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[Grand Format] Yvon Berland, président d’Aix Marseille Université : après la fusion, mon plan à cinq ans

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Le président d’Aix Marseille Université, Yvon Berland, nous a accordé un long entretien durant lequel il répond aux critiques, explique sa méthode et dévoile ses projets. Objectif désormais, projeter la plus grande université française à horizon cinq ans.

Parlons maintenant du projet, de la suite, à commencer par la nouvelle organisation. Est-elle aujourd’hui totalement achevée ?

Yvon Berland * : Oui. Elle a été mise en place en septembre 2014. 900 personnes ont été intéressées par la restructuration sur un total de 8000 personnes. Il n’y a pas eu de problèmes. Nous n’avons pas imposé de mobilité entre Aix et Marseille ou inversement. Cela s’est bien passé. Il n’y pas eu de remue-ménage ni au niveau des étudiants ni au niveau du personnel. On a fait cette réorganisation, qui en a entendu parlé ? Personne.

Justement, quelle a été votre méthode dans une vile et un territoire qui résiste très souvent au changement et où les grandes structures comme l’AP-HM, la Ville de Marseille ou MPM semblent si difficiles à faire évoluer ?

Y.B. : Beaucoup beaucoup discuter… Par exemple en septembre 2013 quand on a vraiment commencé à travailler sur les nouveaux organigrammes et organisations, je suis allé moi-même rencontré 600 personnels. Et pas dans un amphi ! Dans des réunions de quatre à dix personnes. J’ai fait 45 réunions de ce type. Pour échanger, je vois les 19 doyens des différentes composantes tous les mardis. Je mets tout sur la table dans les différents conseils. Je ne cache rien. Et je rencontre régulièrement les partenaires sociaux, à chaque fois qu’ils me le demandent je les vois et je préside personnellement le comité technique. Ca ne veut pas dire que tout le monde est d’accord avec moi. Chacun peut avoir son point de vue et il est légitime. Maintenant je pense qu’à chaque fois j’apporte des réponses, je ne me cache pas derrière mon petit doigt. Vis-à-vis des partenaires sociaux, je pense que c’est important ce dialogue. J’ai aussi rencontré en début d’année toutes les nouvelles directions mises en place en septembre. Je pense que jamais rien n’est acquis, qu’il ne faut pas insulter l’avenir. Certains partenaires sociaux peuvent ne pas être d’accord avec moi mais ils peuvent reconnaitre que je connais les dossiers, que je ne fuis pas mes responsabilités, que je les vois. On discute. Probablement, ça peut jouer un rôle. Je diffuse les réponses à toute l’université aux questions que l’on me pose en comité technique, Donc en fait, beaucoup de temps passé à dialoguer, beaucoup de terrain et je pense une très grande transparence. 

Les désaccords portent sur quoi ?

Y.B. : Ils sont souvent idéologiques. Par exemple on était contre la fusion par principe, même si cela changeait d’un jour à l’autre. Les partenariats avec le privé peuvent susciter des oppositions qui sont idéologiques. D’autres représentants sont plus sur des positions nationales que sur des sujets de l’université locale. Les lois enseignement recherche. Parfois des votes en conseil sont opposés mais on vote contre la politique nationale, pas contre ce qui est fait ici. 


Quels sont vos projets aujourd’hui ?

Y.B. : Concernant l’organisation, je le répète sans cesse aux services, nous devons aller vers la simplification et la subsidiarité sur les campus. Mais pour pouvoir arriver à cette étape, il fallait bien connaître l’université et l’avoir mise en place. Nous avons plusieurs types de services : les services centraux à Marseille et Aix, les services centraux délocalisés dans les composantes et les services localisés. Chaque fois que possible, il faut que l’on délègue aux services centraux des campus ce que l’on peut déléguer pour accélérer les procédures et raccourcir les temps de gestion des dossiers. 2015 est une année majeure. Nous menons ces réorganisations en interne, sans faire appel à des prestataires extérieurs. La question s’était également posée lors de la fusion. Les expériences menaient ailleurs par ce moyen n’ont pas toujours été concluantes Je me félicite d’avoir tout fait en interne car cela a été très participatif.

Quels conseils vous donneriez au futur président de la métropole pour faire travailler tout le monde ensemble ?

Y. B. Beaucoup dialoguer, ne pas brusquer. Mais surtout et d’abord avoir un projet. Essayer de mettre en place une structure si l’on a pas de projet, pour moi c’est une erreur. Donc on a projet, écrit, que l’on peut vérifier a posteriori. Un projet pour la structure et ses missions et un projet d’organisation. Ça c’est pour moi essentiel. Et il faut écrire les choses pour qu’elles soient visibles, repérables, voire opposables. Et ensuite beaucoup dialoguer, aller sur le terrain et pas brusquer les choses quand on sent qu’il faut encore un peu de temps pour faire murir les idées. Mais le projet demeure fondamental. Si je regarde notre projet, on a tout fait. Nous sommes même allés plus loin, comme on va bientôt l’écrire en rédigeant un bilan de la fusion.

Qu’est que cela a changé pour les étudiants ?

Y. B. Je pense sincèrement que vis-à-vis des étudiants il est encore trop tôt pour qu’il voit un changement. Parce que vous savez qu’en France, l’étudiant est plus attaché à son domaine d’enseignement qu’à l’entité universitaire. On est de la faculté de droit, de médecine. On est dans le faculté de sciences avant d’être à l’université, bien que je vois que cela évolue. Cependant, les étudiants des différentes facultés se connaissent. Ils mènent des actions ensemble. Ils partagent, y compris, pour leur futur. Ils voient bien aussi ce que l’entité peut représenter comme fierté. Nous voulons aussi développer l’interdisciplinarité. Elle s’est bien mise en place au niveau de la recherche; au niveau de la formation cela va venir petit à petit. On a développé l’aspect culture. Les étudiants ont une carte culture avec une offre très importante avec 37 partenaires. On va ainsi mettre en place l’orchestre symphonique d’Aix Marseille Université qui va donner son premier concert le 27 juin à La Criée. Il y a des étudiants et des personnels.

Vous ne parlez pas de l’international. Il n’y a pas de changements dans ce domaine pour les étudiants ?

Y. B. Effectivement, nous avons beaucoup gagné en visibilité au niveau institutionnel. Et beaucoup d’universités veulent tisser des partenariats avec nous. Ça va beaucoup aider les étudiants pour qu’ils puissent se rendre sur les campus étrangers. Ce sera dans un second temps quand les partenariats auront été mis en place. Je suis allé récemment à Madison. Harvard veut aussi collaborer avec nous. De même, tous les partenariats que l’on passe actuellement avec le monde socio-économique vont avoir des retombées pour les étudiants. Avec des possibilités pour les entreprises de mieux nous connaître, de faire confiance aux étudiants que l’on forme, faire confiance à leurs compétences. On les prends en stage et ensuite c’est peut être un emploi. On met en place une dynamique au profit du territoire. Car cette université, c’est l’université métropolitaine, un acteur majeur du territoire et qui doit jouer tout son rôle sur le territoire.

Amu bénéficie du fonds Idex d’un montant total de 750 millions d’euros. Votre action va être bientôt évaluée pour continuer le programme ou l’arrêter. Quels sont les enjeux pour vous ?

Y. B.Un jury international va nous demander ce que l’on a fait dans trois domaines : recherche de haut niveau, innovation pédagogique, partenariats avec le monde socio-économique, de l’activité internationale et pour recruter à l’international. On va être réévaluer en avril 2016. On s’y prépare. Si financièrement, ce ne serait pas une catastrophe (c’est dans un fonds dédié « Fondation Amidex », ça ne vient pas impacter les comptes) ce serait une catastrophe pour tous les programmes que nous finançons ainsi (25 millions par an). On avait pris des engagements, ils vont voir ce que l’on a fait et nos projets. Il faut que nous rendions le dossier à la fin de l’année.

Où en sont les travaux sur les sites ?

Y.B. Concernant l’opération « Campus » qui ne se serait pas faite ici sans la création de l’Amu, 123 millions ont été investis à Aix dans le quartier des facultés. La fin des travaux est prévue fin 2017. Luminy, c’est en cours aussi. Nous avons fait les extérieurs et planté 250 arbres. Tout le monde me dit que c’est merveilleux. Les travaux sur l’hexagone, le lieu de vie et les laboratoires de recherche et de formation commenceront fin 2016. Environ 100 millions sont investis sur le site. Enfin, le Contrat plan Etat région (CPER) permettra d’investir à Château-Gombert-St Jérôme. Il y a aussiSt Charles et La Timone. On peut miser sur un total de 50 millions d’euros.


L’une des critiques concernant Amu est son aspect « monstre ingérable ». Les problèmes rencontrés à l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix n’accréditent-ils pas cette faiblesse ?

Y.B. L’IEP ne fait pas partie de l’université. C’est très intéressant comme exemple. On dit « l’Amu, monstre ingérable ». Or l’Amu, c’est gérer et bien géré : commissaires aux comptes, vote à l’unanimité, rencontre avec les doyens tous les mardis, etc. L’IEP c’est petit. Vous avez vu le résultat… Et vous allez voir ce que va écrire la cour des comptes. J’ai pas vu le rapport mais je m’en doute. Alors cette idée c’est gros c’est pas bien, c’est petit c’est bien… La réalité c’est l’investissement que l’on met, la façon dont fait fonctionner les choses, etc. Et la réalité, c’est que l’IEP d’Aix ne fait pas partie de l’université. C’est un établissement qui a sa personnalité juridique et morale. La seule chose qui le relie à l’université ce sont les masters qu’il n’a pas en propre. Donc si l’IEP veut enseigner des masters, il doit demander l’accord à l’université qui valide ou pas avec l’accord de l’Etat et donne la responsabilité à l’IEP de faire l’enseignement. L’IEP nous a transmis un programme validé par le ministère et l’université en 2011, Paul Cézanne à l’époque. Et puis l’IEP a fait des formations qui n’avaient plus rien avoir avec ce qui avait été programmé. Des partenariats bizarres. J’en passe et des meilleures… Et nous on ne le savait pas.

Aujourd’hui ce type de dérives n’est pas possible au sein d’Amu ?

Y. B. : Non absolument pas. C’est impossible. D’abord parce que tout passe devant les instances, ensuite parce que que je n’accepterai pas. Il y a un vice-président formation. Dès qu’il y un nouveau programme ça doit passer devant les instances. C’est impossible. Le problème là c’est que nous devions être avertis de ces initiatives lancées par l’IEP et que cela n’a pas été fait. Alors vous voyez ce paradoxe : gros ingérable. Aujourd’hui c’est géré. Tout n‘est pas parfait. Toutes les universités de la région sont en ce moment contrôlées par la cours des comptes. Il y aura sans doute des remarques. Nous venons de nous mettre en place. Mais nous gérons les choses.

Quels sont vos objectifs maintenant ?

Y.B. On lance maintenant plusieurs schémas directeurs. L’un concerne le numérique : le réseau, les équipements et tout ce qu’il faut mettre à la disposition des enseignants et chercheurs pour que leur activité se fasse par le numérique et grâce au numérique. Un autre schéma directeur s’intéresse au handicap. Nous avons plus de 1000 étudiants handicapés. Nous préparons également un schéma directeur de l’offre de formation. Il s’agit de revisiter l’offre de formation et de la moderniser. Enfin nous voulons aussi proposer un schéma directeur des ressources humaines. Comment se projète-t-on à échéance de 5 à 6 ans en terme pour mettre nos moyens en regard de nos ambitions ? Et puis en terme de recherche, à la fin du mois de septembre, à notre demande, 40 personnalités mondiales vont venir examiner notre potentiel et la manière d’atteindre nos objectifs sur le site dans toutes les spécialités. On travaille d’ores et déjà beaucoup pour leur rendre une copie. Le conseil d’orientation scientifique doit nous aider à nous projeter au mieux.

Et le classement de Shanghai ?

Y. B Oui on veut monter. Mais le classement de Shanghai il a deux défauts. Il donne 20% de la note au prix Nobel. Or quand vous en avez pas c’est un handicap de 20 points. Ensuite il favorise à hauteur de 20 points aussi les domaines sciences technologies santé. Quand on est une université pluri-thématiques comme nous on est défavorisé car vous avez tout le secteur de sciences humaines et sociales qui n’est pas valorisé. Vous avez 20% de la note issus des publications dans deux journaux : Nature et Science. Et c’est surtout sciences technologies santé qui publie dans ces revues. Les meilleures universités françaises dans le classement de Shanghai Paris 6 et Paris 11, n’ont de sciences humaines et sociales.

Consultez notre extrait en vidéo. 
La montée en puissance de l’Asie dans le classement de Shanghaï.

* Entretien réalisé le 8 avril 2015, une semaine après le conseil d’administration d’Aix Marseille Université.

Consultez le premier volet de notre entretien avec Yvon Berland

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