que MP2013 a « atteint ses objectifs » : l’ensemble des manifestations aurait engendré près de 11 millions de visites en près d’un an, dont six millions de visites pour les expositions (et 1,8 pour le seul MuCEM). « Pour reprendre le vocabulaire du philosophe Cornelius Castoriadis, le MuCEM a participé à la construction de l’institution imaginaire d’une métropole, avec laquelle nous avons des ambitions communes », explique Thierry Fabre. En effet, 50% des visiteurs viennent du département et de Marseille. Un joli pied de nez à ceux qui expliquent que la culture n’est pas pour les Marseillais. Et une démonstration que l’aire métropolitaine existe sur le plan culturel.

Pourtant, rien n’était gagné

Ce changement d’image n’est pas le produit du hasard. Jacques Pfister, président de la CCI, y est très attaché. « On ne peut pas dire que Marseille ait une bonne image, même si cela s’est bien amélioré depuis l’année dernière », affirmait-il lors d’une convention sur l’industrie, place des Entreprises, le 21 juillet 2014. Lui et Laurent Carenzo, qui le conseille depuis de nombreuses années et a, un temps, dirigé la communication de l’institution présidée par son mentor, ont beaucoup fait pour obtenir ce label « capitale européenne de la culture ». Car au delà du label, ils ont vu un intérêt économique évident pour le territoire. « Pfister n’est pas un amoureux fou de la culture mais il a tout de suite senti qu’elle pouvait rassembler les gens, confie Laurent Carenzo. Son intuition lui a dit d’y aller et il l’a fait. Il a vite compris que la culture était un levier de développement économique. » Et le patron de la CCI de continuer, jamais avare de bonnes formules :

« Au moment de la candidature de Marseille, Jean-Claude Gaudin m’a demandé de prendre la main. C’était une initiative de génie ! Et en même temps un pari tellement risqué. Il a lâché la présidence à quelqu’un qu’il ne connaissait pas si bien et il a bien fait ! MP2013, c’est une aventure incroyable. Lorsque nous avons vu cette foule sur les quais du Vieux-Port lors de l’ouverture, c’était dingue, j’ai failli en pleurer. »

Cela a rassemblé des acteurs épars

Pour Nicolas Maisetti, qui se présente volontiers comme « marseillologue critique » sur son compte Twitter, « il y a eu des formes de coordination mais pas de coopération réelle. Ce qui a dominé, ce sont des luttes politiques plus qu’une vraie volonté commune ». Et de citer une polémique qui illustre bien cette rivalité qui aurait plus ou moins triomphé : « Les villes voulaient un retour sur investissement indexé sur ce qu’elles avaient donné comme argent, ce qui est complètement antinomique avec la logique de mutualisation de la métropole. C’est pour cela que Toulon s’est retirée, car la ville ne voulait pas payer sans un gain à hauteur de ce qu’elle aurait versé. »
Selon Maisetti, MP2013 a donc plus été la démonstration des rivalités entre les différentes villes, telle qu’elles existent sur tous les autres sujets du territoire : « Des conflits métropolitains plus vastes se sont entrechoqués dans MP2013. Mais la vraie question reste celle-ci : est-ce la métropole qui a produit Marseille capitale de la culture ou bien l’inverse ? », interroge-t-il. L’argument qu’il avance, c’est que Marseille ne pouvait pas supporter les coûts toute seule. D’où le fait que Jean-Claude Gaudin ait choisi d’associer le territoire métropolitain, pour partager les frais. Et profiter ensuite de l’opération capitale pour manifester le fameux « fait métropolitain ».

« La culture a été un instrument pour faire exister une nouvelle institution. Finalement, MP2013 a plus révélé l’absence de métropole qu’aidé à sa construction », termine le chercheur.

Le portage politique manque comme pour la métropole

Ce que regrettent aujourd’hui les acteurs du projet, c’est le manque de suivi et d’incarnation politique. Lille 2004 avait su produire Lille 3000, pour continuer la démarche de mutualisation autour d’évènements culturels. MP2013 peine à faire des petits. « Il faut qu’il y ait une suite », plaide Thierry Fabre. « Et manifestement, on ne voit rien venir pour l’instant. C’est une véritable interrogation de ma part : chacun joue sa partition », continue-t-il, pointant sans le dire des municipalités qui ne veulent plus jouer le jeu, faute de moteur politique fort.

Le salut peut-il venir du « Off » ? Stéphane Sarpaux, qui était à la tête de ce collectif créé en réaction à MP2013, tente aujourd’hui de pérenniser le mouvement de création culturelle à Marseille et dans la métropole via l’association « Marseille 3013 ». Il déplore certaines erreurs commises par MP2013, mais espère surtout que la dynamique ne restera pas sans lendemain. Ce à quoi il s’attèle.

« Les Marseillais ont redécouvert leur ville à l’occasion de la capitale de la culture. C’est ce qu’il reste finalement de MP2013 (…) Tout le monde a été subjugué par le public. Les Marseillais ont eu un passage d’anorexie culturelle pendant quinze ans, et ils sont passés à la boulimie », déclarait-il sur France Culture pendant l’été. Son association, elle, s’est donnée 1000 ans pour transformer la ville. Et favoriser les activités culturelles qu’elle estime intéressantes. Il regrette par exemple que le J1, ce hangar maritime requalifié qui est « un joyau de la capitale de la culture », ait été fermé le 31 décembre dernier. Les coûts d’entretien n’ont-ils pas été anticipés ?

« Il a manqué et il manque encore ce fameux portage politique, or il est déterminant. On dirait que politiquement, on ne sait pas capitaliser sur les succès, comme s’il y avait une espèce de peur du saut qualitatif », résumait Boris Grésillon à Slate.fr au début de l’année 2014.

« Gaudin n’a pas transformé l’essai », abonde Nicolas Maisetti, dont la métropole n’a pas les faveurs. Qui enchaîne avec une image sportive : « Le technique a gagné sur le politique. Pendant tout l’évènement, Gaudin a été en tribune. Sur le banc, tout au mieux. C’est comme s’il n’avait pas su ou pas voulu prendre le ballon… ». Comme pour lui répondre, Jacques Pfister, qui a lancé en février un think thank pour réfléchir aux conditions nécessaires pour bâtir un projet culturel métropolitain (PERLE : Pour ne pas En Rester Là En 2014, ndlr), file la métaphore : « Nous avons une telle force sur ce territoire que si nous mettons nos efforts en commun, c’est Brésil-Allemagne, on éclate tout le monde ». À condition de jouer collectif.

(Crédit photo : Fotopedia/cc/Jean-Claude Jaffeux)

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5 commentaires

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  3. Très bon article. Juste une chose, on dit que « la métropole n’a pas mes faveurs », ce n’est pas exact et je me suis certainement mal exprimé dans l’entretien. Je posais simplement la question du « contenu » de la métropole en termes d’action publique alors que les débats sont orientés sur ses « contours » institutionnels. Je suis favorable à la coopération territorialisée à condition qu’on explique à quoi elle sert, d’une part et qu’elle soit issue de choix collectifs, d’autre part. Pour l’instant, la métropole telle qu’elle se dessine ne répond ni à l’une ni à l’autre de ces critères. A très bientôt, pour aller plus loin sur ces enjeux.

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