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Bernard Tapie, le patron de presse qui n’aime pas les journalistes

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En rachetant « La Provence », Bernard Tapie a réveillé ses vieux démons. Lui qui clame son amour pour la presse déteste en fait ceux qui la font, les journalistes, qui en retour le lui rendent bien.

En rachetant « La Provence », Bernard Tapie avait remué les mémoires enfouies. Marseille et tous ses commentateurs étaient en ébullition, quelques mois avant les élections municipales de mars 2014. Allait-il se présenter, remporter la mairie, comme l’espéraient certains ? On sait maintenant que la réponse est non. Ce qui ne l’empêche pas d’ailleurs de faire de la politique autrement.

Non, la grande affaire de Tapie, désormais, - si l’on met de côté sa chronique judiciaire -, c’est la presse. Il a investi près de 40 millions d’euros dans « La Provence », compte en mettre encore quinze de plus pour des projets de développement Internet ou vidéos, et souhaite racheter les 50% qu’il ne détient pas encore dans « Corse Matin » pour environ quatre millions d’euros. « J’ai toujours préféré les étapes de montagne à la plaine. C’est vrai que la presse quotidienne régionale (PQR) a de grosses difficultés, plus importantes que la presse nationale, confiait-il récemment à Audrey Pulvar sur le plateau d’I-Télé, avant de s’accrocher avec elle sur le Crédit Lyonnais. Ça m’intéresse parce que c’est pas possible qu’un quotidien qui rentre dans la vie des gens tous les jours, qui leur raconte ce qu’ils sont et ce qu’ils vont devenir, disparaisse… ».

« Pourquoi acheter un journal quand on peut acheter un journaliste ? »

À la grande époque, Marc Fratani, chauffeur, attaché parlementaire puis directeur de com de l’OM quand Tapie en était le président, avait passé un test pour le moins original et qui en dit long sur les relations qu’entretiennent l’homme d’affaires et la presse, son nouvel amour. L’anecdote est racontée par Ariane Chemin dans M, le magazine du Monde (16 février 2013) : 

« Le patron lui avait fait passer un test peu commun. Ils avaient dîné ensemble d’une pizza. Au retour, Bernard Tapie, d’ordinaire assis sur le siège avant – pour pouvoir tirer sur le frein à main si nécessaire, une manie – s’était étendu à l’arrière, geignant, à l’agonie, intoxiqué. Dix jours plus tard, il avait glissé à Marc Fratani : « C’était du chiqué. Mais comme je n’ai pas vu d’écho de tout ça dans la presse, je t’embauche ». »

La presse, colporteuse de rumeurs, de coups bas. La presse, cet ennemi qui règle des comptes, si bien qu’on prête à Bernard Tapie cette citation, non vérifiée : « Pourquoi acheter un journal quand on peut acheter un journaliste ? ». « Pourquoi j’irais vous répondre et me jeter dans la gueule du loup ? », fait-il aux journalistes qui veulent l’inviter sur un plateau de télévision. Car plus que la presse, c’est en fait avec les journalistes qu’il entretient des relations houleuses. Curieuse attitude d’acheter un journal, quand on déteste à ce point ceux qui les font.

« Je n’aime pas les journalistes et ils me le rendent bien »

Bernard Tapie en mars 2013 dans la salle des rotatives de La Provence après son discours aux salariés (Photo archives J-F. E.)

Bernard Tapie en mars 2013 dans la salle des rotatives de La Provence après son discours aux salariés (Photo archives J-F. E.)

« En tant qu’actionnaire, mon boulot n’est pas d’être aimé par les journalistes, mais de les assurer qu’ils seront payés à la fin du mois dans des conditions de travail satisfaisantes et pérennes », explique-t-il au Figaro. « J’adore d’une manière générale l’information sous toutes ses formes. En revanche, je n’aime pas les journalistes et ils me le rendent bien ». Dernier épisode en date, le vent de fronde qui souffle dans son propre journal après ses déclarations sur le traitement jugé « pas objectif » des dernières municipales. La raison ? «  80% de la rédaction est à gauche », d’où son soutien au candidat Patrick Mennucci face à Jean-Claude Gaudin.

Des attaques déplorées par la société des journalistes du journal, qui a répondu dans un communiqué : « Notre actionnaire bruyant » est « malheureusement peu au fait de la composition de sa rédaction, puisqu’il ne l’a jamais rencontrée ». Seulement pour l’instant, Bernard Tapie est le seul à injecter de l’argent dans l’entreprise. D’où un certain malaise des journalistes, qui ont vu partir le directeur de la rédaction Olivier Mazerolle au début du mois d’octobre. 40 d’entre eux sont partis, faisant jouer leur clause de conscience. Et le soir du « clash » entre Tapie et Pulvar, – le premier refusant de répondre aux questions de la seconde sur l’affaire Adidas -, pas une ligne sur l’échange houleux entre les deux dans « La Provence »…

Des journalistes « obsédés » par son argent

Mais les piques de Bernard Tapie ne sont pas réservés à « ses » journalistes. Au contraire. Un jour d’octobre 2010, il est sur France Inter pour commenter le versement par l’État de 45 millions d’euros dans l’affaire Adidas. Lorsqu’on lui demande si cette somme est juste, il s’emporte :

« Vous êtes obsédés ! Qu’est-ce que c’est que cette obsession avec cet argent ? Quand un tribunal prend une décision et que cette décision est confirmée cinq fois de suite, elle est à exécuter et vous n’avez pas à la commenter. Même si ça vous dérange, vous ne pouvez pas vous servir des décisions de justice seulement quand elles vous arrangent ».

Quatre ans plus tard, il accuse Thomas Sotto, journaliste d’Europe 1, de « touiller la merde » et de ne « rien connaître » à cette même affaire Adidas. « Ce sont les magistrats qui font la loi, pas les journalistes, les magistrats n’écoutent pas et ne lisent pas vos inepties », fait-il avant de tapoter la tête du journaliste et de quitter le studio. Sur ce point, il a peut être raison. D’où cette question : mais pourquoi Bernard Tapie répond-t-il encore aux invitations des journalistes ? 

 

(Crédit photo : capture d’écran I-Télé)

 

 

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