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[Chronique] Une lecture d’Aix Marseille Provence Métropole à la lumière de la doctrine sociale de l’Eglise

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il faut être audacieux pour prétendre trouver des points communs entre une parole d’Eglise et une nouvelle étape dans la décentralisation. Mais il n’est pas interdit d’essayer. Premier volet aujourd’hui de la nouvelle chronique de Philippe Langevin pour GoMet’

Certes, il faut rester modeste. Entre les principes de la doctrine sociale de l’Eglise qui ont une vocation universelle et ne peuvent se comprendre que dans l’héritage de la parole de Dieu et les ambitions d’un projet territorial conduit par des laïques, il faut être audacieux pour prétendre trouver des points communs entre une parole d’Eglise et une nouvelle étape dans la décentralisation.

Mais il n’est pas interdit d’essayer de replacer la construction laborieuse d’Aix-Marseille Provence-Métropole dans les enseignements de la doctrine sociale de l’Eglise. Non pas pour voir dans cette aventure la mise en œuvre concrète de cette doctrine, ce qui serait évidemment ridicule, mais pour dégager quelques axes forts susceptibles d’améliorer son sens et sa finalité. Et pour montrer que ses fondements peuvent s’analyser à travers les nombreuses interventions du Magistère sur les thèmes sociaux.

De quoi s’agit il en fait ? De construire un nouveau territoire plus favorable pour sa population, créateur d’emplois, facilitant les déplacements, susceptible de réduire les inégalités de toute nature qui le spécifient, capable de préserver son environnement et de porter un projet de développement à la hauteur de ses ambitions; mais aussi de pouvoir tirer tous les bénéfices de sa position géographique, de son ouverture au monde, du talent de ses acteurs et de la diversité de ses habitants. Sans avoir la faiblesse ou l’inconscience de penser qu’une loi peut changer rapidement un territoire en incitant à de nouveaux comportements, on peut estimer qu’une meilleure prise en compte de la doctrine sociale de l’Eglise pourrait non seulement améliorer le projet métropolitain mais lui donner un sens. Celui du bien commun.

La situation actuelle de cet espace de 3 100 km², regroupant 91 communes, six intercommunalités et près de deux millions d’habitants est préoccupante. Elle se traduit par un chômage important, de graves pénuries d’emplois, une faible activité, de grandes inégalités dans les conditions de vie, un taux de pauvreté parmi les plus élevés de France. Malgré des points forts qui font sa réputation et son attractivité, ce territoire est en recul par rapport aux autres grandes concentrations urbaines du pays. Ici, plus qu’ailleurs, les effets de polarisation fonctionnent mal, les grandes entreprises n’entraînent pas les petites, la recherche ne bénéfice pas à la production, l’offre de transports collectifs est faible, les activités de pointe ne sont pas ouvertes aux demandeurs d’emploi et une économie de bazar organise dans la précarité la survie de familles dans le besoin. Ce territoire est éclaté. On parle d’une économie d’archipel.

Les principales villes qui l’animent ne travaillent que rarement ensemble. A Marseille, il n’y a pas de points communs entre la rénovation réussie du front de mer à la Joliette et la réhabilitation incertaine du centre-ville et des quartiers nord. Cette ville populaire, historiquement ouvrière et portuaire, s’oppose à sa voisine Aix-en-Provence, plus riche, séparée de la ville-centre par trente kilomètres d’indifférence. La capitale historique qui cultive son image de ville judiciaire et universitaire ne veut pas partager avec Marseille le produit d’une fiscalité plus généreuse. A l’est, Aubagne, autre fois centre agricole, entend jouer cavalier seul au bénéfice de sa position géographique privilégiée. A l’ouest, l’étang de Berre est un puissant espace d’industries lourdes tourné vers l’international. Au centre les deux bassins portuaires de Fos et de Marseille subissent une réduction régulière de leur activité.

Pour les chefs d’entreprises, pour les habitants, pour les universités, pour le grand port maritime de Marseille, pour les touristes, l’espace métropolitain est une réalité quotidienne. Mais ce tas ne fait pas un tout. Car si la métropole existe par ceux qui y habitent, elle n’existe pas pour ceux qui en dirigent des parties qui ne font pas un ensemble cohérent. Là est le problème. Le principe de la métropole est celui du partage, de l’échange des savoirs et de la mutualisation des compétences. Le contexte de la décentralisation modifie la donne. Les pouvoirs locaux ont aujourd’hui des pouvoirs accrus pour mettre en place des politiques économiques, sociales et environnementales dans un contexte de transfert de compétence de la part d’une Etat trop endetté pour prolonger le rôle qui fut le sien dans une mondialisation incontrôlée.

L’opposition actuelle de la plupart des maires au projet métropolitain peut s’analyser comme le refus de partager leurs ressources au bénéfice du bien commun. C’est bien l’encyclique « Pacem in terris » qui invite les pouvoirs publics à examiner et résoudre les problèmes que pose le bien commun universel en matière économique, sociale, politique ou culturelle ». 165*

Demain la suite de la chronique de Philippe Langevin :
Les principes de la doctrine sociale de l’Eglise 

* Les citations en italiques sont extraites du « Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise » du Conseil Pontifical Justice et Paix- Les numéros renvoient à ces citations. Editions du Cerf- 2013

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Auteur

Philippe Langevin, économiste et maître de conférence, spécialiste du territoire d'Aix Marseille Provence.

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